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Les Frères de N otre-Dame des Champs.
Le cri du sol, la voix de Dieu.
Le couvent des Frères est situé à un mille et demi du village de St-Damien.
Une neige de quelques pouces, tombée pendant la nuit, me Procure le luxe de faire cette petite promenade en éer/o canadien.
Voilà une voiture qui offre des avantages que nos hautes Su. anglaises n’auront jamais. Voyez- vous, si vous versez de cette voiture, vous ne tombez Pas de très haut, et ce qui est mieux encore, vous ne versez jamais,
Longtemps avant d'arriver, sur une colline dominant le gal vallon, j'aperçois le Couvent, spacieuse maison à trois étages et
le
Four la terre 87
d'une centaine de pieds de longueur. Au pied s'étend le Lac- vert dont les eaux, m'as. sure-t-on, en certains endroits, atteignent jusqu'à soixante-dix pieds de profondeur. —"Regardez Maintenant, me dit mon com- Pagnon, ce vaste territoire défriché et vous aurez une idée du travail ardu de nos petits frères. Remarques, ils ont pris tout ce ter-
arbre, et voyez le résultat ”
vaillé; plus loin, des Champs à essoucher et prêts bientôt à recevoir une première semence, puis enfin la forêt battant en retraite dans le lointain, qui se dresse là-bas, humble vaincue, témoin vivant d'une lutte acharnée et d'une défaite absolue.
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88 | Pour la terre mamans ͤ—
Ici, comme partout dans St-Damien, on a dû faire la guerre aux roches, si j'en juge par les nombreux amas, larges, hauts et qui servent de clôtures presque pour toutes les divisions des champs.
A droite du couvent, là bas sur une colline donnant sur le Lac, je vois une humble croix, au pied de laquelle, me dit-on, dort de son dernier sommeil le premier petit Frère de N. D. des Champs, enlevé à l'affection des siens, à la fleur de l’âge, dans sa 22ième année. La nature lui a fait là un doux repos dans ce petit coin de terre idéalement beau, près du monastère qu'il a aimé, au milieu des Champs qu'il a travaillés.....
Il me semble qu’il doit bien s’y trouver et son âme davantage dans un ciel sans nuage, sans orage et puis dans un été éter-
“Ici-bas, tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont Courts.
Je rève aux étés qui demeurent,
Toujours, toujours.”
Enfin me voilà au terme de mon vovage. entre au couvent.
Je venais voir les petits Frères de N.
D. des Champs et je les ai là devant mol, bien vivants, ceux-là. Ils portent la soutane noire du prêtre, le collet romain, une ceinture de cuir et un Chapelet comme les Rédemptoristes.
La petite communauté ne compte que douze années d'existence et ne se compose que d’une quinzaine de sujets encore. Humble et modeste, elle se développe doucement dans la prière et le travail... C'est la vie de Nazareth, en attendant l’heure marquée
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(716) 482 - 0300 — Phone (716) 288 - 5989 fon
90 Pour la terre TT eee par le bon Dieu pour se révéler au grand jour. Travailler la terre pour donner l’exemple, puis enseigner la manière de la cultiver avec intelligence et compétence, tel est, je crois, le double but de l’Institut des Frères de N. D. des Champs.
Pour cette fin, l’Institut s’oCccupera d'orphelinats agricoles aussitôt que le nombre de ses sujets et le parachèvement de ses Constructions le lui Permettront. Que de Pauvres enfants deshérités de la nature, sans parents, laissés à eux-mêmes, deviennent trop souvent des déclassés et des parasites de la société! L'orphelinat agricole vient à propos pour remédier à ce mal toujours grandissant; il fera de l’enfant abandonné un citoyen de caractère et d'endurance; il lui inculquera pour cela une vie modeste, frugale, laborieuse, rustique, oe qui
rurales pour ÿ tenir des écoles élémentaires à base agricole, Nos collèges d'agriculture ne peuvent atteindre qu'un nombre limité de nos jeunes Sens, ceux d’un age assez avancé et ceux qui ont préalablement fait des études suffisantes Pour en suivre leg Cours réguliers.
Ces Frères Pourront atteindre l'enfant, eux, dès son plus bas âge et lui enseigner, avec les sciences religieuses et profanes que comporte son âge, l'amour, l'habitude et une certaine Connaissance du travail de la terre.
Comprenons-nous tout de suite le côté
HS.
92 Pour la terre Rp le ere € pratique d’une telle oeuvre ? On crie sur tous les toits que le Québec n’a encore que neuf millions d’acres en culture sur les deux cents dix millions qui composent son territcire. Est-ce que notre provinee même du Nouveau-Brunswick, petit pays grand comme la main, ne possède pas encore onze millions six cents Quarante trois milles acres de terre inhabitées ?
C'est incroyable, mais c'est là un fait indéniable.
Un autre non moins reconnu, c'est que la colonisation et l’agriculture, pour nous, Canadiens et acadiens, ont été et seront toujours les deux grands facteurs de l’expansion de la race au Pays, et, pour cette rai- Son, tout le monde admettra que l’une et l’autre ne sont pas des points négligeables dans cette marche à la victoire.
Pr
Par ailleurs, nous Savons aussi qu’au lieu d'avancer nous reculons.
Preuve, la désertion des tampagnes un peu partout au profit des villes et des villages : Preuve encore,
le peu d'attrait de la génération présente Peur les terres neuves
On trouve Mille causes Pour expliquer cet état d'esprit anormal de notre malheureuse jeunesse, causes que l’on déplore et
que l’on voue à toutes les malédictions.
Seulement, oublions-nous la cause fonda-
mentale à laquelle il faut ra pporter toutes les autres: l'indifférence, sinon le mépris dans lequel, trop Souvent, l’enfant grandit, soit au foyer domestique, soit à l’école même, pour le travail sain, moral et nérateur du sol ?
rému-
Chasser ces fausses impressions de l'esprit de nos enfants, relever leur menta-
SE „r.
lité, orienter leurs aspirations vers la bonne terre Canadienne, gardienne et véhicule de notre race en Amérique, qui peut mieux remplir cette noble tâche que ces petits Frères de N. D. des Champs qui ont vu le jour et qui veulent vivre uniquement pour cela et pas Pour autre chose ?
Les jours sombres que nous traversons, la crise économique qui se fait
de plus en plus sentir d’
un bout à l’autre du continent, la vieille Europe en frais de se détruire, — tout nous prêche la nécessité de prendre notre parti pour la Carrière agricole. .
L'homme condamné, par suite du péché, à 8agner son pain à la sueur de son front semble, comme au t
emps du déluge, Il a trop cherché, hélas! à Sagner ce pain, assis sur des coussins de velours, et oela
avoir corrompu sa voie.
bien souvent à tra-
» à laquelle nous assistons de- Puis bientôt Quatre ans, à Ja Musique formidable des Canons et des
» et tout cela Pour ramener l’homme. à son Occupation première: au travail de la terre?
La chose Paraît fort possible.
En tout cas, attendons la fin du cataelysme qui renverse les fortunes, et beaucoup ouvriront ]
ess +
L'oeuvre des Frères Agriculteurs de St- Damien vient donc à son heure. Elle répond au besoin le plus pressant des temps présents. à
Fondateur vénéré, qui êtes Monsieur Je Chanoine Brousseau, et vous, petits Frères de Notre-Dame des Champs, soyez bénis !
Vous avez entendu le cri du s0l,—vous avez écouté la voix de Dieu. Des hommes de votre trempe incarnent le vrai patriotisme. A ce titre, permettez au plus humble ami de /’Aabitant de vous saluer avec respect, doublement, parceque vous êtes religieux, et religieux agriculteurs.
En terminant, je livre à la méditation de mes chers compatriotes ces graves et nobles paroles tombées du haut de la chaire de Notre-Dame de Paris, le 13 mai, 1917, et
Pour la terre 97 . ³˙ A v que je voudrais faire entendre d'un bout à l’autre du Canada:
„ . . Le travail est sacré, le travail est une sainteté, le travail est une majesté, le “travail est une loi divine. Le travail est „la santé pour l'âme et pour le corps; c'est “la paix par le noble emploi et harmonie “de nos forces utiles, par la dérivation de nos forces mauvaises. La profession, à “côté de l’oisiveté dorée ou quémandeuse, “la profession aimée, à côté de la profession “subie, c'est la source proche du sable qui grince et où rien ne germe....
“Mais c’est vers la terre qu'il faut pous- “ser, au retour des tranchées, le déraciné “de l’usine et la victime des taudis urbains, “Cet exode est indispensable, car seul il peut “nous procurer ces effets si nécessaires au “relèvement de la race: dégorgement de
rr
98 | Pour la terre “nos villes, assainissement de- populations, “réfection de la famille, retour de l'enfant “au foyer du fait de son utilité, exploitation “de nos meilleures ressources et, par là, “équilibre meilleur de la production, force “nationale accrue, indépendance plus gran- “de à l’égard de l'étranger, assurances pour “la paix publique, grâce à l’allégement des “professions où l'on se rue sans y faire sa “place, enfin obéissance à la vocation pre- “mière de ce Magnifique pays où la con- “texture du sol, les nuées, les eaux vives, “l'esprit des habitants, tout nous dit:
“Travaillez la terre! Soyez Adam, “Abel, Henoch, pères des troupeaux et des “labours, plutôt que Tubalcain.” (A. D. Sertillanges, Les Catholiques et le travail fran-