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LA RELIGION ET LA LIBERTÉ DES SPECTACLES

« Dès la première heure, une cinquantaine de cléricaux et bonapartistes ont envahi la baraque et n'ont pas tardé à occasionner de sérieux désordres. De discussions en discussions, on en est arrivé aux voies de fait : les vitrines du Musée ont été, en partie, brisées; et ce n'a pas été sans peine que les agents de police ont pu se rendre maîtres de la situation en arrêtant les principaux perturbateurs. >>

Suit la liste que je ne lis pas à la Chambre.

Voilà dans quelle mesure, dans celte soirée du 4, l'ordre a été troublé; par qui? je ne pense pas que ce soit par le Musre républicain. Le propriétaire du Musée républicain a déféré aux invitations très prudentes de la municipalité; on a enlevé les affiches qui pouvaient sembler provocatrices; on n'a pas fait de boniment, et ceux que vous défendez n'ont même pas eu ce prétexte pour s'introduire dans l'établissement de M. Sestacq. Cependant, aussitôt qu'on y est entré, on échange les paroles les plus vives, on saccage les vitrines, on endommage, en un mot, une propriété, et il faut que la police la fasse respecter. C'est sans doute à cette intervention que l'honorable M. de Lanjui'nais a fait allusion en me demandant de blâmer énergiquement les agissements de la police. {Sourires.)

Eh bien! messieurs, la police n'a fait que ce qu'elle fait partout, en pareil cas, et ce qu'elle a le devoir étroit et rigoureux de faire. [Très bien! très bien!)

Ce n'est pas tout, malheureusement. Je dis malheureusement, parce que, dans les tumultes qu'on a continué d'entretenir, il s'est produit des incidents infiniment regrettables. En efTet, à la date du 5 mai, Les Nouvelles publient un compte rendu des événements du 4 au soir, compte rendu dans lequel, avec une complète absence de modération et, puis-je dire, de con-

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ven;uice, lous ceux r|iii noiit pas éXè d'avis que Ion cassât les vitrines, loiilc une partie de la po|iuhitioii ouvrière de Toulouse, des hommes qui, sortant des ateliers la journée terminée, avaient assisté à ces scènes et les avaient hautement désapprouv<''cs, sont traités dans les termes les plus injurieux et les plus provocateurs. Je ne les place même pas sous les yeux (le la Chamhrc. Ce sont dos mots qu'on a quelque regret de prononcer à cette trihune. Ils sont traités en bloc de (( voyous » et « d'ignobles vauriens ».

Vous comprenez à merveille quelle fut l'émotion produite par de pareils procédés de discussion dans une grande ville.

Le 5 mai, voici exactement ce qui se produisit.

On avait obtenu, pour un instant au moins, ce qu'on souhaitait : non pas la fermeture du Musée républicain par acte de l'autorité, mais la fermeture du Musée républicain par cette excellente raison qu'on l'avait mis hors d'état de recevoir les visiteurs : le Musée, se trouvait fermé défait, sinon de droit.

Alors des attroupements se forment; des groupes viennent, drapeau en tète, devant le Musée républicain en demandant qu'il soit réouvert. Et, comme l'industriel ne peut pas rouvrir un établissement saccagé comme l'a été le sien, ces mêmes groupes se transportent devant le bureau du journal Les Nouvelles, devant la préfecture : ils ne détruisent ni la préfecture, ni lejournal Les Nouvelles [Rires]] ils se bornent à protester très énergiquement contre les scènes de la veille.

Ce fut à la iîn de cette manifestation, dans laquelle la police a joué le rôle le plus sage et le plus énergique, que se produisit un de ces incidents auxquels je faisais allusion tout à l'heure, et que nous serons unanimes à regretter.

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Un officier en bourgeois est signalé comme ayant été au nombre de ceux qui, la veille ou Tavant-veille, avaient envahi le musée, et est pressé par la foule... Je me hâte de dire que rien absolument ne donne la moindre vraisemblance à cette assertion. Mais les tètes étaient montées, on se serrait de très près, il y eut, comme précédemment, une bousculade, l'officier fut frappé, atteint d'un coup de canne.

Au premier moment, il a pu s'élever quelques doutes sur les causes qui avaient amené cette déplorable agression. Je vois, en effet, que, dans ces mêmes journaux qui n'avaient rien négligé pour amener ces scènes, on a hautement félicité l'officier d'avoir essayé d'arracher des mains qui le portaient le drapeau qui précédait la manifestation.

Il faut écarter cette explication : il est résulté de l'enquête judiciaire à laquelle il a été procédé et qui n'a pas encore reçu sa solution, il résulte des renseignements qui ont été fournis, non pas par les journaux légitimistes mais par les journaux républicains, qu'au contraire cet officier, M. Beaune, n'avait rien fait de semblable, et que, très certainemeîit, aucun des faits qui avaient précédé l'incident ne le justifiait.

C'est là, je le répète, un incident fâcheux que nous serons unanimes à regretter, et qui aura sa solution devant les tribunaux. Ce n'est pas au ministre de l'intérieur d'accorder des répressions, alors même qu'il connaîtrait les coupables; la justice a été immédiatement saisie de l'alfaire, une instruction se poursuit, et il n'est pas douteux que, si cette instruction apporte des éléments sérieux d'information, bonne justice sera faite.

Voilà pour le passé; et, puisque l'honorable M. de Lanjuinais m'a demandé mon appréciation, je lui dirai

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que, si ces évéDements ont eu lieu, s'il s'est produit iDlamment un incident des plus (iiciieux, les provocations qui l'ont précédé ne sont pas moins blâmables que les faits eux-mêmes. Très certainement, si l'on avait traité avec l'indiiïérence dont parlait M. de Lanjuinais à la tribune le Musée ré/tuhlicairi, si l'on s'était borné à penser que ce que l'on y exhibe ne vaut pas le droit d'entrée perçu, rien de ce qui a eu lieu ne serait arrivé. Malheureusementj on a fait de cela, comme on cherche à le faire de tout, un prétexte à manifestations [C'exl cela! à gauchcj, à récriminations, et je ne crois pas aller au delà de mon droit en disant un prétexte à désordre. {Très bien! Très bien!)

Quant à savoir ce qui peut être fait dans lavenir, il me semble que la question ne peut même pas se poser.

Un maire a, sans nul doute, le droit d'accorder des permis de séjour et de les subordonner à certaines conditions; mais à quelles conditions? Est-ce un pouvoir absolument abitraire? Est-ce que je puis imposer aux maires d'une ville quelconque d'interdire l'entrée d'un marché ou d'une foire à un musée ou à une baraque, si rien, dans le spectacle présenté, ne contient une violation des lois ou une atteinte à la morale?

Je ne crois pas que l'on puisse aller aussi loin : ce droit essentiel qui appartient au maire de ne pas tolérer certains faits ou certaines exhibitions, a des limites qu'on ne peut dépasser sans tomber dans l'arbitraire le plus absolu. {Très bien! Très bien! à gauche et au centre.)

Je crois que le remède est éminemment simple ; il consiste à se résigner même aux exhibitions qui vous déplaisent. Nous vous rencontrons tous les jours, — dans les discussions théoriques du moins, — parmi

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