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L.V REPLBLIQLi: ET LA HKACTIOX

encore établie entre le passé et le présent, où Topposition dynastique s'en prend à l'existence même des institiilions, el où, plus ou moins ouvertement, plus ou moins franchement, on poursuit, dans celte guerre tour à tour sourde et violente, une revanche à prendre de la Révoluiion contre la démocratie? Dans des situations si diflerentes, la conduite à tenir peut-elle être la même? [i\on ! non ! — AjipIaudissemeiU s unanimes).

C'est parce que les résolutions à prendre sont commandées par la menace, devenue peu prudente, de Tennomi commun, que je crois l'union réalisable.

Oh! sans doute, si l'on jugeait exclusivement de l'état présent de la politique par ce qui s'est produit au début de la lutte électorale, on serait surtout frappé de la diversité des vues (je l'opposition et de la contradiction des programmes. Cette première bataille, elle s'est pour ainsi dire livrée entre républicains; nous avons paru chercher avant tout ce qui pouvait nous diviser; tout au moins, préoccupés de rivalités d'opinion ou de personnes, nous avons pour un instant perdu de vue nos véritables ennemis. {C'est cla.' — 7'/è.v hien! — Applaudissements.) On pourrait dès lors se demander si l'union réclamée par le pays est réalisable.

Et il n'est pas douteux que si chacun des élus devait rester inexdrable pour exiger l'exécution entière et immédiate de si^s conceptions propres, il faudrait nous résigner à voir le parti républicain s'agiter dans une perpéluelle mobilité, et, par suite, dans une perpétuelle im[)uissance.

Mais, a[)rès les élections du 4 octobre, il s'est produit un fait considérable. Les élections du 18 octobre ont placé bien au-dessus des programmes particuliers de chacun de nous un programme plus haut el plus

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simple, un progiaiiiine que le |)ays a fail lui-même, une véritable consigne qu'il a donnée au parti républicain lout enlifr. Quant le pays a vu que sur certains points la RépiibliqiK^ était entamée, il a dit : Assez de divisions, assez de querelles, au drapeau ! {Applaudissenienls et urclamalions. — Mouvement prolongr.] Si donc nous savons mettre la volonté du pays au-dessus de nos préférences, de nos ambitions, de nos impatiences, l'union se fera sur cette idée simple : travailler à mettre le Gouvernement républicain au-dessus et à l'abri des coalitions dynastiques, devenues impuissantes.

MessieuiS, c'est en mon nom personnel que je parle, je n'engage que moi, mais, je n'hésite pas à le dire, lout ministère, quel qu'il pût être, qui tenterait de faire une politique parlicularisle et qui verrait dans le dépôt du pouvoir en ses mains un moyen d'assurer à une fraction de l'opinion républicaine une prédominance, une situation privilégiée, menaçante pour les autres, serait un ministère condamné.

Tout ministère qui consacrera ses forces et son autorité à celte politique d'action contre la réaction que le pays demande aura pour le soutenir une majorité imposante, et pour ma part, je tiens à le dire bien haut, je m'inscrirai le premier dans cette majorité {Applaiidissemenls unanimes), là où j'aime à servir : dans le rang. (IVouveaux applaudissements.)

Mais il ne faut pas se faire d'illusions sur les devoirs, les difficultés et les charges d'une politique comme celle que je m'efforce d'esquisser à grands traits ; elle exige tout d'abord qu'on ne reste pas plus longtemps dans les sous-entendus ou les malentendus. Il faut savoir si l'on continuera obstinément, avec le sentiment désormais acquis du danger qu'ils font courir et

des fruits naturels qu'ils portent, tous les errements du passé, et si le parti républicain persistera à. se conduire comme s'il s'agissait exclusivement de déterminer si l'impulsion à donner doit être plus vive ou plus lente, plus hardie ou plus prudente, alors que, dans ma conviction profonde, il s'agit de savoir si le Gouvernement républicain demeurera le Gouvernement de ce pays. {Applaudissements.)

Si Ton envisage sans faiblesse ce qui vient de se passer, on est forcé de reconnaître que c'est après huit années de Gouvernement républicain, après trois consultations solennelles du pays, dans lesquelles nous avons toujours eu la victoire, même quand le 16 Mai consultait le pays en lui mettant le pied sur la gorge, que 200 monarchistes ont pu forcer l'entrée du Parlement.

Ne faut-il pas en conclure, si Ion croit plus sage et plus patriotique de s'interroger et de confesser ses fautes, n'en faut-il pas conclure qu'une part doit être faite dans , ce résultat à la direction générale de la politique, à des causes supérieures à tous- les incidents et à toutes les difficultés du moment ?

Est-il possible, s'il y a une logique des faits, que ce retour olTcnsif n'ait pas été sinijulièrement facilité l)ar la conduite suivie dans celte période de huit années qui aurait pu le rendre impossible? [Nouveaux ûp])l(iu(lissfme.uls cl bravos.)

La vérité, il faut le dire, c'est que, dans l'éblouissement de la victoire, nous avons perdu de vue ce fait capital que la réaction était plutôt refoulée que vaincue, et que, dans un pays impressionnable comme le nôtre, on ne subit pas des siècles de monarchie sans qu'il en résulte des habitudes, des traditions, des mœurs que l'éducation modifie et que l'œuvre du

78 l'oiit i.A i!i;i'i Mi.Kjri;

tem|»s transformera, niais qui ne se niddifient pas du jour au Icnciemaiii par cela seul que la Ht'-pulilique a succédé à la monarchie.

Qu'a-t-on fait cependant pour consolider la conquête?

Ah! si l'on me demandait ce qu'on a fait, hélas! pour diviser le parti républicain, pour discréditer les plus vieux serviteurs de la République, et parmi eux, et non le moins grand, celui qui, après avoir porté de si rudes cou|)S à l'Empire, avait, en 1870. comme on l'a si bien dit, incarné l'àme de la patrie, pour être ensuite, et contre les complots des 24 et 26 Mai, l'organisateur de la victoire... [Applaudisxfmo.nis 'prolongé^.)

S'il fallait rappeler toutes ces choses, et si je ne voulais fermer le livre du passé, l'histoire en serait triste et bien longue! Mais ce qu'on a fait contre la réaction monarchique, je vais vous le dire.

Nous étions à peine arrivés au pouvoir, nous venions à peine d'entrer dans la place, que notre premier soin a été de nous porter aux remparts, non pour les défendre, mais pour les démanteler.

On a fait, avec un soin jaloux, l'inventaire de toutes les armes dont les gouvernements disposent ; il en était de bien viles et de bien lâches que nous avons justement brisées. Mais nous avons été plus loin : notre zèle ne s'est point arrêté là; il en était de nécessaires à tout gouvernement fidèle à la loi et au besoin de sa conservation, plus indispensables à un parti qui, assiégeant hier, devait prévoir qu'il serait assiégé demain. Celles-là, nous ne les avons pas brisées, nous avons fait mieux : nous les avons jetées par la fenêtre à la réaction qui déjà revenait à l'assaut. {Assentiment général et applaudissements,)

Ou n'était pas assez libéral si l'on n'avait pas détruit sa pierre de l'édifice. De cette imprévoyance généreuse, mais funeste, que d'exemples on pourrait citer!

Je veux tenir ma parole et j'arrive à dire tout haut ce que beaucoup pensent déjà tout bas.

Nous avions promis, et à bon droit, d'affranchir la pensée, de donner la liberté à la presse, de faire tomber autour d'elle les entraves administratives, de l'arrachera l'arbitraire. Nous avons tenu la promesse faite, et, en ce qui me concerne personnellement, il me sera peut-être permis de dire que j'ai l'ait quelque chose de plus que de voter la loi sur la presse, sauf en un point que je vais indiquer. Pendant deux ans, sous le feu, non pas même des critiques, mais bien souvent des calomnies - 1 des injures, j'ai montré que le souci de ma personnalité était complètement étranger à l'idée que je me fais des besoins d'un gouvernement. [AdIiésKin g^iiprtile.)

La presse était affranchie, c'était bien ; mais on se demande si l'œuvre entreprise devait aller jus |u'à permettre qu'après les hommes qui la représentaient la République elle-même pût être outragée.

Ce fut un de nos devanciers, un de nos anciens dans le combat pour la liberté, et qui, en 1851, avait payé de la proscription son attachement à la République, ce fut M. J. Marcou qui, voyant tomber, après ces entraves que tous naus voulions voir brisées, jusqu'aux prescriptions qui lui semblaient les plus essentielles à la consolidation du pouvoir républicain, proposa par voie d'amendement que l'outrage à la République et aux institutions républicaines lut puni par la loi. Nous nous trouvâmes 182 pour voter ^sa proposition; 244 voix la re[»oussèrent. On demandait ce (|ue c'était que l'outrage à la République et aux institutions repu-

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blicaines, où il commençait et où il finissait. Ah! Messieurs, il suffit aujourd'hui de regarder sur nos murs ce qui reste des placards de la réaction pour savoir ce que c'est que l'outrage à la République! iOui! oui! — Applaudissemenls unanimes.

Je sais bien maintenant où il commence. Je ne sais pas où il finit... (Mouvement prolongé et applaudisse^ menls.)

Ainsi, après tant d"efîorls, après tant d'existences consumées pour la conquête de la République, nous ne l'avons placée bien haut que pour qu'on put l'ajuster plus à Taise, et nous avons dit aux monarchistes : Ne craignez rien ; vous pouvez l'outrager; nous avons fait un article de loi tout exprès!

Eh bien ! messieurs, je ne crois pas, je ne veux pas me résigner à croire que l'outrage aux institutions républicaines soit une condition de la liberté la plus absolue; mais s'il fallait l'admettre à l'état de thèse abstraite, revenant toujours et sans cesse à l'objet dominant des préoccupations qui s'imposent à tous les esprits, je dirais alors qu'il est à la liberté absolue une condition essentielle et primordiale : la suppression des oppositions dynastiques, parce qu'elles faussent, parce qu'elles vicient et corrompent les institutions de la liberté.

Est-il rien de plus conforme à l'idéal d'un pays qui se gouverne lui-même que de l'associer de plus en plus intimement à la formation, au maniement de tous les rouages et de tout l'organisme du gouvernement? Quoi de plus idéal que de lui confier jusqu'au choix des dépositaires du pouvoir central, si l'on imagine une nation en ,tout semblable à elle-même, jusque dans la plus petite de ses formations ?

Mais si, sur 36,000 communes dont se compose ce

pays, on vous disait : II en est 12.000 qui appartiennent à la réaction, où les monarchistes commandent encore, et en maîtres, penseriez-vous qu'il fût également logique de leur confier le soin de choisir pour représenter le pouvoir central ceux-là mêmes qu'une hostilité plus vive à la République aurait naturellement désignés? {Applaudissements répétés.)

Or, celte erreur, nous l'avons en partie commise, et nous avons failli la commettre tout entière.

Est-ce qu'on ne nous a pas dit, quand il s'est agi de la réforme judiciaire : Il ne suffit pas que les magistrats soient dévoués aux institutions; ce qui importe, ce qu'exigent les principes, c'est que le magistrat soit élu par l'arrondissement ou la commune. Et cette conception, tirée toujours du domaine de l'absolu, a trouvé dans la Chambre assez de crédit pour être adoptée en première délibéralion. Ce n'est qu'après un nouveau débat que cette proposition, dont vous pouvez mesurer aujourd'hui toutes les conséquences, a été rejetée. Ici encore, en oubliant l'état du pays, on n'allait à rien moins qu'à constituer la justice à l'état de fief monarchique dans les vingt-sept départements *qui sont entre les mains des pires ennemis de nos institutions. {Oui! Oui! — Très bien! — Vifs applaudissements .)

Si donc il est vrai que certaines doctrines peuvent être discutées et agitées dans le domaine de l'idéal absolu, il faut reconnaître que dans la pratique on doit compter avec les faits, les conditions de milieu, tenir compte des circonstances et de la constitution historique d'un pays pour ne pas anticiper sur l'heure à laquelle une réforme peut être faite sans danger pour nos institutions.

Messieurs, après les événements derniers, il en est beaucoup qui disent : n'alarmons pas le pays; comme

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certains médecins disent aussi : neflrayons pas la famille. Eh bienljft pense que If» moment est grave et que, si l'on prend la résolution ferme de mettre la République au-dessus des complots, des compétitions de toute sorte qui s'agitent autour d'elle, au lieu de la mettre en péril en voulant précipiter son évolution et anticiper sur son histoire, il faut opter entre deux théories et deux traditions : celle de la République de 18i8, généreuse, illusionnée, opposant aux partis qui conspiraient sa ruine les rêves d une fraternité impossible, — la politique du désarmement, — et celle de la première Révolution, qui, avant de procéder à certaines réformes, considéra que le premier devoir de ceux qui voulaient la République était de se trouver unis, inébranlables et agissants en face des partisans de la monarchie. {Adhésion générale et apphiudissp.menls rr pelés. )

On peut, messieurs, interpréter différemment lemanifestations qui viennent de se produire dans ce pays. Si lun de nous se trompe, il se trompera de bonne foi. Quant à moi, c'est peut-être parce que j'ai vécu là où le péril était le plus ardent, laffirmalion des efforts monarchiques plus bruyante, que j'ai porté dans la politique cette préoccupation constante de vouloir la République trop forte plutôt que de la vouloir trop faible (Bnioos et applaudissemoils), mais au prix de tant de critiques et d'attaques passionnées, j'aime mieux être blàmé pour avoir voulu trop la défendre que pour l'avoir trop livrée- (Vive adhésion et nouveaux applandi-iseinents.)

Et, à l'heure actuelle, je n'ai pas d'aspiration plus profonde et de désir plus passionné que de voir à la tête du pays un gouvernement pénétré des devoirs que la situatioii actuelle impose, et dont la conduite

résolue sera dictée par cette conviction qu'il y a pour la République un droit supérieur à tous les autres droits : le droit de vivre, et un devoir qui est audessus de tous les devoirs : celui de se défendre. [Salves d' applaudissements el marques d'assentiment générales.)

Messieurs, je bois au département des Côtes-du- Nord, à la ville de Dinan, qui me donne l'hospitalité ; à son maire, mou excellent ami M. Deroyer, et je vous propose d'associer vos espérances aux miennes en buvant à la revanche de la Bretagne contre la monarchie! [Longs applaudissements et acclamations prolongées.)

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