LA POLITIQUE SPÉCULATIVE ET LES RÉFORMES
beaucoup raisonné et disserté, et il n'est point, en effet, de sujet plus digne de l'attention de ceux qui pensent que toutes les manifestations du suffrage universel appellent l'examen le plus attentif et qu'il y a tout' profit et nulle humiliation à recevoir ses leçons.
Les élections législatives du 4 octobre, les élections départementales qui les ont suivies, sont, à mon avis, des événements considérables entre tous ceux qui se se sont succédé pendant ces dix dernières années.
Les élections législatives ont été marquées, il serait tout à fait puéril de le nier, par un mouvement — ou pour mieux dire et pour me servir d'un mot qui rend bien ce qu'il y a eu d'instinctif, de soudain et de mal calculé dans ce mouvement — par une poussée à droite qui a surpris ceux-là même qui en ont profité.
Aussitôt les monarchistes de triompher ; la France revenait enfin aux saines traditions, elle allait faire
amende honorable, les temps étaient proches
Les élections départementales surviennent, et les mêmes électeurs, dans les mêmes départements où ils avaient voté pour des candidats conservateurs d'apparence, mais bientôt revendiqués par la réaction, donnent leurs voix à des candidats ouvertement républicains. Et, alors, ce sont les républicains qui attribuent les élections du 4 octobre à l'indifférence du Gouvernement, à l'organisation puissante des Comités réactionnaires, à l'argent orléaniste, semé — fait sans précédent — à profusion!
Messieurs, il faut bien mal connaître l'histoire électorale de notre pays pour attribuer les brusques revirements populaires à des causes aussi contingentes. Ne nions pas l'efficacité d'une organisation électorale savante, admettons, hélas! que l'argent n'est pas toujours étranger à l'issue de telle ou telle
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éloclioii, mais demeurons bien persuadés, quand un mouvement d'opinion se produit, qu'il lient à des causes plus graves, plus intimes, et que le suffrage universel obéit surtout à des sentiments et à des impulsions qui lui sont propres.
Les indications en apparence contradictoires des deux derniers scrutins me semblent, en réalité, constituer une manifestation très homogène et marquer un état (le l'opinion dont il faut se rendre le compte le plus exact.
Le suffrage universel est aujourd'hui profondément attaché au gouvernement républicain, parce qu'il répond à son instinct profond d'égalité, de liberté, de souveraineté, parce qu'il a fait beaucoup pour lui, parce qu'il en attend beaucoup aussi.
Mais il attendait, je le crois, plus de travail effectif, plus de résultats matériels, moins d'agitation, plus d'action utile.
Il y a, en effet, dans notre pays un trop grand besoin de travail, un trop légitime souci d'acquérir, de conserver ou d'accroître le patrimoine conquis souvent par un labeur obstiné, pour qu'il ne demande pas atout gouvernement, et surtout au Gouvernement de la République, une fermeté de dessein, un esprit d'ordre hautement affirmé, une certitude et une persistance d'orientation, sans lesquels ni les entreprises de quelque durée, ni les progrès de quelque portée ne sont possibles. Il n'imagine pas la République comme un perpétuel recommencement : la maison est construite, il entend qu'on y travaille.
Eh bien ! messieurs, ma conviction très profonde est que si un déplacement aussi considérable dans les sufl'rages exprimés le 4 octobre a pu se produire, c'est que tous ceux qui ne vivent pas de la politique, qui