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LE GOUVERNEMENT ET L'OPPOSITION

œuvre qui est, messieurs, n'en doutez pas, une œuvre de salut, à sortir des polémiques, des agitations stériles, pour entrer dans le domaine des travaux pratiques. Il y a quelque chose de plus noble et de plus salutaire à faire que de griser le peuple, de lui verser chaque jour une liqueur plus capiteuse ou plus frelatée : il faut assurer son existence et son lendemain.

C'est pour cela, c'est parce qu'il était urgent d'avoir une orientation claire et définitive, qu'il fallait que le parti républicain se comptât, qu'il fît l'inventaire de ses lorces, car nous vivons sous la loi du nombre, et c'est ce qu'on a peut-être un peu trop perdu de vue. Il fallait que le pays sût si le Gouvernement était du côté des plus agités ou du côté des plus nombreux et des plus sages. C'est cette expérience que nous avons voulu faire, en demandant à tous les républicains de bonne volonté cette force, cette sécurité, cette stabilité qui ne nous ont jamais été plus indispensables : indispensables à notre crédit, messieurs, car si nous sommes à un moment où l'économie dans l'administration de nos finances s'impose, et nous avons été les premiers à le proclamer, c'est la confiance qui équilibre les budgets; indispensables encore et surtout pour m;iintenir à la France, sur le marché européen, la grande place à laquelle elle a droit.

Nous ne sommes pas une démocratie dans l'espace. Nous ne sommes pas en Europe pour inquiéter, ni pour donner satisfaction à je ne sais quel besoin factice de bruit et de changement. Nous voulons rester fidèles à notre rôle historique; nous voulons demeurer le foyer lumineux vers lequel se tournent tous les peuples; nous voulons que, dans l'ordre commercial comme dans celui des arts et des lettres, quand on

voudra chercher le progrès, on continue de regarder chez nous !

Je ne sais si nous serons assez heureux pour trouver toutes les solutions, pour résoudre toutes les difficultés. Nous aurons eu, du moins, un mérite : c'est de ne cherchera tromper personne; c'est de rompre avec ce que j'ai quelquefois appelé la stratégie et la diplomatie parlementaires; c'est de ne demander l'existence qu'à la conecience réfléchie des]hommes dévoués, des patriotes que vous avez envoyés dans le Parlement. Nous avons obtenu celte confiance; j'espère que nous la conserverons, non pour nous, mais pour la France.

II y a, en tous cas, une chose dont je suis certain, messieurs : c'est que nous ne la surprendrons jamais, parce que nous estimons qu'il y a, en France, une habileté qui prime toutes les autres et qui a quelque analogie avec le nom que nous portons, puisqu'elle s'appelle la franchise.

En terminant, messieurs, je demande la permission de porter un toast à la municipalité de Tourcoing, à M. le maire, à son administration, au conseil municipal de cetle ville de Tourcoing d'où j'emporterai un ï^ouvenir singulièrement ému. Je n'oublierai jamais le témoignage d'attachement qu'elle a, dans cette journée, donné aux institutions républicaines. II m'est d'autant plus sensible que, dans celte foule que nous avons traversée, l'immense majorité était composée de travailleurs. Eh bien! nous ne leur promettrons pas ce que nous ne saurions pas leur donner; nous ne leur dirons pas que nous avons en main je ne sais quel talisman qui permet de résoudre toutes les difficultés. Nous leur dirons, à l'enconlro de ce qu'on leur enseigne trop souvent, que tous les intérêts français, que tous les facteurs du travail sont solidaires.

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C'est là, messieurs, l'un des résultats les plus considérables et les moins aperçus de la Révolution française. Il y a telle nation où les intérêts sont si distincts que le triomphe d'une classe sur une autre pourrait peut-être marquer pour elle un progrès et un avantage. Il en est autrement chez nous, où tous les intérêts, où tous les patrimoines sont engagés dans la même lutte, où il s'est fait une association de toutes les forces qui concourent au travail national.

Messieurs, j'ai souvent expérimenté combien il y a de raison, de sagesse, chez ces hommes qui s'ouvrent, à force de travail, un chemin dans la vie, qui ont la grande et généreuse ambition de faire à leurs enfants une existence meilleure, et cette raison, cette sagesse, nous imposent de grands devoirs. Nous avons contracté vis-à-vis de ces fondateurs de la République une lourde dette : je vous promets, messieurs, que nous essayerons de la payer.

Il y a des institutions nouvelles à fonder. Il y a surtout beaucoup d'institutions dont il faut perfectionner le jeu et développer l'usage. Je parle devant des collègues avec lesquels j'ai eu la bonne fortune d'étudier plus d'une de ces questions : il faut que l'épargne ait ses lois, que les sociétés d'assistance mutuelle se développent, que le travail trouve le crédit par l'association.

Nous avons devant nous le champ le plus vaste et le plus fécond; mettons-nous à l'œuvre sans hésitation et sans défiance !

Je bois à la municipalité de Tourcoing. Je bois à cette ville d'ordre et de travail, qui a donné la preuve d'un attachement si profond aux institutions républicaines; je bois à son avenir et à sa prospérité!

Le 1" juin 1884, à Amiens, M. Waldeck-Rousseau présida la 10" fêle fédérale des Sociétés de ^-ymnastique de France. Dans le discours qu'il prononça au banquet quilui fut oHerl à cette occasion, il précisa la nature des devoirs du Gouvernement envers Topinion publique : le pouvoir doit s'inspirer des vœux de la majorité du pays et tout ramener à la volonté de la nation. Le ministre parla ensuite du projet de loi relatif à la révision partielle de la Constitution qui, présenté aux Chambres le 24 mai précédent, fut adopté par l'Assemblée Nationale réunie en Congrès à Versailles au mois d'août suivant.

Messieurs,

Votre maire. M. Petit, dans un langage que vous avez couvert d'applaudissements, évoquait tout à l'heure des souvenirs qui trouvent naturellement leur place dans une fête patriotique comme celle dont je suis si honoré d'avoir la présidence.

Il évoquait une mémoire qui ne saurait pas plus être absente de nos deuils que de nos fêtes [Ap/ laudissemenls ]irolu»gés\ et qui nous rappelle tout à la fois d'immenses services, l'immensité d'une tâche remplie à travers mille épreuves, bien des espérances, bien des déceptions et, pourquoi faut-il être obligé de le dire ? bien des injustices.

M. Petit a ramené notre pensée sur ce grand et cher

LE POUVOIR ET L'OPINION PUBLIQUE yî)

mort que l'honorable président du conseil oous montrait, il y a peu de semaines, par une saisissante image, grandissant aux yeux de la démocratie à mesure qu'il recule dans Tliistoire. Laissez-moi vous dire que ce qui fut sa constante préoccupation est aussi la nôtre [Applaudissement s) : sans pouvoir jamais espérer de faire pour le pays ce qu'il lui aurait été donné d'accomplir, nous tenons à orgueil de nous montrer les continuateurs de son œuvre et les gardiens de sa tradition. [Vifs applaudissements) .

Dans sa pensée, une chose dominait tout : le relèvement de la patrie, et il ne séparait pas cet objectif suprême de Tétabliss'ement d'une République organisée, puissante, parce qu'elle aurait fait ses preuves et montré que, plus que tout autre gouvernement, elle peut avoir la durée et la'régularitéd'un gouvernement. [Marques d'assentiment.)

Il avait surtout assez donné de gages à la liberté pour avoir le droit de dire à la démocratie que, s'il ne faut pas dans l'œuvre si difficile du gouvernement méconnaître les besoins et les tendances de son époque, il faut aussi meitre quelque méthode dans les réformes que Ion veut poursuivre, et je crois que. depuis le temps où il l'alfirmait avec éclat, cette doctrine a pris peut-être plus de force.

On peut aujourd'hui proclamer avec certitude que, pour fonder une République durable, qui donne satisfaction aux besoins du pays, il n'y a quune pratique efficace et sincère : s'inspirer des vœux de la majorité de la nation; savoir, au besoin, réfréner ses propres impatiences, ses préférences personnelles, pour rechercher avec loyauté quelle est la volonté générale, la voionfé dominante du suffrage universel, et, une fois qu'on la connaît, si on a lo lourd fardeau du pou-

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voir, il jfaut mettre à son service tout ce qu'on a de force et savoir dire sans hésitation : Voil;i ce que nous croyons possible de faire, voilà ce qu'il faut entreprendre, ce .qui doit être courageusement réalisé.

Cette vérité qu'il faut tout ramènera la volonté de la majorité de la nation est si évidente qu'on semble dire une banalité en l'énonçant, et cependant c'est là, si je ne me trompe, la ligne de partage entre deux politiques bien différentes.

On peut imaginer que le Parlement, quand le suffrage universel l'a créé, est comme une sorte d'échiquier livré à des mains plus ou moins habiles, que le gain de la partie dépend de manœuvres savantes ou hardies, d'une stratégie raffinée, habile à coaliser aujourd'hui les rancunes de demain, les défiances. On peut croire qu'il existe en politique je ne sais quelle supériorité d'origine et que, pour avoir été élu sur un programme d'autant plus sonore qu'il est plus vide, on est investi du droit supérieur de commander à la vulgaire majorité du pays. [Applaudisse ments .)

C'est là une méthode qui demande une habileté, une dextérité que pour notre compte nous n'avons jamais connues. [Vive approbation et bravos.)

Il est une autre méthode plus simple, à la portée des plus humbles : elle consiste à rester en communication continuelle avec le pays, à rechercher ses tendances, à ne rien négliger pour que la majorité parlementaire demeure la vivante image de la majorité nationale, à rester le serviteur fidèle de l'une en étant le collaborateur ferme et loyal de l'autre. ( Vifs applaudissements.)

C'est de cette méthode que nous nous réclamons, et, si nous avons obtenu la confiance du Parlement, si nous avons rencontré quelque faveur dans le pays,

c'est, je le crois fermement, pour l'avoir sagement pratiquée après l'avoir hautement proclamée. {Nouveaux applaudissements .)

Nous lisons presque tous les jours, nous entendons dire sans cesse que nous foulons aux pieds toutes les volontés du pays, et avec quel cynisme! {On rit) que nous trahissons le mandat qui a été donné par la nation à ses représentants, et je ne parle pas ici seulement du Gouvernement personnifié par le cabinet actuel, mais du Gouvernement pris dans son ensemble, de tous les pouvoirs publics et, particulièrement, de la majorité de la Chambre, à laquelle les injures nont pas été plus épargnées qu'à nous-mêmes, de sorte qu'il semble, en- vérité, qu'il existe un petit nombre d'hommes investis, comme d'un l^monopole, du droit de parler au nom de l'opiûion publique.

Il faudrait pourtant s'entendre une bonne fois sur ce qu'est l'opinion publique, savoir de quel côté elle penche. Il faudrait faire l'inventaire de ses forces, reconnaître ses courants, en même temps ne point les confondre avec ses rapides.

Quand nous avons pris le pouvoir, voici quel était l'état de l'opinion, à la juger par l'état politique des conseils municipaux. En la prenant ainsi à sa source, nous voyions dans ce grand pays de France 12.000 communes où la République est contestée encore, constituant comme l'alluvion qu'ont laissée sur notre sol républicain des siècles de monarchie. Nous voyions à côté, et je fais la mesure très large, 800 conseils municipaux se réclamant des tendances de l'extrême gauche.

Puis, nous comptions plus de 23.000 conseils municipaux, c'est-à-dire l'immense majorité du pays, dévouée à une politique progressive et sage, avide de

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réformes pratiques, dédaigneuse des chimères irréalisal)les, avide surtout de mettre une bonne l'ois hors de toute contestation possible les institutions républicaines, de faire du régime républicain rélablissemeul durable et comme l'atelier indeslructible des réformes successives. (Applaudissements jirolmujiis.j

Ce sont là des faits appuyés sur des chiffres, et, ces faits, j'ai un grand plaisir à le dire aujourd'hui, ils n'ont fait que s'accentuer après plusieurs consultalions du suffrage universel, et, si nous consultons les résultats des dernières élections municipales, nous pouvons bien affirmer que nous n'avons pas méconnu ses volontés; on nous en avait beaucoup parlé à l'avance; réactionnaires et intransigo-ants nous y donnaient rendez-vous avec une touchante unanimité... qui, après avoir été un accident passager, semble devenir une douce habitude. (lYouveaux rires.) On avait annoncé les élections municipales comme devant être la date fatale assignée à notre chute, N'êtes-vous pas frappés de voir qu'on en parle beaucoup moins aujourd'hui? [Rii'i' (jénéi'dl et applaudissp/iienl.t.)

II esta remarquer que, du côté même où l'on présageait plus bruyamment le succès, il s'est fait un grand silence, celui qui suit les grandes catastrophes. Eh bien', messieurs, nous en parlerons bientôt, et avec d'amples détails, parce qu'il faut que tout le monde puisse les juger comme nous, en tirer les mêmes enseignements.

Pour me borner à une seule indication, pour ne parler que des agglomérations des chefsdieux de déjiartement, d'arrondissement, de canton, le parti intransigeant a vu ses possessions réduites à 37 communes et la majorité de la Chambre, qu'où a parfois appelée la majorité infâme (Mouvement), cette majo-

rite a derrière elle, dans les chefs-lieux de cantons seulement, 1.591 conseils municipaux. {Applaud'ssements répétés.)

Quand je constate ces faits, j'ai le droit de dire à ceux qui nous avaient affirmé que nous méconnaissions le pays, que nous tournions le dos au suffrage unirersel, qu'ils parlent peut-être au nom de je ne sais quelle religion républicaine révélée, d'un dogmatisme émané den haut, qu'ils sont peut-être des inspirés [On rii), mais que, à coup sûr, ils ne sont pas des démocrates parlant au nom du suffrage universel. iCesl cela ! très bien ! JVombreiix applaud'sscmi^nts.)

Messieurs, le devoir du Gouvernement me paraît être, par conséquent, très simple. Quand on se place devant le pays et qu'on re'cherche ses volontés, il y a deux partis à prendre : si l'on pense que la généralité de ce pays se trompe, il ne faut pas se charger du fardeau du pouvoir ; mais, si Ton se trouve en communication d'idées absolue avec le suffrage universel dans son expression la pluâ large, la voie est foute tracée : il faut faire hardiment passer dans le Gouvernement ses idées et ses principes. {Vifs applaudissements.)

Je disais tout à l'heure que le progrès attesté déjà par les élections précédentes n'avait fait que grandir lors des élections municipales dernières.

Youlez-vous me permettre d'ajouter qn'il aurait été plus décisif encore si, partout, comme vous en avez donné l'exemple, on avait montré le même esprit d'union et de discipline; et, après cette dernière expérience, plus que jamais je crois que l'œuvre fondamentale qui s'impose à la République, l'œuvre de pacification et d'unification politique, n'est possible qu'à cette condition, qu'à ce prix : l'union persévérante et jiatriotique des républicains; l'œuvre est assez grande,

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en vérité, pour que chacun y puisse 'prendre place. {Marques d'assenlimenl. — /h-avus.)

Ce n'est pas par l'esprit de système, c'est par l'esprit (le discipline que nous franchirons les dernières étapes. Bien souvent il arrive à chacun de nous de songer à l'heure où les Assemblées politiques pourront consacrer plus d'une séance sur dix à la discussion des questions d'affaires, à l'étude et à la solution des problèmes économiques et sociaux. Eh bien! soyez assurés que cette étude ne pourra être abordée d'une façon paisible, décisive, que ces problèmes ne pourront être résolus avec calme, avec impartialité, aussi longtemps que leur examen et leur solution seront sans cesse faussés par l'existence d'une opposition anticonstitutionnelle.

Il y a là un obstacle qu'il faut faire disparaître, en unissant nos efforts ; je le dis devant des républicains convaincus, qui comprennent que le succès sera d'autant plus rapide et plus certain que nous montrerons plus de confiance en nous-mêmes, plus de respect de nos idées réciproques et que nous donnerons plus de témoignages d'union et d'exemples de concorde. {Oui ! oui ! — Applaudissements prolongés.)

C'est ce qu'avait merveilleusement compris l'homme dont parlait tout à l'heure M. Petit. Il estimait — je le lui ai entendu dire bien souvent, — que cette œuvre d'union deviendrait bien facile si, oubliant nos idées préconçues et nos préjugés, nous voulions nous retourner vers ce grand pays, entendre sa voix et exécuter sa volonté. C'est peut-être parce qu'il était l'homme de France qui avait le mieux connu toute la France que Gambetta était l'homme politique le plus écouté dont la mémoire ait été gardée par un peuple libre. {Assentiment général et applaudissements.)

C'est du même esprit de recherche sincère des

volontés du pays, du même esprit de mesure et de prudence que le Gouvernement s'est inspiré en soumettant à la Chambre une proposition dont je ne veux dire absolument qu'un mot. J'estime, en efl'et, messieurs, que, lorsque le Parlementes! saisi d'une question, il faut lui laisser le soin de la traiter et de la résoudre ; mais on a tellement annoncé que je ferais un discours sur la revision [On rit)... on l'a tant répété dans la presse que je voudrais faire acte de bonne confraternité en ne démentant pas absolument cette information. {iVouveaux rires.)

Vous savez, messieurs, de quelle nature est cette proposition : nous ne demandons pas ce qu'on est convenu d'appeler la revision intégrale. Il nous a paru que si l'on s'inspirait des' vœux généraux émis par le pays, que si l'on tenait compte des volontés manifestées par l'ensemble des collèges électoraux, il y avait trois points sur lesquels l'accord s'était fait : le premier, et non le moins important peut-être, consiste à mettre, une fois pour toutes, en dehors des litiges qui peuvent régulièrement s'élever, fût ce dans un Congrès, la forme de nos institutions [Adhésion unanime et applaudissements prolongés.)

11 nous a paru qu'après un stage si merveilleux de sagesse qui dure depuis plus de huit années, nous avions le droit et le devoir de déclarer que la forme du Gouvernement républicain n'est pas une de ces choses contingentes qu'on puisse légalement modifier et changer. Nous avons pensé qu'il fallait dire, au seuil même de notre Constitution, qu'au delà des institutions républicaines il n'y a plus que des institutions dérobées par la force et des usurpations violentesou criminelles. [Adhésion générale. — Applaudissements répétés.) . Nous avons pensé, en outre, que ce pays voulait, en

jiugmenfant la puissance «le sos origines, accroître dans le pays le crédit de celte grande institution qui est le Sénat républicain. Nous avons pensé enfin que le pays voulait que, dans la Constitution, il y eût entre les deux Assemblées républicaines comme un pacte de bonne entente et d'harmonie.

Nous n'avons pas demandé qu'on fît la revision illimitée, parce qu'il ne peut entrer dans ma pensée, parce que je ne conçois qu'avec une difficulté extrême qu'on puisse, dans ce pays où les monarchies ont laissé tant de traces, envisager sans anxiété, considérer comme bonne et salutaire, une opération constitutionnelle qui aurait pour effet de remettre tout en question.

Je ne puis pas admettre qu'il y ait désormais dans notre histoire même un instant de raison pendant lequel l'homme politique le plus clairvoyant ne pourrait dire sans embarras quel est le régime légal de la France et si elle est encore en république (Mouvement).

En tous cas, dans Tordre des considérations pratiques, il en est une qui me paraît être d'une évidence inconteslable : c'est que, lorsqu'il s'agit de réaliser par la révision une certaine somme de progrès, il faut sans doute que la révision soit rendue possible. Or, la question qui se pose, c'est, comme en 1881, de savoir si, par la révision limitée, on obtiendra celles des modifications que le pays réclame surtout, ou si, en demandant la révision illimitée, on s'arrangera pour n'en point obtenir du tout. Grâce à l'expérience acquise, au concours du Parlement, j'ai la ferme conviction que le résultat sera conforme à nos espérances. {Applaudissements.) Je viens de vous entretenir, messieurs, d'une ques-

LE POUVOIR ET L'OPIMON PUBLIQUE Gl

tion qui marquera cette session, quelle que soit la solution adoptée. Je croirais manquer à mon devoir si je ne faisais allusion à un autre événement qui s'est produit, au contraire, pendant la séparation des Chambres Je me souviens qu'à Périgueux l'honorable président du Conseil, au milieu d'une émotion patriotique, donnait lecture d'une dépèche qui annonçait une dernière victoire de nos armes au Tonkin. Depuis, notre situation s'est consolidée dans le pays, et vous connaissez, messieurs, le traité glorieux qui a mis fin à notre expédition, laquelle, entre bien d'autres résultats, aura montré ce qu'est, ce que vaut notre armée française. {Salve d' applaudi ssemenl s.)

Et, puisque je me trouve dans ce banquet en présence des représentants de cette armée, vous me permettrez. Messieurs, de porter un toast à l'armée de la République, à notre armée nationale. {Bravos et applaudisstmenis prolongés. Cris de : Vive Vannée! Vive la République ! Vive Waldeck-Rousseau !)

Un banquet fut donne à Rennes, le 14 juillet 1885, à l'occasion de la Fête Nationale, sous la présidence de M. Le Bastard, sénateur, maire de Rennes, qui préconisa l'union des républicains en vue des élections législatives. M. Waldeck-Rousseau prit la parole sur le même sujet. Il déclara qu'en présence des menées du parti réactionnaire, il fallait songer d'abord à défendre la République, à faire par conséquent l'union de tous les républicains, car on ne discute pas entre soi devant l'ennemi. 11 ajouta que, quant h lui, il n'aurait d'ennemis et ne connaîtrait d'adversaires que les adversaires et les ennemis de la République*.

Messieurs,

La République célèbre par la fêle du 44 Juillet, non pas seulement la prise de la Bastille, mais le premier acte de la Révolution. Ce jour-là s'est définitivement engagée la lutte entre les deux principes qui divisent le monde, l'un qui fait du gouvernement un prestige pour quelques-uns, l'autre qui en fait un droit pour tous. Cette lutte dure encore dans notre pays, et, malgré le silence gardé par la réaction sur les projets qu'elle nourrit, il n'est pas difficile de pressentir l'àpreté des représailles qu'elle est toute prête à exercer contre la démocratie.

1. M. Waldeck-Rousseau n'était plus ministre depuis trois mois.

D'ailleurs, il semble bien que c'en est fait de la période héroïque et chevaleresque où la réaction descendait dans l'arène son drapeaii déployé. Une main prudente et cauteleuse la conduit. On.s'est hâté d'enterrer le drapeau blanc dans le cercueil du comte de Chambord comme une relique compromettante. Chassé de la maison, on ne prétend plus y rentrer de haute lutte, mais on accepterait volontiers d'y pénétrer sous un déguisement. Le coup fait, on aviserait, et soyez sûrs que la réaction qui suivrait cette surprise serait la plus violente qui ait jamais été. Les prétendants ne feraient pas défaut, et, d'ailleurs, pour une coalition sans principes, peu importe qui présiderait aux représailles ! Il y a le prince Jérôme pour les Jéromistes, le prince Victor pour les Victoriens, et les Bourbons d'Espagne pour les attardés qui persistent à voir dans les princes de la maison d'Orléans les petits-fils du régicide Philippe-Égalité. On cesse de vanter les bienfaits de la monarchie, mais on accumule les calomnies contre la République, on entretient les haines, on sème les défiances.

Dans ces conditions, le devoir des républicains est tout tracé. Ils doivent dénoncer la première habileté de cette tactique : il faut bien persuader au pays que la lutte s'établit toujours entre la République et la monarchie, entre la démocratie et la réaction.

Ils doivent surtout éviter de fournir des armes à la réaction, de lui permettre par leurs divisions de semer la défiance et d'entretenir un sentiment d'incertitude sur le lendemain, sentiment qui, pour un pays vivant de travail, de commerce, d'opérations à longue échéance, serait une cause de malaise et de trouble. On peut différer sur les méthodes; c'est le propre d'un régime de libre discussion que de faire surgir sur

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chaque question des avis bien divers; mais, quaml il s'agit de faire (ace à la réaction, une seule question se pose : la conservation de la République. On mdiscute pas entre soi devant l'ennemi.

Pour moi, puisque je suis amené à m'expliquer sur ce point, je le déclare hautement : je n'aurai d'ennemis et je ne connaîtrai d'adversaires que les adversaires et les ennemis de la République. Nous n'aurons d'autre ambition que d'ajouter une victoire à toutes celles que nous avons remportées, et nous .demanderons aux électeurs, abstraction faite de toute question de personnes, de choisir, pour les conduire au combat, ceux qui paraîtront leur offrir le plus de garanties et le plus de chances de succès.

Les éleclioas générales des 4 et 18 octobre 188o, faites au scrulin de liste, avaient causé au parti réjjublicain une déception aussi douloureuse qu'inattendue. Au premier lourde scrutin, 176 réactionnaires avaient été élus contre 127 républicains seulement. Trois ministres seuls étaient réélus, dont M. /îrisson, président du Conseil ; quatre étaiint battus, les autres en ballottage, et, dans un grand nombre de départements, la réaction menaçait de l'emporter au second tour de scrutin. Ce danger fut écarté grâce à la discipline des républicains soudainement revenus à la sagesse et à l'union. Mais la nouvelle Chambre n'en contenait pas moins plus de 200 députés monarchiques, et il n'était pas niable qu'un fort mouvement de recul s'était produit dans le pays : en effet, la i"éaction, qui, aux élections de 1881, n'avait obtenu que 1.789.767 suffragfs, venait, cette fois, d'en recueillir plus de trois millions et demi, exactement 3.b41.384. C'est dans ces circonstances que M. Waldeck-Rousseau, réélu député d'Ille-et-Vilaiue au deuxième tour de scrutin, et invité, le 15 novembre 1885, à un banquet que lui offraient les républicains de Dinan, prononça le discours suivant. Examinant la situation, reconnaissant sa gravité, il avouait les fautes commises par le parti républicain et l'engageait cà s'unir contre la réaciion. Quant à lui, ii disait qu'il avait porté dans la polilique cette préoccupation constatîte de vouloir la République trop forte plutôt que de la vouloir trop faible, et qu'il aimait mieux être blâmé pour avoir voulu trop la défendre que pour l'avoir Irop livrée.

72 rolR I.\ Itlil'l liMoLK

iMessikihs,

Les parolos si afîectueuses et si cordiales que vient de m'adresser M. Deroyer, mon cher ancien collègue, sont bien faites pour me toucher profondément. J'y suis d'autant plus sensible qu'il a évoqué des souvenirs qui me sont particulièrement chers, et l'accueil que vous avez bien voulu faire à ses paroles me prouve que je ne suis pas pour vous un étranger. Dans ce qu'il a dit de ce que j'ai pu faire comme député ou comme membre du Gouvcrnement,j'aurais, messieurs, une bien large part à faire à l'exagération de son amitié ; je n'en veux retenir que ce qui a trait à la sincérité de mes efforts, et surtout à l'éloge mieux justifié, qui m'est particulièrement précieux, qu'il a si justement décerné aux électeurs d'Ille-et-Yilaine, dont la discipline, l'union, la fermeté, ont assuré notre victoire, et grâce auxquelles, comme un signe de ralliement et un gage d'espérance, le drapeau de la République flotte encore en Bretagne. ( Vifs applaudissements.)

Si je suis profondément et justement touché de l'accueil que j'ai rencontré dans cette ville républicaine de Dinan, et tout particulièrement dans cette assemblée, je ne me dissimule cependant pas les difficultés de la tâche qui m'est imposée, appelé que je suis à m'expliquer sur des événements qui sont d'hier et qui tiennent une place si légitime et si considérable dans les préoccupations du pays. {Marques d'assentiment.)

Dans ma conviction profonde, nous sommes à une heure ofi l'on pourrait sans doute concilier, quand on a de sa propre sagesse une juste défiance, son devoir avec le silence; mais si l'on se résout à parler, il faut dire ce qu'on pense, tout ce qu'on pense.

Nous sommes au lendemain d'un succès remporté

par la réaction; il serait puéril et dangereux d'en contester la gravité et l'étendue, l'état d'esprit qu'il révèle. Il emporte avec lui une leçon à laquelle il ne faut pas se dérober.

Je parle dans une région où les républicains ont dû plier devant le nombre, dans une région où l'on ne peut, sans aveuglement, ne pas constater la force des partis monarchiques, tenant partout la campagne, mais livrant ici plus manifestement le secret de leur organisation puissante, de leur ardeur infatigable — après tant de défaites — à saisir toujours l'occasion, à remonter toujours à l'assaut. Ce serait donc mal servir son pays que de s'obstiner dans uu parti-pris de réticences ou d'atténuation des faits dont nous avons été témoins, et c'est d'ici peut-être, où Ja lutte est encore si ardente et si inégale, qu'un homme politique est particulièrement en situation et en droit de demander que, dans la direction générale imprimée à la politique du pays, on tienne quelque compte de cette circonstance trop longtemps inaperçue que nous sommes encore en pleine bataille, en pleine période de conquête, et qu'une opposition qui s'en prend à l'existence même (lu Gouvernement républicain, qui peut, à de certaines heures, rallier 3 millions de suffrages, impose à quiconque a le souci de l'avenir des devoirs particuliers. Aussi prenant texte d'un retour offensif et de succès qui seraient faits pour surprendre, alors que depuis des années le Gouvernement républicain est le Gouvernement légal de ce pays, je crois qu'il faut, sans exagération et surtout sans récrimination contre le passé, envisager la situation présente dans ses incertitudes^ avec ses ressources, pour nous demander quelles résolutions elle doit nous dicter. {Très bien! '7 applaudissements.)

T» P<»Llt LA HKI'UI'.LIQIK

Les dernières élections, dans la piiùoôa surtout (jui s'est écoulée enlr(» le 4 et lo IX ocidbro, ont établi jusqu'à l'évidence la nécessité suprême d'une union sans réticences, sans calculs personnels, de tous ceux qui, dans ce pays, veulent le maintien et la consolidation de la République. {Oui! oui! 1 rrs bien ! cl aj)plii udisiiieini'iiis j> nilontjPH.)

Ce besoin d'union, c'est dans le pays, notre maître, qu'il est apparu d'abord, et au milieu de tant de symptômes divers, s'il en est un qui doive rassurer, c'est que cotte volonté du pays a été entendue par ses élus et qu'ils ont déjà manifesté leur intention sincère de se conformer à ses injonctions.

Mais il ne suffit pas que l'union soit désirée, il faut qu'elle se fasse, et il ne suffit pas qu'elle se fasse, il faut encore qu'elle se réalise sur le terrain d'une politique définie, en vue d'une conduite à tenir, et, pour qu'il en soit ainsi, il faut rompre avec toute équivoque; il faut qu'on s'explique nettement sur le point de savoir si dans un pays républicain d'aspirations, — mais où l'on peut constater que des habitudes, des traditions, des influences ont survécu aux transformations légales, où une longue domination monarchique a laissé encore à tant d'esprits sa marque et son empreinte, où son influence se relève et s'accroît à mesure que la puissance gouvernementale de la République semble s'effacer ou s'amoindrir, — on peut faire abstraction de ce fait : la présence d'un parti monarchique agissant, puissamment organisé, tout à fait irréconciliable. Et, s'il en est ainsi, ne pensera-t-on pas que la conduite à tenir doit être différente suivant qu'on a le bonheur d'être une nation dont le Guuverneir.ent n'est plus discuté dans son principe, mais seulement dans ses tendances, ou suivant qu'on est un pays où la lutte est

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