LE CATHOLICISME ET L.V RÉPUBLIQUE
sens, tant de saine raison, tant de pondération, qu'il est impossible de rêver pour la République l'avenir que nous souhaitons, un avenir de progrès et de sagesse, sans désirer avec ardeur de voir son drapeau placé dans vos mains, car vous êtes de ceux qui. l'ayant une fois reçu, ne le livreront jamais !
Il peut sembler téméraire de souhaiter une Bretagne républicaine... Est-ce donc que ce serait un spectacle si nouveau? Et ne lui suffit-il pas, ponr le devenir, de se souvenir ?
Est-ce que, au lendemain de notre première Révolution, toutes les communes du Morbihan n'envoyaient pas leur adhésion spontanée et solennelle aux principes auxquels la nation venait de donner sa consécration? Ce pays de Bretagne n'allait-il pas à la liberté, à la Révolution, à la République, comme on va à la lumière, comme on va à l'affranchissement?
Aujourd'hui, sans doute, ces souvenirs sont bien loin. La contre-Révolution s'est faite : elle a duré près d'un demi-siècle. Mais, je vous le demande, messieurs, interrogez-vous et dites-moi s'il n'existe pas encore <:iuelque oppression et quelque servitude... L'ancien régime est désavoué par ceux-là même qui en ont vécu, et je sais très bien que l'on s'applique plus volontiers à dire du mal de la République qu'à vanter les bienfaits de la monarchie. On rêve de mettre au drapeau blanc une cravate tricolore : on n'est plus monarchiste, on est conservateur !
Mais ce sont là de fragiles équivoques, des expédients qui ne résistent pas à cette vérité, à savoir qu'il n'y a pas de conciliation possible entre deux principes contraires, entre l'ancien régime et le nouveau, entRg la souveraineté populaire, qui est la vôtre, messieurs, et la souveraineté d'un homme, c'est-à-dire le roi.
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iMessieurs, jo crois qiron pourrait m'acciiser de mfinqiKîr de sincérité si je ne disais un mut d'une question grave, plus grave peut-être dans ce pays que dans tout autre, parce que les convictions y sont d'autant plus faciles à alarmer qu'elles sont plus j»rolondes et plus sincères.
On n'a pas cessé de dire, d'écrire, de publier sous toutes l(!s formes, que ce pays ne pouvait pas venir aux institutions républicaines parce quelles étaient une menace pour sa foi religieuse, pour le catholicisme. C'est là une accusation, messieurs, que j'ai réfutée bien des fois et dont je veux dire encore un mot ici, non seulement pour vous, mais pour ceux qui ne peuvent pas nous entendre, parce que le Gouvernement ne craindra jamais de dire hautement sa pensée, et parce que son vœu le plus ardent est qu'elle aille à tous, qu'elle soit connue de tous.
Messieurs, je demande comment et pourquoi, si le catholicisme est, ainsi qu'il le parait, une religion, une loi, une croyance, une forme symbolique de certaines vérités morales, pourquoi ce catholicisme serait suspect à la République et pourquoi la République songerait à l'inquiéter: comment I la liberté de penser n'admettrait pas cette liberté moindre qui s'appelle la liberté de croire ?
Mais ce qui est vrai, ce que je voudrais bien faire saisir, c'est que, en dehors de toute religion véritable, sous son nom et à son plus grand dommage il s'est fondé un parti, non point religieux, mais politique, dont les visées, messieurs, sont toutes terrestres, toutes temporelles ; dans lequel, avec un certain nombre de croyants, on rencontrerait beaucoup d'incrédules, beaucoup moins préoccupés — c'est une conviction, du moins, et je la produis avec franchise, —