Député, maire de Feurs
202 l'(»| n LA HKI'L HI.IOUE
adopté aucune pour la laveur passagère ou la po|'iilarité qu'elle pouvait procurer, mais seulement pour le bien qu'elle pouvait {irocurer à notre pays. [Vifs upplnudissenK'iils.)
Je tiens surtout — mon collègue me le permettra et je- crois, messieurs, que vous men saurez gré — à rendre un hommage respectueux à la mémoire de Ihomme qui lui a transmis une tradition si pure et si glorieuse. Le nom de Dorian appartient à l'histoire de la République par le rôle qu'il a joué dans le gouvernement de la Défense nationale, il appartient à l'histoire de la France par tous les grands services qu'il lui a rendus, et, par le but si noble qu'il a su donner à sa vie, par la générosité de son caractère, il appartient aussi aux ann;iles du Bien. [Applaudissements et bravos répf'tés.)
A un moment où Ton s'efforce d'exploiter le prétendu antagonisme qui existerait entre le capital et le travail an lieu de chercher à en concilier les intérêts, on est heureux de pouvoir montrer par de pareils exemples que, dans notre société, telle qu'elle est sortie de la grande révolution de 1789, la fortune est, avant tout, la fille du travail, qu'elle demeure son alliée la meilleure et la plus sûre par l'activité même qu'elle développe autour d'elle, qu'elle sait comprendre sa mission et remplir tous les grands devoirs quelle entraîne avec elle.
Il advient, en efl'et, que, par un retour imprévu vers le passé, par un circuit trop fréquent dans l'histoire des peuples, une lois de plus la lutte politique s'établit entre les idées de conservation sociale et les projets de désorganisation sociale — entre le maintien des principes tutélaires indispensables au développement de toute civilisation et je ne sais quelle conception
CRITIQUE DE LA ÏIIÉURIE COELKCTIVISTE 263
d'une sorte de féodalité à rebours, substituée à ce qu'on se plaît à dénoncer sous le nom de régime capitaliste.
Ce régime capitaliste, messieurs, c'est la société dans laquelle vous vivez, avec ses randeurs et ses misères, ses gloires et ses tristesses; c'est le droit d'acquérir et d'épargner pour assurer l'avenir; c'est le droit de l'homme de développer sa personnalité, 'et d'ouvrir par là même, à ceux qui le suivront dans la vie, une voie plus large, plus sûre et plus heureuse. Sans doute, notre société est bien loin d'être parfaite. En dépit de tous les rêves, de tous les efYorts, et même de tous les progrès, elle demeurera certainement imparfaite. Pas plus que la science ne réussira à supprimer la maladie ni la mort, pas plus l'économie sociale et politique ne supprimera les inégalités et les douleurs qui sont, hélas! la ti-arae de notre vie. Maisil y aurait une grande injustice à ne pas reconnaître que notre état social est déjà meilleur qu'autrefois et que de très grands progrès ont été réalisés, aussi bien dans l'ordre matériel que dans l'ordre intellectuel.
11 y aurait peu de justice à comparer la situation des travailleurs il y a un siècle à ce qu'elle est aujourd'hui. Mais, saas remonter aussi haut et aussi loin, il suffirait de remonter à vingt ou vingt-cinq années, pour apprécier le chemin déjà parcouru. Incontestablement, aujourd'hui, le travailleur des campagnes comme celui des villes est mieux logé, mieux vêtu; la ferme est plus spacieuse, l'usine est plus saine, mieux aérée. Ce u'est pas seulement au point de vue matériel que le progrès s'affirme. En répandant à pleines mains l'instruction, en fertilisant les intelligences, le gouvernement de la Képublique a élargi le patrimoine
2r,î POUR LA RÉPUBLIQUE
moral. Tout ne se ramène pas et ne se réduit pas, sans doute, à une question de balance entre ce que l'homme réussit à gagner et ce qu'il consomme. C'est rendre sa vie meilleure que d"y introduire quelque parcelle d'idéal, de permettre à toutes les intelligences de s'ouvrir aux plus hantes pensées et de goûter, chaque jour davantage, les consolations et les joies que donnent une participation' plus intime au mouvement scientifique et intellectuel, la contemplation et l'étude de tout ce que les lettres, les sciences et les arts ont produit de plus admirable et de plus attachant. {Applaudissements.)
Ce sont là de grands progrès, d'autres les suivront encore : chacun de ceux que nous réalisons en appelle de nouveaux. Chaque siècle accomplit des œuvres nouvelles. Mais au gré de ceux qui prêchent la guerre sociale, ce n'est pas du mouvement progressif que suit l'humanité qu'il faut attendre un avenir meilleur, c'est de l'intervention de l'Etat, des formules et des systèmes dont leur génie se montre si prodigue.
Partant de cette idée que tous les hommes étant égaux en droits doivent être égaux en situation sociale, le socialisme ne manque pas de faire remarquer que la richesse est inégalement répartie, qu'on en peut imaginer une distribution plus équitable. Il tend à créer un état social qui supprime cette inégalité.
Il y a plus d'un siècle et demi qu'on voit se succéder les conceptions et les systèmes par lesquels il poursuit cette transformation. Tous gravitent autour d'une idée maîtresse : la substitution de l'action exercée par l'Etat au libre développement de l'activité individuelle. L'Etat doit reprendre tout ce qu'elle a si péniblement créé. Le champ que vous avez acheté au prix d'une longue épargne ne vous appartient pas légitime-