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LA RELIGION ET LA LIBERTÉ DES SPECTACLES

Cet établissement s'appelle le Musée républicain. On y exhibe, d'après les renseignements que j'ai dans mon dossier, des figures de cire qui représentent des scènes de l'inquisition, et divers spécimens dont je ne garantis nullement rauthenticilé... {Sourires), des instruments de torture usités à une certaine époque.

Ce musée a été l'occasion, il y a déjà trois mois environ, d'une certaine émotion dans une grande ville, à Bordeaux. Ce spectacle offusqua, paraît-il, certains amis de la libre discussion, et on se livra contre l'établissement, contre le propriétaire, à des manifestations empreintes déjà d'une certaine violence, mais qui se sont bientôt perdues dans les bonnes dispositions et dans les manifestations contraires de la population de Bordeaux.

A la suite de ce premier incident — et nous arrivons ainsi à l'incident de Toulouse, — on apprit que le Mmée républicain devait se transporter dans cette dernière ville, et, tout aussitôt, il lut déclaré que, si l'administration laissait le propriétaire de ce musée continuer son industrie, si elle se refusait à le proscrire, les amis de l'ordre se feraient -justice euxmêmes, et qu'ils prendraient contre le propriétaire de ce petit théâtre les mesures que leur suggéreraient leurs bonnes dispositions. [On ril.)

Ceci est très clairement indiqué dans un numéro du journal V Union du Midi, qui parait à Toulouse, et qui porte la date du 3 mai :

« Nous réclamons énergiquement la fermeture du Musée républicain.

« Nous la réclamons au nom de la liberté et de l'égalité devant la loi...

« Les honnêtes gens ont le droit d'être respectés au moins à l'égal des autres.

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<( Et si la municipalité reculait devant le devoir qui lui incombe dans cotte circonstance, noire devoir à nous serait d'invilcr tous les hommes de cœur à se l'aire justice et à rendre impossible le séjour du Musée républicain dans notre ville. »

Ce n'est pas le seul article de ce genre qui ait paru.

Un aùlre journal, Ln l\oiivcUes^ publié à la même date du 3 mai, contient le paragraphe que voici :

« Si, après avoir lu les affiches immondes qui sélalent partout, ladministralion ne prend pas des mesures, elle sera encore une lois jugée et jaugée à.., sa valeur.

<' Une, deux, trois! Voulez-vous, oui ou non, faire cesser le scandale? Parlez vite, ou... le public se fera promptemenl justice lui-même. «

C'était, messieurs, un appel non déguisé à la violence.

Je ne veux pas m'y arrêter longuement, mais n'estil pas éminemment regrettable que, sagissant d'obtenir la fermeture d'un musée — même républicain — on fasse dans la presse des appels à la violence, et. je ne crains pas de le dire, au désordre?

Avant même que le musée fût arrivé à Toulouse, on le frappait — Texpression n'est pas déplacée dans un pareil débat — d'interdit. On s'adressait à la municipalité, on lui disait ce qu'on se proposait de faire. C'est tout au plus si l'on ne parlait pas d'ap|iliquer au propriétaire du musée les instruments dont il faisait l'exhibition... {Mouvements divers), afin de prouver, sans doute, qu'en conservant les ardeurs du passé on a du moins adouci les méthodes. {Rires el a/jilaudissemenls a gauche et au centre.)

Le Mn&ée républicain est arrivé à Toulouse et l'administration a pris toutes les mesures qu'il était

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possible de prendre; je puis même dire qu'elle a apporté un esprit de conciliation dont très certainement celui qu'on a appelé le pitre, — c'est une expression qui a sa place dans le dictionnaire, mais qui est peut-être un peu vive, — a fait tout les frais.

Il avait fait afGcher un placard — j'en ai la copie dans mon dossier — dans lequel il se rencontre des appréciations des procédés de l'inquisition qui ne sont pas nouvelles.

On y lit notamment « que c'est le pape Innocent 111 à qui nous devons l'inquisition, et que c'est un moine, Dominique, dont on a fait un saint, qui a établi cette institution en France ». Je crois que la municipalité a fait tout ce qu'elle pouvait et devait faire en obtenant du propriétaire de l'établissement qu'il supprimât ces affiches, qu'il s'abstînt de tout commentaire, et qu'il se bornât à annoncer son spectacle et indiquât — ce qui ne pouvait être très subversif — le prix des places. (Sourires approbalifs.)

C'est dans ces conditions que le Musée républicain s'est ouvert. J'ai là, dans le dossier, un rapport du préfet qui est contemporain des événements, et voici ce que j'y lis .•

(' L'autorité municipale, avant de délivrer son permis de séjour, s'était préoccupée d'enlever à cette exhibition tout caractère vexatoire et provocateur. Il fut signifié au sieur Sestacq (dont notre honorable collègue M. deLanjuinais n'a pas osé prononcer le nom)...

M. i.K COMTE DE Lanjulnais. — Je ne l'ai pas prononcé, parce qu'il m'est tout à fait indifférent.

M. LE Ministre. — C'est un scrupule que j'indique, mais que je ne blâme nullement.

M. LE CO.MTE de Lanjuln.us. — Vous vcucz de dire : «( N'a pas osé prononcer le nom ><.

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M. Lii MiMSTHK. — « .. au sieur Sostacq qu'il oût à s'abstenir de toute inanif(;staliori extérieure; i! devait se borner à indiquer le jtrix des places et le litre du spectacle sans commentaires.

" Ces prescriptions ont clé rigoureusement observées par M. Sestacq... »

Ce n'est pas tout. M. le maire de Toulouse, — j emprunte ces détails à sa déposition dans reiiquête judiciaire qui est ouverte, — M. le maire raconte qui! reçut la visite de deux personnages de Toulouse, M. de Belcastel et M. de Capelles, qui vinrent Tentretenir des inconvénients possibles de ce spectacle et de leurs craintes, et le firent avec une courtoisie et une bienséance qu'on ne saurait trop louer. M. le maire leur fit connaître les mesures qu'il avait prises et leur adressa des remerciements.

L'entretien se termina en des termes qui sont à l'honneur de tous, et que je dois faire connaître :

<> Il ne faut pas, dit M. le maire, que lentrevue que nous venons d'avoir ensemble soit stérile, il faut qu'elle produise des résultats utiles et pratiques. Je viens d'être informé que plusieurs de vos amis, MM. d'Escallar, de Raymond-Cahusac, de Sayssan- Havignan et de Montbel se sont mis, hier soir, dans le cas d'être expulsés du Musée ré/nibiicain et conduits devant le commissaire central : il ne faudrait pas que des scènes semblables se reproduisissent. Rendez compte à vos amis de ce que je viens de vous dire.

« Expliquez-leur que la prohibition du boniment Qt l'enlèvement des affiches ont fait disparaître Août ce qui pourrait, à leurs yeux, constituer une provocation ; qu'ils s'abstiennent donc d'aller, ce soir, au Musér républicain car, s'ils y allaient, et, si leur présence

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était l'occasion de quelques désordres, ils en seraient seuls responsables. » (7Vè.s- ôien! très hien!)

M. de Belcastel ajouta quelques paroles de politesse et se retira avec son ami.

Ces conseils éminemment sages n'ont pas été suivis, et il s'est produit un premier incident dont j'emprunte îe compte rendu au journal Les Nouvelles afin qu'il ne soit pas suspect :

" Quelques-uns de nos amis, dit ce journal dans son numéro du A, écœurés de voir le scandale attenter publiquement et cyniquement à la morale publique, ont eu le courage de pénétrer dans cet antre... », — ce n'est plus une baraque, c'est un antre {Rires à gauche), — (( ... pour voir ce qui s'y passait et faire justice des calomnies qu'on y débitait. ->

Et un peu plus loin •:

« Nos amis ont prolesté par tous les moyens... » — on a souligné le mot « tous » — « ... qui étaient en leur pouvoir; une bousculade s'en est suivie. Les produits des nouvelles couches s'en sont donné à cœur joie, en attendant que la police intervînt.

« ... Les protestations seront ce soir, et jours suivants, s'il le faut, des plus significatives.

<i M. le maire est bien prévenu; nous le rendons responsable de tout ce qui pourra se produire. •• , litres il r/auche et au centre.)

" Coûte que coûte, nous sommes bien résolus à débarrasser la ville de cette pestilence, et nous avons pour nous le droit et le devoir, et, en présence de ces obligations sacrées, M. Hue est bien petit et pèse bien peu... pour les honnêtes gens.

« Monsieur le maire, monsieur le maire, l'indignation est bien forte, nous avons assez de ces turpitudes... » — plusieurs points : on les a prodigués dans

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cet article, — « et dans tous les cas, vous l'aurez bien voulu... »

Voici à quoi ou faisait allusion.

Le soir du 4 mai, uussilôl après l'ouverture d(» ce spectacle, — il n'y a pas eu de boniment, les affiches ont ét6 enlevées, — une cinquantaine de personnes, appartcn.tnl au monde légitimiste de Toulouse et au parti bonap;:rlislc, envahissent la salle, brisent les vitrines, endommagent très fortement les boiseries modestes dans lesquelles se trouvent ces collections, qui peuvent être aux yeux de l'honorable comte de Lanjuinais de mince valeur, mais qui représentent, en définitive, le gagne-pain de l'industriel. Des coups sont échangés, et voici dans quels termes, dès le lendemain, le commissaire de police central de Toulouse rend compte de l'incident :

« Ayant été informé la nuit même, de source sûre, que le Musée devait être envahi le lendemain et détruit, je crus devoir, pour ne pas laisser le moindre prétexte de manifestation, faire enlever les affiches qui avaient été placardées sur les murs de la ville, bien qu'elles ne renfermassent rien de délictueux, et, le lendemain, je rendis compte à M. le Maire, qui approuva l'initiative que j'avais prise et me fit connaître qu'il persistait dans sa première décision.

'< Le 4, le journal Les Nouvelles publiait un article violent portant que, si l'administration municipale se refusait à ordonner la fermeture du Musée, on se substituerait à son autorité.

« Les renseignements qui m'avaient été donnés et les menaces contenues clans cet article ne permettaientpas de douter que des manifestations seraient organisées dans la soirée, et j'avais pris des mesures en conséquence.

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