CRITIQUE UE LA THÉORIE COLLECTIVISTE
ment; sur la maison de commerce ou l'usine que vous avez fondées, vous n'avez aucun titre légitime. L'Etat reprend dans les mains où elles se trouvent toutes ces richesses usurpées pour en faire une distribution meilleure, plus équitable, plus proportionnelle. Voilà le point de départ.
On n'a pas tardé à remarquer qu'au fond de cette conception il y avait une très grosse illusion, et je dirai volontiers un très grand enfantillage.
En effet, le lendemain du jour oii l'Etat aurait, dune façon plus ou moins arbitraire, plus ou moins spoliatrice, repris pour la répartir à nouveau toute la richesse individuelle, il se produirait le même phénomène qui a conduit à l'état actuel, car, des hommes de caractères différents et de capacité inégale, recevant la même attribution, en feront assurément des usages qui ne seront pas les mêmes.
Celui-ci, plus prévoyant, épargnera plus ; celui-là, moins économe, dépensera davantage ; le plus ingénieux tirera, de ce qu'on a mis entre ses mains, un profit plus considérable ; le moins Jiabile se ruinera là où le plus industrieux aura réussi. On recommencera l'histoire, on ne la modifiera pas.
C'est qu'en effet l'inégalité n'est pas le résultat des constitutions politiques ou des chartes particulières que les sociétés se sont données, elle tient à la nature humaine, à son infinie variété, elle est originelle.
Il n'est pas difficile de se convaincre que c'est l'homme le plus fort qui a conquis le premier champ, qui la enclos et défendu. C'est aussi l'homme le plus économe qui a su tirer le meilleur profit de sa conquête; c'est le plus avisé qui a été le premier commerçant et c'est le plus inventif qui a ouvert la première usine 5 et, si l'on devait voir s'accomplir le grand
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et fiiiipstc tniraclo pai' lequel le tr;iv;iil de tant <li siècles et la couslitnlioii actuelle de la propriété seraient anéantis, les mêmes différences produiraient do nouveau les mêmes inégalités, la supério. itô de la force et celle de 1 esprit accompliraient la même œuvre, les mêmes causes produiraient les mêm< eiïels. (Vive ndlifisinn rf opplrtridissempnls unanimes.
Le collectivisme moderne, s'il témoif^ne de plus d'orgueil, si, au lieu de prêcher Tégalisalion dans une fraternité universelle, il prêche ouvertement la guerre des classes, ne procède pas d'une autre méthode que celle dont se sont inspirées toutes les écoles socialistes.
L'Etat reprend tout. Il reprend les terres ; il reprend les instruments de travail, il reprend l'usine, il reprend tous les capitaux; mais il n'en l'ail pas une répartition nouvelle. Tout demeure incorporé à son do maine collectif.
Il devient et il reste le seul propriétaire foncier, le seul agriculteur, le seul commerçant, le seul industriel. II appelle à venir peupler ses domaines, ses usines et ses comptoirs, tous les citoyens, el, pour rémunérer leur concours, il leur distribue, dans la mesure des services rendus, les bénéfices de cette exploitation nationale.
Voilà la théorie. Elle se heurte immédiatement à des objections que fournit le plus simple bon sens.
Tout d'abord, est-on bien sîir que l'Etat, devenu cet être aux proportions démesurées, soit bien apte à gérer des intérêts et des entreprises si nombreux, si considérables et si variés? L'Etat a dès aujourd'hui une sphère d'activité énorme, il administre en régie certains services, il est servi par de nombreux fonctionnaires, et, cependant, on entend plutôt critiquer sa
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gestion que louer son initiative, son Imbilité, son économie. Il pourvoit à la presque totalité de son armement, et on fait ressortir qu'il dépense ainsi beaucoup plus d'argent que s'il confiait cette fabrication à l'industrie privée. On lui reproche, pour la création et l'entretien de sa flotte, d'employer des crédits beaucoup plus considérables que ceux dont il aurait besoin s'il s'adressait à des entreprises particulières.
J'ajoute qu'il faut ne point connaître le commerce et l'industrie pour ignorer ce qu il leur faut d'énergie, d'initiative, de souplesse. Nous ne sommes plus en un temps oîi l'Elal limitait et le travail et la production et la consomination elle-m.ème. 11 s est établi une concurrence considérable, non pas seulement entre les comme.'çanls et industriels d'un même pays, mais entre ceux de tous les pays ; j'en prends à témoin ceux qui produisent et tissent la soie, ceux qui tratravaillent le fer ou le bois : il faut à chaque instant trouver des procédés plus économiques, des méthodes plus simples et plus rapides, être merveilleusement informé de toutes les découvertes qui exigent des transformations perpétuelles.
Eh bien ! jamais l'Etat collectiviste ne sera aussi intelligent, aussi inventif que tous les commerçants et tous les industriels. De tels efforts ne peuvent être inspirés ou soutenus que par l'intérêt individuel, l'instinct de conservation individuelle, la volonté chez l'homme de s'élever et de se grandir. Absorbé, pour ne pas dire anéanti, par l'immensité de sa fâche, apportant peu à peu dans des fonctions de ce genre toutes les causes de dépérissement qui pèsent déjà trop sur son activité politique, c»' n'est pas à l'égalité d-ans la prospérité qu'il conduirait le pays, mais à l'égalité dans la faillite. [Applaudisicments.)
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Co ii'esl pas le seul vice de ceUe iniHliodo ; immédiatement les questions se pressent. C'est pour supprimer l'inégalité qu'on propose cette transformation : est-ce sérieusement qu'on espère y parvenir ?
Est-ce que tous ceux qui entreront dans l'atelier collectiviste recevront la même rémunération? L'ouvrier fort, vigoureux, intelligent et liahile, se résignera-t-il à recevoir la même répartition qui sera attribuée à son camarade plus faible, moins intelligent, moins adroit et par conséquent produisant moins ? Si l'on répond affirmativement, on arrive à l'injustice. Si l'on admet, au contraire, que la rémunération sera proportionnelle à la production, c'est linégalité qui reparaît : un classement nouveau s'opérera entre celui qui recevra une rétribution plus forte et celui dont la rémunération sera plus faible.
Ce n'est encore là qu'un des moindres écueils de cette théorie : une autre question n'a pas tardé à être soulevée. L'Etat est une personne morale. C'est une entité. Mais il faut lui donner la vie, l'activité, et, pour cela, il doit s'incarner dans des personnes, dans des hommes. L'Etat possède donc tous les ateliers et toutes les industries. Comment pourvoira-t-il à leur exploitation ? qui dirigera ceux-ci vers cette industrie ? ceux-là vers telle autre ? Il y a des travaux plus pénibles et des travaux plus faciles, des métiers moins durs, d'autres plus dangereux. Comment assignera-t-on à celui-ci l'obligation de descendre dans la mine, en réservant à celui-là le soin de travailler au soleil ? Comment fera-t-on pour convier l'un à la culture des fleurs et condamner l'autre à manipuler les produits les plus dangereux !
Ah! c'est bien simple! on agira par voie de réquisition! Voilà le progrès auquel on nous convie et le