LE SOCIALISME ET L'ÉTAT L'EXERCICE OU DROIT DE DISSOLUTION
Un banquet offert à M, Waldeck-Rousseau par les notabilités parisiennes du commerce et de l'industi-ie eut lieu à Saint-Mandé le 8' juillet 1896. 11 réunit plus de de cinq cents convives. Parmi eux on remarquait notamment : M. Cazot, sénateur, ancien ministre, membre du comité politique de l'association gambettiste, M. Audiffred, député, président de IM.ssoda^to^i Nationale républicaine, M. Barboux, avocat, président de VUnion libérale, M. Dusolier, sénateur, membre du Comité politique de l'Association gambettiste, MM. Trarieux, Guérin, Mart} et Yves Guyot, anciens ministres, MM. Bernard, Poirrier, Cordelet, sénateurs, MM. Aynard, de Montebello, Dulau, Dejean, Keinach, Maurice Lasserre, Francis Charmes, Richard, députés, M. Cazelles, conseiller d'État, M. Sée, ancien préfet, MM. Bloch (de Rouen), Tharel, Gervex, Expert-Besançon, Georges Picot, Sorel, etc..
M. Vert, maire du XX° arrondissement, souhaita la bienvenue à M. Waldeck-Rousseau et le salua comme <( le continuateur tout indiqué des deux grands hommes d'jiitat organisateurs de la République : Gambelta et Jules Ferry ». M. Waldeck-Rousseau, analysant l'état d'esprit de la France politique, l'attribua, non S' ub ment à une fausse conception des devoirs et des pouvoirs de l'Etat dans les réformes sociales, mais aussi a la st''rilité des efforts parlementaires et à une mauvaise interprétalion de la Constitulion.
22 i l'OUR LA RLl'L'BLlyL'E
Messieurs,
Si je pouvais avoir mérité quelqu'une des paroles qui viennent de ni'élro adressées, j'iiirnerais à penser que c'est pour avoir, avec plus d'insistance qu'aucun autre, attesté dès longtemps qu'au delà et au-dessus d'une sphère d'agitation où la politique se meut et se recrute, il existait foute une démocratie commerçante, industrielle, agricole, ouvrière, réservée mais convaincue, qui ne se contenterait pas toujours d'accomplir silencieusement son devoir, qui voudrait prendre dans la direction de la politique française la part qui lui revient; — pour avoir dit qu'elle entrerait bientôt en ligne et que, ce jour-là, le gouvernement républicain deviendrait enfin, non seulement devant la vérité constitutionnelle, mais dans la réalité vivante et tangible, le gouvernement du suffrage universel.
C'est dans une pensée de confiance en lui qu'il faut examiner les difficultés, les problèmes, de l'heure présente : c'est aussi dans le ferme propos de lui assurer la plénitude de son action et de son influence, et c'est enfin, comme on le disait si bien tout à l'heure, avec la volonté de ne point réagir seulement contre de vaines et décevantes chimères mais encore de rester les serviteurs fidèles de l'évolution vers le progrès. {AppUii'duse>nents.)
Je ne redoute que médiocrement la diffusion pratique et la mise en œuvre de la doctrine collectiviste à laquelle on faisait allusion tout à l'heure; je la vois condamnée par le sentiment de son impuissance à ne point sortir du domaine des abstractions métaphysiques : elle se heurte non pas seulement à la raison mais encore à l'instinct. [Adhésion unanime et applaudissements.)
... Et ce n'est pas dans un pays, où plus de 10,000 Sociétés de secours mutuels, mi dépit des incertitudes qu'on a trop longtemps laissé pt^s^r sur elles, ont patiemment accumulé un capital de 230 millions, ce n'est pas dans ce pays où la rente française est répartie entre plus de quatre millions de porteurs, où les Caisses d'épargne gardent un trésor de 3 milliards, qu'on peut craindre de voir entrer dans la pratique un communisme nouveau, ce nouvel ancien-régime... { Assemiit/rnl général et applaudi-!>ei)i<'nts prolongés) dont les deux termes les plus prochains seraient tout à la fois la servitude et la ruine, i Nouveaux applaudissf'tnenls.)
L'Etat devient le seul propriétaire, le seul industriel et le seul commerçant; il absorbe l'usine, le comptoir, l'atelier; sur un peuple d'ouvriers d'Etat s'élève un peuple nouveau de fonctionnaires... {Vifs applaudisseniPiits.)
Et comme il faudra se rendre compte des mérites de chacun, des aptitudes de chacun, atlribuer à chacun la somme de produits correspondant à ses besoins, comme on comprend que l'Etat ne suflirait pas à la tache, on laisse apercevoir, et tout le monde voit poindre, des oligarchies tyranniques chargées d'enseigner à l'Etat son devoir, dont il est aisé de prévoir que la justice distributive deviendrait la plus intolérable des servitudes et placerait bientôt le travail entre le favoritisme et l'arbitraire {7rrs hien ! Très hien el ci/iplau lissonenls.)
Voilà donc le rêve que le siècle de la Révolution léguerait au vingtième siècle? Je ne le redoute pas. Mais ce qu'il faut craindre, disons-le, ce sont les effets phis proclamés d'une doctrine essentiellement dissolvante. C'est d'abord, et au premier plan, l'arrèl
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immédiat du progrès. A quoi bon travailler, épargner, quand il existe de par le monde des magiciens qui peuvent le transformer il'un seul coup de baguette?...
Ce qu'il faut craindre, surtout, c'est le réveil qui suit le songe, ce sont les colères qui succèdent aux désillusions et c'est le geste de fureur qui pourrait bien interrompre le dernier couplet de la nouvelle chanson... (Salves d' applaudissements et mouve/nenl prolongé.)
Messieurs, l'esprit socialiste n'est pas d'aujourd'hui. Je ne dirais pas seulement que les socialistes actuels n'ont rien inventé, mais encore, au riscjue de blesser leur amour-propre, je les trouve extrêmement inférieurs, et comme instruction et comme invention, à leurs prédécesseurs de 1848 Rires). La tendance socialiste n'est que l'exagération jusqu'à l'impossibilité d'un instinct inné chez l'homme, qui porte à réagir contre l'inégalité des conditions avec d'autant plus île force que la civilisation se montre plus active; ce qui est nouveau, c'est de voir tant d'hommes se tourner vers l'État, tout attendre de lui, tout, sauf l'indépendance... {Vifs applaudissements), et se montrer altérés non pas de plus de liberté mais de plus de servitude. [Nouveaux afiplaudissemenls. :
11 y a là un état d'esprit, fait de déceptions et de crédulité, qui vaut bien qu'on s'y arrête.
Il tient pour une grande part à une politique de promesses qui n'a mesuré ses engagements ni à ses forces, ni à ses connaissances, ni au temps qui lui était assigné, ni à la résistance naturelle des choses, mais seulement à l'utilité de promettre plus qu'aucun autre n'avait promis. [C'est cela .'Très bien! Applaudissements.)
Je ne crois pas qu'il soit une des transformations
miraculeuses auxquelles des écrivains ingénieux ont fait place dans le royaume d'Otopie qui, peu à peu, n'ait trouvé place dans le formulaire chaque jour plus étendu des programmes électoraux.
Notre scepticisme bien informé sait ce qu'il faut [lenser de cette abondance, ce qu'il en faut rabattre, mais il ne faut jamais oublier que les masses popuitlires sont, elles, de bonne foi : elles croient d'autant plus facilement tout ce qui leur est promis, qu'elles ont plus de raisons de l'espérer. [Applaudissements.)
Elles boivent à longs traits, suivant l'expression de ('hallemel-Lacour, le vin et l'on pourrait dire l'alcool frelaté des vaines promesses. Le nuage si lourd qui pèse sur elles se déchire, et, comme en une évocation, elles aperçoivent de merveilleux horizons : l'État peut tout! Puis les jours passent, et, après les jours, passent les années, rien ne change : le travail est tout aussi pénible, la chimère insaississable se dérobe aux mains tendues vers elle, la colère fermente, et, dans la fournaise de l'atelier comme dans les ténèbres de la mine, une autre pensée se dégage : le Gouvernement ne fait rien I
L'État peut tout, le Gouvernement ne fait rien, voilà les deux formules qui, sous une forme moins précise et moins brutale, travaillent, à l'heure actuelle, de nombreux esprits, toute une partie de la démocratie française. {Applaudissements.}
Comment réagir et quel peut être le remède? Il consiste, si je ne me trompe, à opposer à ce que je viens d'appeler la politique des promesses une politique de bonne foi. Il ne consiste point à circonscrire les limites dans lesquelles seulement il peut opérer et qui ne sont pas autres que les limites do la liberté individuelle. {Vifs (ipplaudissentents.)
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Je ne préconise pas la politique du laissez-faire. Je crois que l'Klal a des devoirs, de grands devoirs, mais il faut définir, pour conlribuer à dissiper des malentendus funestes, la sphère d'action dans laquelle ces devoirs peuvent être accomplis. Le devoir de lÉlat est d'éveiller les initiatives, de favoriser leur expansion, de les porter à leur maximum de puissance, de leur donner ce que les ingénieurs appellent le maximum de l'effet utile. Voilà où commence et voilà où finit l'action, le rôle de l'État. [Très bien! Très bifu!)
Ce n'est point, d'ailleurs, autre chose que réclament tous ceux qui ont été les initiateurs du mouvement profond, puissant, durable, qui tend à modifier les méthodes et le régime du travail.
Il y a douze ans, le ministère de l'Intérieur ouvrait une enquête sur la situation des associations ouvrières. Et qu'il me soit permis de dire que, de tous les souvenirs d'un passé politique déjà lointain, il ne m'en est pas resté un meilleur. Qu'étaient les associations ouvrières? Comment s'étaient-elles formées? A quelles difficultés s'étaient-elles heurtées? Que réclamaientelles? Voilà ce qu'il fallait savoir.
De leur histoire bien courte encore une constatation se dégageait, à savoir que toute association qui a une commande a par là-mème un crédit; et ce n'est point à vous, messieurs, que j'apprendrai que c'est, en effet, en escomptant les paiements qu'elles ont à recevoir, en les déléguant, que presque toutes les grandes entreprises se procurent les capitaux qui leur sont nécessaires.
Elles demandaient seulement à ne pas payer le crédit plus cher — elles qui avaient tou,fUurs tenu leur parole — qu'une autre maison de commerce connue pour sa fidélité à ses engagements. Elles mon-
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traient les formalités que leur imposaient des banques peu appropriées à un fonctionnement aussi spécial, grossissant le prix de revient des emprunts.
Il était lacile de fortifier et de simplitier le cautionnement, de supprimer des formalités inutiles, d'offrir à l'activité financière de ce pays un aliment nouveau, de faire surgir, sinon une banque d'Etat, mais des établissements libres, de fonder par là, et non par la contrainte, le crédit aux associations ouvrières. Très bien! très bien!)
Les associations ouvrières demandaient encore qu'il ne leur fût pas interdit de prendre part aux adjudications de l'Etat. Il était facile et juste de rechercher tous les moyens de substituer à la garantie du cautionnement, qui est d'ailleurs le plus souvent sans portée, d'autres garanties puisées dans l'économie de leur fonctionnement, et qu'il leur fût aisé de fournir.
C'est dans ce double ordre d'idées que des projets furent étudiés, des règlements élaborés. C'étaient là des projets l)ion modestes, trop modestes sans doute, car cet humble héritage n'a pas même été recueilli! {On rit.)
La même entiuête avait fait apparaître un développement déjà puissant de la participation aux bénéfices, une tendance marquée à sortir du salariat pur et simple, et c'est pourquoi j'exprimais alors cette conviction que le travail demanderait de plus en plus sa rémunération à la participation aux bénéfices, de moins en moins au louage d'ouvrage. [Nombreuses inarqufs d assi^ntiment.)
Que demandaient les partisans de la participation? Un statut légal, comme il en est un pour le prêt, pour la vente, pour les Sociétés. Ainsi toutes les associa-
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lions se plaçaient donc, avec celle sùrelé d'instinct qui est une des qualités de noire race, sur le terrain de la liberté. {Applaudissements.)
Voilà quelques exemples de ce que peut faire l'Elal : il peut, à l'heure actuelle, seconder, développer l'accession, de |)lus en plus répandue, à la propriété industrielle et commerciale, des capitaux si humbles et si minimes qu'ils puissent être. {7r(''s bien! Très bien!) .
C'est, en effet, un pur sopliisme que de dire : la concurrence en amenant chaque entreprise à se développer sans cesse, tend par là même à soustraire la propriété industrielle aux efforts moins puissants, aux capitaux plus modestes.
La vérité, que la plus simple observation révèle, c'est que, à mesure que le commerce et l'industrie se centralisent, se produit par là même la décentralisation de la propriété. Ce n'est plus un seul homme qui p(3ut aujourd'hui constituer des organismes assez puissants pour affronter la lutte. Il faut s'adresser au public, solliciter l'épargne. Qu'est-ce qu'une action de chemin de fer, une action de mine de charbons si ce n'est un peu de la propriété de cette mine, de cette compagnie de chemin de fer? En d'autres termes, l'action devient la monnaie chaque jour plus répandue de la propriété industrielle et commerciale. [Vifs. applaudissements.)
Ainsi, pour rendre cette propriété accessible, il n'est pas besoin de la nationaliser — la civilisation porte en elle-même des ressources plus simples et plus promptes — il suffit de la populariser. {Vive adhésion et applaudissements .)
Quand j'aurai indiqué, messieurs, que le rôle de l'État est encore de coordonner toute cette législation
d'épargne et de prévoyance qui, depuis si longtemps, exerce l'attention du législateur, et que, pour cela, c'est encore à la liberté et non à la contrainte qu'il faut faire appel, et qu'il suffirait presque de développer la législation de 1850, de 1856, de 1868, sur les retraites pour la vieillesse, les assurances en cas de décès, en cas d'accident, en cas d'incapacité de travail, j'aurai, je crois, montré que la tâche de l'Etat reste singulièrement grande et complexe, et que, sans sortir de ses attributions, elle offre à l'intelligence et à l'eflort des hommes politiques un champ assez vaste pour que leur activité puisse s'y exercer pendant de longues années encore. (.YoMyeaMa: applaudisse nipnls.
Voilà ce que peut promettre une politique de bonne foi. [Très bien! 1res bien!)
Nous ne promettrons à personne de changer du jour au lendemain la face du monde; nous ne dirons pas à ceux qui soufl'rent que nous savons les secrets qui suppriment la souffrance ; nous ne dirons pas que, grâce h nous, l'inégalité des conditions va disparaître.
L'inégalité, messieurs, suivapt une parole qui n'est que trop juste et trop forte, « est un fait de nature et non de civilisation. » [Trè% bien! 1res bien!) L'humanité Ta trouvée dans son berceau; elle accompagne l'homme, collée à ses flancs et jusque dans la mort, tantôt cruelle et tantôt clémente, tantôt glorieuse et tantôt obscure, elle met son sceau impitoyable sur sa destinée. ( Vifs applaudissements. — Mouvement protonçjé.)
Mais, du moins, messieurs, nous n'aurons trompé personne. El quand on s'adresse à ceux qui travaillent et qui peinent, l'erreur est déjà coupable : le mensonge est la plus basse des scélératesses. [Bravos et applaudissements répétés.)
■2:\-2 l'dUI! LA IIKI'I lil.l'.ili:
Messieurs, l'6tal d'esprit qne je me suis efforcé d'analyser, le danger d'un affaiblissement de la foi politique, ne tiennent pas seulement à une fausse conception des devoirs et des pouvoirs de l'État. Ils tiennent encore au spectacle qu'a donné, surtout ces dernières années, la vanité des efforts parlementaires, et à la déinonslralion, hélas! vivante que l'on peut concilier ces deux choses en apparence irréconciliables : une stérilité relative et une agitation perpétuelle. [Rh'i^s p.l ainilaudisscmcntsÀ
Des partis qui s'épuisent à chercher de nouvelles raisons sociales {nouoean.v rirea), des cabinets vacillant dès r rigine et bientôt jetés les uns sur les autres, un immense travail parlerm^ntaire faisant affluer les matériaux de toute sorte sous la meule des Chambres qui ne peut pas les broyer, des œuvres abandonnées à l'état d'ébauche pour entreprendre de nouveaux ouvrages qui ne seront pas achevés... voilà quelques-uns (Jes traits par lesquels on aime i peindre ce qu'on appelle le régime parlementaire et ce qu'il serait plus juste d'appelerun certain parlementarisme. ( Très hum! très bien /)
On accuse alors la Constitution.
Mais ce qu'il faudrait accuser, c'est une déviation continue, persévérante, de la pensée constitutionnelle. [Adhésion unanime et appirnidissements ) C'est l'exagération d'un des pouvoirs publics portée jnsqu'<à la phlétore, c'est la dépression d'un autre pouvoir public poussée jusqu'à l'atrophie. {Nouoeauc 'ippaudissemenls.)
Il est arrivé que pnr la vertu d'un mot détourné de son sens, en accusant d'être autoritaire une doctrine politique qui réclamait pour le pouvoir exécutif, dans des conditions nettement définies, sous un contrôle
permanent, la liberté dans sa sphère d'action, on a peu à peu iusiitué, sinon ouvertement et en doctrine, tout au moins dans une pratique discrète et voilée, des gouvernements sans autorité. ( Vi/'s n.pplaicdis'^enienls.) Celui-ci a dit : le moins de gouvernement possible; celui \h a parlé de déférence tournée bientôr en (effacement. C't'St avec une entière bonne foi qu'on a cru par là servir la liberté, et il s'est trouvé que c'est par Jaffaiblisseinent de toute autorité, par les réactions qui en résultent, qu'il y a peu d'années la cause même de la liberté s'est trouvée menacée... (Longs applaiidisst'iiifnts.)
On ' formé des combinaisons en vue de durer et non plus en vue d'agir : on a formé de> programmes comme lormaient des i3acotilles ceux qui tentaient autrefois la fortune de la mer. [Nowe mx ap daudissemenls et vi>es.)
Mais d ' tous les moyens employés le plus néfaste a été de laissi^r aux pouvoirs élus l'administration tout entière. ( Vlfa applaudissements.) Est-il, à l'heure où je pirle, un fonctionnaire, grand ou petit, haut ou humble, qui ait été librement choisi par ceux-là qui doivent en répondre? {Noareaux appl ludissemenls.) Est-il une nomination, un avancement ou un changement, qui ne soient pas recommandés? Eh bien! si cela est, ne cherchez pas ailleurs les causes du mal dont nous souffrons, car, par celte perversion, c'est l'esprit électoral qui peu à peu s'empare de tous les rouages, [f'rès bien! très bien! — AppI ludifsements.) C'est Tari de se faire réélire qui triomphe ( \ouoeaux apjdaiidisseiue-Als), et, paradoxe singulier et presque outrageant! le mandat qui est confié par le suffrage universel s'emploie à le circonvenir et à :e cerner... ( Vifs a p plaudissemenls.)
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Non, ce n'est pas là notre (>)nstitiilion. Elle est à la fois démocratique et pailemenliiire. A la hase de tous les pouvoirs, elle a placé le suIVrage universel. C'est lui qui délibère, par l'exercice des libertés que nous avons conquises; par la presse, par les réunions, il est iiistruit de toutes les controverses qui s'agite;it, il se prononce : alors il appartient au chef de l'État, pénétré de sa pensée, de choisir des hommes politiques qui la feront vivre et passer du domaine de iidéal dans le domaine des faits.
Leur politique sera rigoureusement contrôlée, leurs actes seront discutés. Mais pour qu'ils soient véritablement responsables, encore faut-il qu'ils soient libres. {Adhésion unanime el a/uplnudissements.) A eux seuls, il appartient de constituer et de faire mouvoir une administration fidèle, indépendante des influences particulières, servante exacte de l'intérêt général. A eux, non plus à eux seuls, mais à eux surtout, il appartient d'être les initiateurs des progrès mûrement délibérés et voulus par le pays.
Ce n'est pas d'une indigence d'idées que nous souffrons [On m), c'est d'une insuffisance dans l'action. [Très bien ! très bien!). Or, l'action, pour qu'elle soit continue et efficace, ne peut procéder que d'un gouvernement homogène, résolu, serviteur assez désintéressé, assez dévoué, de la démocratie pour que, le jour où l'appareil gouvernemental se ralentit et s'arrête, s'il arrive que, vainement sollicilé, il retombe sans cesse au point mort, il ne craigne pas de remonter à la source de tout pouvoir et de rendre la parole au suffrage universel lui-même. ( Longs a/plaiidissemeals.)
Quand on parle sans ambition, quand on redoute ouvertement ce que tant d'autres souhaitent en secret, on peut parler avec franchise.
LE SOCIAIJSME ET LÉTAT 23:i
On ne peut nier, messieurs, qu'à de certaines époques ou de certains moments, il n'ait existé une divergence certaine entre la pensée nationale et la pensée législative, entre la majorité du pays et la majorité parlementaire. Pour prendre un exemple récent, la Chambre actuelle a presque voté l'impôt global et inquisitorial sur le revenu. Pensez-vous qu'il y eût en sa faveur une majorité dans le pays? J'en appelle à la manifestation quasi-unanime des conseils généraux. ( Vifs applaudissements. )
Quelques fautes que nous ayons commises, il n'est pas d'élection générale qui n'ait envoyé au Parlement des majorités gouvernementales, et cependant depuis dix ans ces majorités n'ont cessé de perdre leur cohésion à mesure que s'écoulait le temps qui aurait dû la l'ortilit'r.
Gomment l'action du suffrage universel, si pressante au moment du vote, semble-t-elle ne pas pouvoir lui survivre? C'est d'abord parce que dans la méthode qui a prévalu, le suffrage universel est aujourd'hui consulté sur tant de questions à, la fois que sur aucune d'elles il ne peut émettre une pensée précise et certaine [Nouveaux appinudissemunls.) C'est ensuite parce que peu à peu on est arrivé à considérer que le mandat législatif est entre les mains de l'élu comme un bail intangible, et l'on a presque persuadé au suffrage universel qu'abréger le mandai qu'il a conlié, lui rendre la parole, interroger sa volonté, c'est lui manquer de déférences. [Assentiment i/<'néral et applaudissements.)
Je n'aime pas beaucoup, messieurs, à rechercher au dehors des exemples. Nous avons notre génie national, une constitution sociale qui ne ressemble à aucune autre, pour tout dire en un mot nous avons eu la Uévo-
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lulion française ot par là nous ne ressemblons absolument à porsorine.
Mais cpiand il s'a^il d'observwr les ilével()p[)emenls elles consérpiiMices logiques d un prin.;ipe de raison, il n'est point imilile de regarder à côti'; de nous et d'obsrrver ce qui s'y passe. Toutes les grandes rt'formes que l'Angleterre a accomplies, depuis la réforme électorale jusqn";! la réforme religieuse, l'ont été au lendemain d'une consultation précise. C'est toujours sur une «piestion déterminée que les éleclions >'y sont faites à des dates variables. Alors elles ne ressemblent pas à une sorte de baccalauréat politique. Elles tixent l'avenir : suivant le verdict, le pouvoir se dépl ice ou se consolide. M.iis toujours il se tran^ni-t dans des conditions de clirté qui sont la probité du régime parlementaire ( Nouveaux applaudissemeals .)
I\ en est aiilrement chez nous. La consultation du suffrage universel est chronologique ijhi ril), elle doit avoir lieu tous les quatre ans. Quoi qu'il se fasse dans l'intervalle, il faut vivre quatre ans. on mettra ce qu'il faut de ralonges {Nouveaux rirps). Et quand les quatre années sont révolues, quels que soient les périls ou les obstacles de l'heure présente, quelques événements qui aient pu se produire, fût-ce au lendemain d'une paniqué, alors il faut que le suffrage universel s'assemble et délibère s'il est possible...
Non! ce n'est pas là l'esprit de notre Constitution.
Elle ne s'est préoccupée le moins du monde de la durée du mandat législatif; elle a considéré que c'était la chose secondaire et contingente, mais elle a proclamé que le droit du suffrage universel est permanent et non point temporaire. Elle a voulu qu'aussitôt que l'intérêt du pays l'exigeât il fût consulté, qu'en fout temps le Parlement lui demeurât subordonné, et
cest pourquoi le pouvoir exécutif par sa prérogative essentielle n'est point son adversaVe, mais son témoin et son garant. ( Vifs applaudissemems S
Elle a, en outre, soustrait l'exercile de cette prérogative à tout reproche d'arbitraire, car ce n'est point lui tout seul qui peut être juge de l'ulililé d'un appel à la volonté nationale : il lui faut le consentement, l'assentiment du Sénat. Oh! Je n'ignore pas tout ce qu'il est démode de dire contre le Sénat. '0?î rit.) Mais je pense qu'il a rendu assez de services pour conquérir la confiance du pays. J'ai bien peu de titres. Messieurs, pour en faire l'éloge, mais laissez-moi vous dire qu'on n'y entre point sans être frappé de voir devant soi les hommes d »nt les années qu'on leur reproche ont été usées au service de la République. {Applaudisseme»is ré pi' tés. )
Il faut donc s'habituer à penser que la faculté de dissolution inscrite dans la Constitution n'est point pour le suffrage universel une menace, mais une sauvegarde, Elle est le contrepoids essentiel aux excès du parlementarisme, et c'est par elle que s'affirme le caractère démocratique de nos institutions. {Adhésion. — Moiicfnirnl prolongé. :
Je voudrais, Messieurs, que la pensée maîtresse des élections prochaines fût une revendication formt^lle de ce droit supérieur et permanent.
Je ne désire point de voir abréger lo mandat législatif. Je voudrais qu'il eût assez de durée pour permettre les |)lus longues entreprises et pour qu'il (ùt, par là mê.ne, essentiellement susceptible détre abrégé. (/?v'v /rien! Très bien!)
C'est au sufirage universel que je bois!
S'il fallait, pour souhaiter de voir enfin une tianquille activité succéder à je ne sais quelle lassitude
23S POUIl I.A IIKI'LRLIOL'K
jigiléc, (|ii(îlquo raison de plus que la haute ambition de voir toutes les ïovros de ce graad pays unies dans une politique de progrés, laissez-moi vous dire qu'un intérêt supérieur nous sollicite.
Nous avons joué dans le monde un rôle qu'il n'est pas permis d'oublier : nous avons porté une couronne <ie gloire, et nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas renoncer à un seul de ses rayons. (7'jv?a- hirn! Tn'-K bien !)
Or, comment mesurer sans douleur tout ce que des fluctuations incessantes et le jeu implacable des ambitions ont coûté de force créatrice à l'œuvre sacrée du relèvement de la patrie ! {Vifs applmidisscmeiits.)
On m'a reproché, Messieurs, de ne point savoir prendre la parole sans prononcer le nom qui retentissait tout à l'heure dans cette salle même, le nom de Gambetta. {Longs applaudissements.) Ce n'est pas ici, ce n'est pas devant vous que je vais m'en défendre. Si sa pensée est toujours restée présente à mon esprit, si je l'aperçois chaque fois que je m'interroge sur mon devoir {nouveaux applaudissements)^ c'est parce que j'ai su quelle flamme brûlante veillait en lui dont il ne laissait apercevoir que de fugitifs éclairs. Je ne songe pas sans stupeur qu'il a suffi d'une intrigue et d'une poignée d'agitateurs médiocres... {Applaudissements prolongés) pour hâter, fût-ce de quelques heures, l'œuvre imbécile de la mort... Je garde la même confiance, et c'est pourquoi j'aime à répéter, non plus avec la même éloquence, mais en mettant dans les mêmes mots tous les mêmes espoirs : pour la France, par la République ! {Salves d'applaudissements el acclamations prolongées.)
Dans les derniers jours du mois d'octobre 1896, M. Waldeck-Rousseau fit dans la Loire un voyaae au cours duquel il prononça plusieurs discours politiques. Le 22, à Roanne, dans un banquet, il prit texte des événements franco-russes pour exposer les rapports de la République française avec l'Europe monarcbiste.
Messieurs,
En acceptant l'amicale invitation des organisateurs de ce banquet, je n'ai pas fornné le dessein, bien que le bruit en ait couru, de vous entretenir des prochaines élections sénatoriales, encore moins de tracer un programme à ceux qui se représenteront devant leurs collèges électoraux pour demander le renouvellement de leur mandat.
A vrai dire, j'ai toujours mieux compris les professions de foi que les longs programmes. La meilleure des professions de foi me semblera toujours être celle qui se dégage du caractère des hommes publics, de leur passé, des actes qu'ils ont pu accomplir. [Oui! — TîV'* bien ! Applmidissemenls .)
J'imagine, d'ailleurs, que le corps sénatorial a, sur tous les sujets qui sont à l'ordre du jour, des opinions miîries et raisonnées, et que, autant il est attaché aux institutions républicaines, autant il est attaché aussi aux idées maîtresses dont elles sont la plus haute expression.
•iiU l'ULl'i LA lil.PLHl.lijLli
Nous d(;vons, dailleurs. à l'année qui s'est écouléf, ce résullilt pr«'!cieux que ttjules les élections devront se faire sur des idées simples et primordiales, et qu'il faudra être franchement pour ou contre les principes de la Révolution française, pour ou contre l'égalité des droits et des devoirs, pour ou contre l'impôt progressif, pour ou contre l'inquisition ouverte sur la formation et le développement des patrimoines, pour ou contre la tyrannie de certaines collectivités s'exerçant sur les individus... [Vifs npjdaudissemeni^)^ pour ou contre une coalition radicale socialiste, plus socialiste que radicale, et dont lun des éléments, déformé, débordé, pénétré de toutes parts, ne présente plus que di-s contours fuyants, et n'est déjà plus toléré par l'autre que dans la mesure où il peut, en créant une équivoque, faciliter sa victoire. Assentiiivnl gé/iéral et applaudi ssenienl s .)
Ce sont là des idées quil conviendra de préciser. Il faudra, une fois de plus, faire justice de certains sophismes. 11 sera bon et nécessaire d'indiquer quelle est l'œuvre de défense et de progrès tout h la fois qui sollicite nos efforts. Mais il me semble qu'il est permis aujourd'hui encore de ne point songer aux batailles du lendemain, et de s'arrêter aux consolantes pensées que fournil l'heure présente.
Notre pays vient de vivre des heures inoubliables, d'éprouver de patriotiques émotions dont il ne semblait pas qu'aucune àme française pût se désintéresser. [Applaiulissemenls prolongés '.j
1. L'empereur Nicolas li et l'impératrice Alexindra venaient d'accomplir en France un voj'age qui avait affirmé les relations amii-ales d'-s deux pays. L'Empereur, dans s^ s toasls. avait parlé des « liens si précieux » ijui unissaient h France et la Russie, et de <i la confraternité d'armes >< existant entie leurs deux armées.
L'EUROPE ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 2il
Il vient d'éprouver, pour la première fois depuis vingl-cinq ans, la sensation de sa force et de sa grandeur reconquises, de s'absorber dans les plus hautes et plus nobles préoccupations. Ne l'arrachons point à cette contemplation fortifiante, et réfléchissons philôt aux événements qui viennent de s'accomplir pour en examiner l'importance et en recueillir l'enseignement.
Vous comprendrez que je laisse à 1 1 diplomatie européenne le soin d'analyser, à l'aviMiir le soin de préciser la nature et la portée de l'entente qui, préparée depuis de longues années, vient de recevoir une si éclatante consécration. On a beaucoup argumenté sur le caractère de celte entente, beaucoup disserté pour établir qu'elle était ou qu'elle n'était pas une alliance. C'est à l'étranger surtout que cette question a été et est encore agitée avec le plus de ténacité!... Il me parait plus intéressant et plus sage de négliger les conjectures, de s'attacher aux certitudes et d'arriver par là à des conclusions parfaitement sûres. {Applaudisseinenls.)
Ce qui est certain, c'est qu'entre deux grands peuples il existe maintenant une communauté de vues, une attirance et une solidarité de nature à compter dans toutes les déterminations que comporte la politique extérieure. — Ce qui est certain, et celte constatation est, à mes yeux, précieuse entre toutes, c'est que ces « liens durables » q;ii exercent la sagacité des polémistes ont été tout d'abord voulus, et tout d'abord formés, par les deux nalions, et n'ont pas été seulement, comme lant d'autres, imaginés par l'habileté des hommes d Ë(at dans le silence des chancelleries. Et s'il en est ainsi, je les crois plus solides, n'eussent-ils point été autreuienl consacrés, que tous les traités conclus par la volonté des souverains ou réalisés par
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l'habileté de leurs diplomates. Je vais plus loin. Si rien de plus uoxiste que ce qui est clairement apparu : un mouvement récif»roque, vraiment et sainement populaire, se produisant à la même heure en France et en Russie, une fraternité de sentiments préparant une « fraternité d'armes », une même pensée d'assistance mutuelle et un même idéal de justice, je m'en réjouis, car je vois la France aussi forte qu'avec un pacte écrit et je suis assuré qu'elle demeure libre. {Applnudissemenls pvolomjés — Vive adhénon.)
Ce nesl pas seulement noire situation extérieure qui, par l'éclatante manifestation d'octobre, se trouve accrue : la solidité du régime républicain en sera fortifiée. On exploitait surtout contre la forme de notre gouvernement les appréhensions qu'elle pouvait éveiller dans une Europe monarchiste, l'isolement auquel, disait-on, elle nous condamnait. Le temps avait déjà fait justice de ces propos; les relations que nous avions entretenues au dehors, la considération que nous avions acquise, l'inQuence exercée par nous dans toutes les grandes questions internationales, en avaient montré l'inanité.
Un pas décisif a été fait. La République française avait été reconnue par l'Europe en France. C'est en Europe maintenant qu'elle est reconnue. {Applaudissements et bravos.)
Un événement aussi capital mérite bien de retenir l'attention, et nous, républicains, qui savons être justes pour le passé, qui aimons d'autant plus à rappeler ses gloires que, dans tout ce qui a fait la France heureuse, grande, prospère, victorieuse, c'est le génie de son peuple qui a joué le premier rôle, nous pouvons, avec impartialité, en rechercher les causes.
Il est d'abord le fait et la résultante de notre his-
toire, la sanction du rôle éminemment civilisateur que nous avons joué à travers les âges, du droit d'antériorité que nous sommes fondés à revendiquer dans le domaine des idées qui peu à peu arrivent à diriger et à gouverner tous les peuples.
C'est la France qui, la première, se dégage du chaos des temps barbares. Son individualité est déjà fixée quand celle des autres nations demeure encore flottante — individualité puissante, expansive, parée dès la première heure d'un pouvoir incomparable de rayonnement. — {Applaudlssemenls.) Sans doute, aussi longtemps que la force est à peu près seule maltresse, elle se montre la plus forte; dans tous les conflits qui remplissent- le Moyen Age et la Renaissance, et d'où sortent peu à peu, pour se classer lentement, les nationalités qui composeront l'Europe, elle exerce une action prépondérante, et il n'est pas de querelle internationale qui puisse être considérée comme vidée sans son aveu et sa sanction.
Mais dès que se ferme la longue période durant laquelle toutes les clartés de la* science, toutes les traditions de l'art demeurent dérobées par d'épaisses ténèbres, une vocation nouvelle s'éveille on elle : elle s'ouvre dans le monde des conquêtes intellectuelles une voie chaque jour plus large; elle devance ceux qui l'avaient précédée, et quand on voudra désigner l'époque où la culture des lettres arrive à son plus haut degré de perfection, rompant avec la mesure ordinaire du temps, on dira : Le siècle de Louis XIV. ( VI /s applaudksi'menls.)
Bientôt la pensée des hommes, sans tlemeurer moins sensible au charme des arts et des lettres, sollicitée par la raison et par la justice, attendrie par le spectacle d'incomparables infortunes, se tourne
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vers les idées philosophiques, recherche les lois foQ- (lamentales qui doiviMit régir la condition des peuples, dégage les principes qui seront leur sauvegarde, jette les bases rationnelles de tout gouvernement fondé sur la lib<;rté et l'hunianité. La France encore est l'iui-. liatrice du mouvement d'affranchissement q'ii sépare les temps modernes des siècles précédents. La Révolution Française s'accomplit, événement unique dans l'histoire du monde, et qui est le point de départ et comme la source incompressible d'où vont jaillir tous les progrès, toutes les réformes qui, plus lentement, mais irrésistiblement, s'accompliront au delà même de ses frontières.
Si notre suprématie matérielle avait disparu, du moins notre autorité morale, celle des services rendus à la cause de la civilisation, demeurait latente, inaperçue mais intacte, et c'est parce qu'elle a grandement contribué à l'œuvre de notre restauration internationale qu'il faut rendre grâce à un passé qui nous a légué une telle vitalité, de si impérissables ressorts. [ApplaiidiSicmcnts réjiélrU.)
Il faut aussi faire la part, dans le fait qui sest accompli, de la sagesse et du bon jugement de l'Europe.
L'histoire dira quelle faute elle commit en permettant que nous fussions écrasés, quelle faute plus grande en permettant que nous fussions démembrés et en laissant ainsi, non pas seulement à notre flanc, mais au sien, une blessure que le temps à lui seul serait impuissant <à fermer. Elle n'a pas lardé à constater qu'en nous amoindrissant elle s'élaii affaiblie, que sa stabilité était compromise et que la puissance d'une hégémonie, tnème pacifique et gouvernée par un esprit de premier ordre, ne valait pas le vieil équilibre européen. {Applaudissements.)
Mais tout ce que je viens de dire n'eût point suffi à préparer ei à réaliser de si grands événements, si le gouvernement républicain, en dépit des circonstances les moins favoranles, n'eût pas fourni la preuve qu'il portait en lui toutes les garanties de durée, de bon ordre, d'esprit de suite qui permettent à un peuple de communiqui'r et de marcher de pair avec les autres peuples. Cbacnn des partis qui se disputent avec des chances inégales le pouvoir a voulu en revendiquer le mérite, en tirer des conclusions qui fussent à son avantage. Je me bornerai à dire que ces événements sont un hommage rendu à l'esprit gouvf^rneniental qui, depuis vini:l-ciMq ans, s'il a pu être méconnu pendant quelques heures dans les régions du pouvoir, n'a cessé de prévaloir dans l'àme de la nation; qu'ils ne se fussent point accomplis, sans doute, si nous avions présenté le spectacle d'un pays où les ilées maîtresses qui sont la garantie de l'ordre social et le patrimoine commun de l'bii inanité civilisée se fussi-ni trouvées mises en question [Assentiment uitanune cl nouveaux apyilandif'Sfui'nls.)
Enfin, si, dans un moment comme celui-ci, les hommes polili(|ues dont nous avons suivi la doctrine ne doivent pas être oubliés, c'est pour avoir compris et servi I instinct profond de la nation, c'est pour avoir aperçu, dès la |)remière heure, que le gouvernement républicain devait faire ses preuves, mcmtrer qu'avec plus de liberté il peut garantir la même sécurité, la même harmonie à l'intérieur qu'aucun autre gouvernement; qu'à ce prix était le relèvement; que nous n'avions point encore à rechercher des bienvei'Iances dont il ne nous était pas permis de payer le prix; que certains peuples héritent du passé des tâches auxquelles ils ne peuvent renoncer avec honneur; qu'il
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fallait que la France redevînt tros forte et très grande pour pouvoir n'être plus isolée sans avoir à rien céder de ce qui est incessible... [Vive adhésion. — Applaudissements prolongés.)
Malheureusement, le charme de ces heures d'apaisement menace de se rompre; le Parlement n'est pas encore réuni et déjà — tant ces deux mots semblent habitués à s'appeler et à se répondre — des interpellations sont annoncées. [Oyi rit.) Le zèle de quelquesuns exige qu'on les éclaire, et avec eux, ceux-là qui ont d'autant plus d'intérêt à être informés que nous en avons moins à les instruire. {Nouveaux rires et applaudissem ents. )
S'il devait en être ainsi, renonçons franchement à toute politique extérieure. Vivons repliés sur nousmêmes, acceptons les conséquences de cette attitude, et comme il n'est plus une seule question de prospérité nationale, de commerce ou d'industrie, qui ne soit devenue, en même temps, une question européenne, résignons-nous à n'être plus que la tache d'eau qui chaque jour s'évapore, et dont le contour se rétrécit insensiblement jusqu'à ce qu'elle disparaisse. [Très bien! très bien! et applaudissements .)
Dans cet empressement à porter à la tribune des questions de cette nature, il faut voir une manifestation de plus de cet état d'esprit qui porte les corps élus à croire qu'ils sont tout le gouvernement, et à se juger aptes à toutes les fonctions, même à celles auxquelles la Constitution ne les a point appelés. [Très bien! et applaudissements .)
C'est au Président de la République, c'est au chef de l'Etat seul que la Constitution réserve le droit de former des alliances et de conclure des traités. Elle ne lui impose que le devoir de les communiquer au
Parlement aussitôt que l'intérêt et la sûreté de l'État le permettent, et. si c'est pour qu'il en soit autrement que vient de s'engager une nouvelle campagne en faveur de la revision, je doute qu'elle rencontre le crédit qu'elle n'a jamais obtenu.
Notre attitude sera plus simple, moins inquiète, moins inquiétante, et, j'ose le dire, plus efficacement patriotique. Nous saurons attendre, et ainsi achèvera de se dessiner la ligne de démarcation de plus en plus visiblfe entre les partis, celle qui sépare les hommes politiques inspirés par l'esprit de gouvernement de ceux qui ne sont dirigés que par les mouvements nerveux de l'opposition systématique. (Vifs applaudissements.)
On a souvent souhaité de voir s'établir en France, comme chez un peuple voisin, deux grands partis politiques : l'un wigh et l'autre tory, mais on perd de vue qu'en Angleterre les deux partis ilont on parle ont, au même degré, l'esprit gouvernemental, un même dédain, une même horreur patriotique de l'opposition systématique. Il n'eu est pas de même en France. Chez plus d'un politicien, l'esprit de gouvernement ne va pas au delà de cette conccjjtioa : être le gouvernement! [Uives et oppland'issem'^-is.)
S'ils occupent le pouvoir, tout est pour le mieux dans la meilleure des Europes; rien ne presse, il faut réfléchir, attendre que les questions soient mûres et, parfois, il m'est venu à la pensée que les oppo. lunistes auraient bien le droit d'intenter aux radicaux quelque procès en ccmtrefaçon. [i\'ouvenux rires et npjilaiidissemeîil.i.)
Que si le pouvoir leur échappe, tout change, tout va mal, les principes sont en danger, tout est perdu, et il peut arriver au plus avisé d'entre eux de dire que
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c'en est fait du salut de la Uépublique. Il y a dans ce propos quelque exagt'^ralipn... HiUn/té ci iijip'audissemp.nl s )
Noire conduite est nettement tracée : noire devoir est de soutenir et de Corlifier tous les niinisières dont la politique sera l'ermement gouvernemenlah; cl résolument prati |ue.
Je ne veux pas une fois de plus, et dans ce banquet, définir ce qu'est la politique gouverneiTU'nlalt'. Je veux me borner à rappeler — et c'est une chose qu'on ne saurait répéter assez souvent — que la cocdilion essenlielle d'une politique vraiment gouvernementale, c'est de ne pas reconnaître seulement en théorie le principe de la séparation des pouvoirs, mais de le faire respecter et prévaloir dans le domaine des faits. Le premier acte de ma vie publique a été de signaler un mal dont on pouvait déjà apercevoir les effets. Ma dernière parole, s'il ne devait pas disparaître, le dénoncerait comme le péril suprême pour tous les gouvernements libres, et l'on ne saurait trop louer M. le ministre de l'intérieur de l'avoir, à son tour, rappelé dans un langage auquel nous ne saucions trop applaudir'. [Appliudissements.) Que le Parlement légilère librement, qu'il contrôle avec scrupule, que le pouvoir exécutif gouverne et administre! Détendre ses prérogatives, c'est en pareil cas défendre l:i démocratie elle-même, contre les dangers d'un»^ tyrannie d'autant plus détestable qu'étant anonyme et collective elle est par conséquent sans responsabilité. {.\'ouveaux apjdaii diste me. ni s. )
C'est de la confusion des pouvoirs que naissent
1. Allusion à un 'iiscours prononcé à Oldroi, le 18 octobre précé'lent, par M. Barthou, ministre de l'intérieur dans le cabinet Méline.
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l'impuissance parlementaire, la lassitude dans le pays. Une expérience, qui ne peui être encore oubliée, nous a montré à quelle réaction un pareil état de choses peut le coniiuire. On ose murmurer d'abord, on ose écrire ensuite qu'il faut un homme. Malheur aux gouvernements qui éveillent de pareilles pensées et suscitent de pareils propos, car si toutes les Républiques ne trouvent j)as sur leur route un Bonaparte, elles trouvent toujours la monnaie d'un Napoléon I (.4/p/au(hssevi''nis répi^lés.)
L'ordre fondamental étant établi dans le fonctionnement du pouvoir, son activité doit s'employer à réaliser tous les progrès que réclament, dans le domaine purement matériel, le développement de nos intérêts agricoles, commerciaux, industriels, — dans le domaine matériel et moral la nécessité de fortifier l'initiative individuelle, l'esprit d'association et l'esprit de prévoyance.
L'étude attentive de notre régime commercial, le soin de créer des débouchés, d'assurer à ceux qui secondent par leurs capitaux notre expansion coloniale, le concours plus efficace de tous nos repré^ sentants, un examen approfondi de notre situation financière, sont de grandes tâches qui ne peuvent être accomplies dans l'incertitude d'un perpétuel recommencement, dans les perplexités d'une mise eu question perpétuelle.
On ne les réalise pas d'un trait de plume, par voie de programme; chaque jour modide l'état de ces questions, les présente sous une forme nouvelle. Ce n'est point all'aire de dogmatisme, mais alTaire d'administration, de vigilance soutenue, de sollicitude quotidienne. ( 7'/è.s bien! Irrs bien! et apphi'idi-isi'inviils.)
Je crois en avoir dit assez pour exprimer les senti-
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monts que l'heure actuelle ùveille. Puisons dans le souvenir des grands événeinents qui viennent de s'accomplir la ferme résolution de n'apporter dans la polilique que des pensées de raison et de justice, la loi nécessaire pour surmonter les épreuves qui nous attendent encore, et, ne cessant jamais de regarder devant nous, gouvernons le présent avec sagesse pour assurer raccomplissenient de l'avenir. (Applaudissemenls et acclamations répétées.)
L'INSTABrLIiTE MINISTERIELLE
Le 23 octobre, à Saint-Symphorien-de-Lay, M. Waldeck-Rousseau fit ressortir, dans une brève allocution, les inconvénients sérieux de l'instabilité ministérielle. Il demandait une transformation de la procédure parlementaire en matière de travail et d'interpellation, et il engageait les électeurs à n'exiger des candidats que des promesses pouvant être céalisées dans les quatre années d'une législature.
Messieurs,
Je tiens à remercier mon excellent collègue, M. Real, des paroles flatteuses qu'il vient de madresser. Je désire remercier également tous ceux qui, sollicités cependant par tant d'occupations, ont bien voulu se rendre à cette réunion.
Hier, mon collègue M. Reymond voulait bien dire que le département de la Loire me reconnaissait pour un des siens; ces lettres de grande naturalisation données par ce ferme républicain, par ce vétéran de nos luttes politiques, me sont précieuses. Je comprends que pour les mériter je dois me pénétrer chaque jour davantage des intérêts de ce département si varié, dans lequel on rencontre — et cela est tout particulièrement vrai dans ce canton — toutes les branches de notre activité nationale, l'agriculture, le commerce et l'industrie. Cette tâche m'est rendue facile par le
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concours dos représontants que vous avez choisis et qui, nés sur votre sol, ayant vécu au milieu de vous, sont eux-mêmes des commerçants, des propriétaires, (les agriculteurs, des industriels.
C'est.vers ces grands intérêts que doit se tourner d'une manière touie spéciale la vigilance du Gouvernement.
Nous avons, dans le domaine des progrès purement politiques, accompli des oeuvres considérables et définitives. La sollicitude du Gouvernement républicain doit maintenant s'attacher d'une façon plus spéciale, plus efficace, à l'étude et à la défense des intérêts économiques, et c'est aussi parce qu'il n'est pas de ([uestion d'ordre en apparence purement politique, qui ne se lie très intimement à la sauvegarde et au développement des intérêts matériels, qu'il est essentiel pour notre pays de faire de bonne politique. ^
Quel devrait être aujourd'hui le but le plus immédiat d'une bonne politique? Quel est le sentiment qui paraît se dégager des manifestations répétées qui se produisent dans noire pays? Je ne crains pas de dire que ce qu'il souhaite surtout à l'heure actuelle, c'est do voir le Gouvernement arriver à cette stabilité, à cette durée sans laquelle aucune œuvre utile ne peut être entreprise et, en tout cas, accomplie.
Messieurs, j'ai été deux fois ministre. Je le rappelle, croyez-le bien, sans nul orgueil : tout le monde l'a été un peu, et du train dont vont les choses tout le monde le sera... {On rit.) Ce qui est plus extraordinaire, c'est de rencontrer un homme qui, pouvant le devenir, ne l'a pas voulu, et je pourrais trouver, sans sortir de cette réunion, un exemple de ce désintéressement...
Voulez-vous me permettre de m'autoriser de mon
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■expérience pour vous montrer à quel point la stabilité ministérielle est nécessaire, ce qu'est actuellement, ce qu'a été trop souvent la destinée d'un ministre et comment sa bonne volonté est le plus souvent rendue inutile?
11 a consciencieusement étudié certaines questions, il est monté à la tribune, on a remarqué en lui quelque talent, et, quand il s'est agi de constituer un ministère, on a fait appel à son concours.
Il est aussitôt effrayé de la tâche qui s'impose à lui, de la multitude des questions posées, de la multiplicité des ressorts de son administration, du nombre des questions depuis longtemps posées et qui attendent une solution.
11 constate combien la théorie diffère de la pratique; les moindres sujets dont Tentretiennent ses directeurs sont pour lui entièrement neufs. Bref, il apprend qu'il a tout à apprendre. Ce qui est vrai de tous les ministres Test encore plus du ministre de l'Intérieur. Tout aboutit à lui; à chaque heure, à chaque instant, il a des résolutions à prendre; tout ce qui concerne l'administration départementale et communale, tous les grands services publics, depuis l'assistance jusqu'à la police, toutes les questions qui touchent au maintien de l'ordre et à la sauvegarde de la liberté, viennent incessamment solliciter son intervention. 11 lui faudrait une connaissance approfondie de la législation, des règlements. Dans le domaine de l'administration proprement dite, il est appelé à donner l'impulsion à des fonctionnaires nombreux; c'est lui qui doit communiquer aux préfets l'impulsion gouvernementale.
11 est, au début, sans autorité et sans crédit personnel pour leur prescrire une ligne de conduite. 11 fait venir cependant chacun d'eux; il s'entretient avec lui.
POLH L\ HKinjHl.lQlK
Pairiilier depuis Ioug:teinps avec ces entrevues, le pré-\ , fet prend place dans un tauteuil que je vois encore... Le ministre lui expose les vues du Gouvernement. Mais, s'il a quelque habitude de lire dans la pensée des hommes, il pénètre aisément les rénexions de son ioterloculeur. Ce préfet, plein de bonne volonté, réfléchit, en effet, que quelques mois auparavant il était assis à la mémo place, qu'un autre ministre lui donnait des instructions diamétralement opposées, et il songe que dans quelques mois, dans quelques semaines p««t-être, il reviendra s'asseoir à la môme place, toujours, et qu'il recevra encore des instructions différentes...
Il en conclut facilement qu'il ne doit pas se départir d'une sage passivité, qu'il vaut mieux se réserver que se compromettre. La pensée du pouvoir central reste à létat de vaine formule.
H en est ainsi aussi longtemps qu'un ministre assez heureux pour ne point succomber tout de suite n"a pas conquis, et dans le pays et sur ses agents, l'autorité dont il était d'abord dépourvu.
P«u à peu cependant il s'est instruit, formé, il est em élat de faire prévaloir son opinion dans les innombrables affaires qui lui sont soumises. Son personnel, â<irpris d'abord, puis rassuré en le voyani se maintenir, n'est pas éloigné de se rallier à sa politique, de la servir., mais ce jour-là une interpellation l'appelle soudain à La tribune. La Chambre est peu instruite des éléments du débat qui s'engage, des membres de la majorité sont restés dans leur pays, des ordres du jour coflfus sont proposés et le ministère est renversé dans des conditions si imprévues que souvent la Chambre demeure étonnée de son œuvre. Un pareil état de choses, c'est la négation et l'impossibilité de
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tout gouvernement. (Vive approbation et applundissemenls.)
Tl y a, en effet, très peu de ministères qui soient tombés après un grand débat, sur un fait politique accompli par eux, et dont la chute n'ait pas été pour le pays une véritable surprise.
Ainsi les interpellations ont de plus en plus absorbé la vie parlementaire. Elles la dominent. Rien ne les mesure. Elles sont une arme toujours prête aux mairas de l'opposition. Si la première ne réussit pas, une seconde est proposée, et il en sera ainsi jasqu'au joor où, par une aventure de tribune ou dans iine.embuscade de couloirs, le cabinet aura enfin succombé!...
Je viens de dire que les interpellations portent sor tous les sujets, qu'un ministère doit jouer son existence sur les questions les plus inattendues. Je me rappelle avoir dij répondre à une interpellation q»i portait sur ces petites boîtes en fer destinées à recevoir les. . . balayures ménagères, et qui ont reçu le nom d'un éminent préfet de la Seine : 1» question était grave, n'est-ce pas?... or, s'il eîit ^manqué ce jour-là quelques voix au ministère Ferry, l'orientation politique delà France en eût été imnoédiaternent changée. [Hires rt applavdissonion(s-)
Ce n'est pas seulement par leur rouhipiieité que les interpellations sont dangereuses, l'imprévu est la règle de ce jeu du caprice et du hasard. Siiui l'inteppellateur qui connaît le piège qu'il vent tendre et ie Gouvernement qui le soupçonne, personne n'est pré" paré pour un débat de ce genre. La Chambre n'en connaît généralement aucun élément. W n'est pas de discussions qui comportent moins de garantie, et c'est cependant ce jeu presque toujours inégal et toujours hasardeux qui fait et défait les minisières.