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Ce sont ces errements, c'est la nécessité de se soumettre, sans aucune instruction préahle, à d'incessantes gageures qui énerve et stérilise toute la politique républicaine.
Aussi, à un moment oîi on recommence à parler de revision constitutionnelle, il est permis de se demander s'il ne serait pas plus utile et plus nécessaire de reviser notre procédure parlementaire, d'y introduire un peu plus de régularité et de garanties.
11 n'est pas une proposition de loi, si minime qu'elle soit, qui puisse être mise en discussion sans un examen préalable. Elle est renvoyée aux bureaux, une Commission est nommée, elle prépare un rapport; un membre de cette Commission est désigné pour défendre l'opinion de la majorité. C'est ainsi, pour citer un exemple, qu'on ne peut pas établir une surtaxe sur les spiritueux dans la plus petite des communes de France sans qu'elle soit soumise à ce travail préparatoire. Mais, s'il s'agit de renverser un ministère, d'agiter le pays, de tenir par là-même en suspens la solution des plus grandes affaires, il n'est pas besoin de tant de formalités ; on interpelle, il est devenu de tradition que le Gouvernement doit répondre sur l'heure. Le moindre délai demandé par lui s'interprète contre lui.
Personne ne songe sans doute à supprimer le droit d'interpeller. Il est un attribut essentiel du régime parlementaire. Mais tout le monde doit souhaiter qu'il cesse de s'exercer à l'aveugle, qu'une interpellation soit l'objet de la même attention que l'autorisation donnée à une commune d'élever les taxes de son octroi, et, sauf les cas exceptionnels où la Chambre ordonnerait la discussion immédiate, la probité du régime parlementaire gagnerait, sans nul doute, à ce qu'une interpellation fût étudiée comme toute autre
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résolution législative — à ce que l'interpellateur et l'interpellé fussent entendus par une Commission, à ce que celle-ci nommât l'un des siens pour faire connaître l'opinion de la majorité, préparât un ordre du jour réfléchi et ne laissât pas toujours en tète à tète le Gouvernement et ceux qui l'interrogent [Applaudissements.)
Le Gouvernement ne doit pas seulement au pays le calme qui naît de la stabilité; il a une autre dette à acquitter.
On parle beaucoup de décentralisation.
La décentralisation consiste à donner plus d'activité à la vie des communes et des départements. Le régime républicain n'a rien négligé pour y parvenir. Les pouvoirs de l'administration' départementale et communale ont été considérablement élargis.
Pour s'en convaincre, il suffit de regarder ce que Tune ou l'autre ont su faire pour l'enseignement, l'assistance, le réseau des voies de communication. Or, toutes ces créations n'ont pas seulement demandé de lourds sacrifices : elles n'ont été réalisées qu'après des lenteurs infinies, au prix «le beaucoup de temps perdu. On doit, il faut obtenir d'une administration dont les éléments sont excellents plus de rapidité dans l'expédition des affaires.
C'est là une réforme qui paraît modeste en apparence, elle n'est pas de celles qui soulèvent l'enthousiasme des foules, elle n'excite pas les passions. Elle décuplerait cependant la puissance créatrice d'un pays dont trop souvent l'effort et la patience se heurtent, non point à la mauvaise volonté, mais au mauvais fonctionnement des rouages administratifs. Je n'aime pas, je l'ai déjà dit, à chercher des exemples à l'étranger : nous sommes généralement
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liO|) sévères pour nous et beaucoup trop portés à l'éloge pour les autres. Mais il serait coupable de ne point faire son profit de ce qui se passe au dehors.
Il existe chez nos voisins de l'Est des fonctionnaires qui correspondent à peu près à nos souspréfets, lis ont un traitement honorable, un logement modeste, et ce n'est point en cela qu'ils diflèrent de nos sous-préfets. Mais leur gouvernement leur donne une voilure solide, deux chevaux fournis par, ce que nous appellerions le train des équipages; ils passent la plus grande partie de leur temps à se rendre de commune en commune; le Conseil mimicipal est assemblé pour les recevoir, les affaires qui réclament une solution leur sont alors soumises, elles sont étudiées sur place et par là même résolues avec la plus grande rapidité.
Je crois que l'administration française |)euf faire tew-t autant et même plus qu'aucune autre administration. Dans une circulaire qu'on a souvent rappelée pour me la reprocher d'abord, et ensuite pour regretter qu'elle fût restée lettre morte, je demandais aux souspréfets de visiter au moins une fois par an toutes leurs communes. Rien n'est plus nécessaire. Mais pour obtenir ce déploiement de vigilance, il faut un Gouvernement qui ait autre chose, quelque chose de plus que le titre de Gouvernement : l'autorité, l'énergie, des éléments de durée, et, pour que ce Gouvernement existe, il faut que le suffrage universel le suscite, qu'il le soutienne et le défende, de telle sorte que tout se ramène, dans un pays de suffrage universel, à de bonnes ou à de mauvaises élections.
Le sulïrage universel a donc, dans l'accomplissement de cette tâche, le rôle décisif.
Il n'y a pas de peuple au monde qui possède au
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même degré que nous les qualités de sagesse, de patience et d'énergie; personne mieux que le Français ne sait gouverner ses aiïaires privées avee raison et prévoyance, et quand on contemple cependant le spectacle donné depuis de longues années par ses élus, o» a quelque raison d'être étonné du contraste qui s'établit entre les instincts, les tendances, les habitudes du pays et la conduite de ses mandataires.
Gomment expliquer ce phénomène ?
Si de telles dissemblances se manifestent, c'est que si, individuellement, nous sommes très positifs, très prudents, envisagés comme masse électorale nous sommes très Imaginatifs, très impressionnables, très chimériques, très portés à mettre dans la politique une pari de merveilleux'et de fiction. Le suffrage universel choisit trop souvent ceux-là qui lui promettent davantage.
Il faudrait qu'au lieu de s'abandonner à des impressions de surface, l'électeur s'interrogeât, se demandât exactement ce qu'il veut, ce que lui-môme pourrait accomplir, quelle est, à ses yeux, la tâche la plus urgente ot la plus nécessaire, et qu'il choisît ensuite celui dont la pensée se rapprocherait davantage de la sienne.
Il en est bien rarement ainsi, et le sort des élections tient encore souvent à l'abondance des articles dont se gonfle le programme des candidats.
Nous avons un très honorable collègue qui, depuis plusieurs années, a fait adopter par la Chambre une résolution aux termes de laquelle on dresse, après chaque élection générale, un recueil des prolessions de foi. Il en est résulté une prodigieuse encyclopédie où tout ce que l'esprit humain peut rêver et concevoir s'est donné rendez-vous! Quelle verve, quelle prodiga-
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1-ité, quelle abondance! Il semble que les candidats, dont l'œuvre intellectuelle se trouve ainsi fixée dans l'histoire, aient travaillt' pour les siècles, tracé toute la courbe que suivra l'esprit humain! Et chacun d'eux avait devant lui quatre années! et la moindre parcelle de ses vastes projets demanderait presque une législature! Quelle vanité! quellesdéceptions pour l'avenir! Souhaitons chez les candidats plus de mesure, chez les électeurs plus d'initiative, plus de critique. Les politiciens n'ont point de secret. Demandez-leur des résolutions et des promesses en harmonie avec la durée du mandat qu'ils sollicitent. Ayez des volontés limitées et précises, surveillez-en l'accomplissement. C'est à cette condition seulement que la pensée même du pays se reflétera dans le Parlement, et que le gouvernement républicain auquel la France est fermement attachée pour tous les services qu'il a rendus, pour tout ce qu'il a fait déjà pour la grandeur du pays, lui assurera les belles destinées auxquelles elle a si justement le droit de prétendre! [Assentiment unanime et applaudissements prolongés .)