‹ Pour la patrie [microforme]Chapitre 45 sur 69 · TT · texte numérisé non relu

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mortelle. Arrivé à son logement, après la séance, il s'en ouvrit à Leverdier.

— Mon cher, dit-il, prie pour moi comme tu n'as jamais prié, car je suis tenté comme je ne l'ai jamais été. C'est que l'orgueil, l'amour propre est le sentiment le plus difficile à vaincre que connaisse le pauvre cœur humain.

L'idée que je vais peut-être passer aux yeux de mes compatriotes pour un insensé qui devrait être à la Longue-Pointe, m'épouvante horriblement. Notre divin Sauveur a été traité de fou par Hérode et sa cour. Quw'Il m'accorde la grâce d'accepter cette humiliation en union avec Lui!

— C'est une position terrible, en effet, fit Leverdier, et tu as toutes mes sympathies.

Si, en partageant ta douleur, je pouvais diminuer tes souffrances !

— Merci! mon ami, merci! Sais-tu à quelle tentatior je crains de succomber ?

— Nou, pas du tout, à moins que ce ne soit à vae sorte de désespoir.

—- Je crains qu'au dernier moment, me voyant acculé au pied du mur et obligé de choisir entre le ridicule et l'abus de confiance, je n’aie la faiblesse d'opter pour ce dernier en

disant au comité : Faites venir l'archevêque de Montréal! Il est certain que le saint évêque ne ma communiqué l'existence des preuves qu'il possède que sous le sceau du secret. Je ne puis donc pas révéler ce qu'il m'a ainsi confié; et, cependant, je crains de le faire, par lâcheté et par orgueil, pour échapper au ridicule. C'est pourquoi je te demande de prier pour moi.

Longtemps les deux amis restèrent ensemble, priant humblement.

Le président de la Chambre avait choisi, comme membres de la commission qui devait s'enquérir de l'accusation portée contre le secrétaire d Etat, sept députés des plus sérieux et des mieux nosés des différents groupes.

Houghton, Leverdier et un troisième membre de l'opposition, un membre du cabinet, et trois députés ministériels, parmi lesquels se trouvait Vaughan, formèrent le comité dont la présidence fut confiée au ministre. Le comité se réunit à dix heures, vendredi matin. Montarval était présent, l'air insolent et provocateur. Le président donna lecture de l'accusation et invita l’accusateur à produire ses preuves et

ses témoins. Lamirande, très calme, demanda au comité de vouloir bien lui accorder un délai de deux jours.

— C’est une demande extraordinaire, lui fait observer le président. Règle générale, une enquête de cette nature doit commencer aussitôt l'accusation portée. Il est d'usage que le député qui croit devoir dénoncer un de ses collèoues attende pour le faire qu'il ait ses preuves devant lui.

—- Tout cela est très vrai, monsieur le président, fit Lamirande ; aussi est-ce comme une faveur exceptionnelle, et nullement comme un droit, que je demande au comité de vouloir bien remettre l'examen de cette affaire à lundi. Je prie les membres du comité de croire que je n’agis pas à la légère en cette circonstance,

—- Monsieur le président, dit Montarvai, je ne m'oppose hullement à la demande si extraordinaire de mon accusateur. Non pas que je sois indifférent ; non pas que je n’aie pas hâte de voir la fin de cette mystification--car c’est plutôt une mystification qu'une accusation— ; mais parce que je veux Gonner la plus grande latitude à mon adversaire. Je ne veux pas que, plus tard, il puisse dire : “ Ah, si le

comité m'eût accordé un délai de deux jours seulement, j'aurais pu produire mes preuves.” L'honnrable député est la victime d’une mystification, je le répète. Certes, qu'on lui donre jusqu’à lundi pour quil aït le temps de s'apercevoir de son erreur.

Le secrétaire d'Etat avait le beau rôle. ‘5es paroles modérées, piausibles, cadraient mal, cependant, avec le mauvais sourire qui errait sur ses lèvres et qui ne parvenait pas à éteindre la lueur sinistre de ses yeux. De son côté, Lamirande, malgré la fausse position dans laquelle :1 se trouvait déjà, conserva un visage tellement serein, tellement composé que tous les assistants furent frappés du contraste entre les deux hommes. (Celui qui n'aurait fait qu'entendre l'accusé et l'accusateur aurait certainement donné gain de cause au premier ; tandis qu’en les voyant on ne pouvait avoir la moindre sympathie que pour Lamirande.

— Eh bien! fit le président, puisque le principal intéressé consent à l’ajournement, l'enquête commencera lundi soir à huit heures. Lundi avant-midi plusieurs députés seront absents. La chambre ne siégera sans doute pas après six heures ; de sorte que nous

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