LE CATHOLICISME ET LA REPUBLIQUE
Le 20 mai 1883, M. Waldeck-Rousseau se rendit à un banquet organisé à V'annes par les républicains du Morbihan. Après avoir formé le souhait de voir la Bretagne devenir républicaine, il démontra que les catholiques pouvaient accéder à la République sans craindre pour leurs croyances, à condition toutefois que l'Église se contentât d'être respectée dans un État impartial au lieu de chercher à dominer dans un État subalterne.
Messieurs,
Je suis d'autant plus touché des sentiments de sympathie qui viennent de mètre exprimés par l'honorable M. Le Fur et par M. le maire de Vannes, qu'ils s'adressent en même temps au représentant du Gouvernement de la République et à l'homme que beaucoup d'entre vous ont connu appelant déjà, il y a quelques années, ce gouvernement de tous ses vœux, le servant dans la mesure de ses forces et n'imaginant pas qu'il y eiit pour lui une meilleure manière de le servir que de rester confondu dans vos rangs.
Les circonstances en ont décidé autrement. Mais, au milieu de tant d'événements accomplis, laissez-moi, messieurs, vous affirmer que bien souvent ma pensée s'est tournée vers vous, non pas seulement parce que, dans lafTectiou commune que l'on porte à son pays tout entier, il est bien permis de faire une part privi-
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légiée à la région <iii l'on a vécu el laissé sos plus flièrcs amitiés, mais encore et surtout parce que je suis profondément convaincu que, le jour où ce pays (le liretagne sera venu au Gouvernement républicain, nous aurons brisé la dernière entrave qui relarde encore sa marche : j'entends parler, messieurs, de l'opposition qui existe encore dans notre France, d'une opposition que ne connaît aucun autre pays libre, l'opposition dynastique, l'opposition monarchique, l'opposition anticonslitulionnelie.
On nous parle souvent, messieurs, des exemples que donnent certaijis pays libres. On nous montre combien leurs destinées sont heureuses, combien leur vie est facile; mais en est-il un seul où, comme chez nous à l'heure actuelle, il existe, non pas des partis dans le Gouvernement, ce qui est l'essence d'un gouvernement libre, mais des partis contre le Gouvernement?
J'estime, pour ma part, — c'est peut-être une croyance erronée, mais toutes mes réflexions n'ont fait que l'affermir, — qu'il ne peut pas y avoir d'obstacle plus grave au développement normal et nécessaire de la liberté que l'existence d'une opposition qui conteste ce gouvernement jusque dans son principe.
Et c'est pour cela que tous ceux qui aiment leur pays doivent souhaiter passionnément de voir l'union se faire dans l'attachement à une forme politique que l'immense majorité a voulue et à laquelle elle ne renoncera jamais.
Il y a peut-être une autre raison pour laquelle le Gouvernement doit tourner ses regards du côté de ce pays, c'est qu'il est un gouvernement d'opinion, à l'image, par conséquent, de ceux qui le défendent et qui le servent, et il y a, dans ce pays, tant de bon