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geait plus avant dans le grand sac ouver devant lui et c’est en belle pluie dorée qu le blé tombait maintenant sur le sol.
La terre du guéret recevait tous ce:
grains avec respect et, l’enveloppant ave vigilance, semblait sourire et dire: Ne
—— 2 — — Ces
rains rien, mon Paul, j'en aurai bien soin.
out de ue Dieu me prête seulement sa rosée et on soleil, je te les rendrai bien à l’automne. Paul s'arrête; les sueurs perlent à son petits ; ont; son regard embrasse le vaste champ , et je | nsemencé. II est content. J'ai fait ma igents part, murmure-t-il, que le bon Dieu fasse j vous a sienne.
s don- Puis, à pas lents, il reprend le chemin omentſſſe sa demeure, revant aux vertes plaines, autels ux herbes épaisses, aux épis fermes, aux 1 erbes d'or.
plon- ] A l'automne, je visitai le champ de ouvert paul, un soir, à l’heure où “La voix des épis se que or nous parle d’avenir”.....
Que de belles choses se chuchotaient is Ces a, dans lombre, ces épis de mon cher Paul! | avec; “J'écoute: Je voudrais bien être,
Ne Murmurait un groupe de voix,
il ser- ;
Un gâteau, digne de paraître, Un jour, sur la table des rois,
D’autres disaient: j’ambitionne, Uniquement d’être le pain
Qu'un chrétien charitable donne Au pauvre qui lui tend la main.
J'écoute encor : Je voudrais être Dit un troisième groupe en choeur, Hostie entre les mains du prêtre Et divin aliment du coeur.” (1)
(1) F. Gildas, O. C. R. La Causerie des Epis."
L'éternelle routine.
Na ne paye pas, le hlt, par icite.
2 C'est bien simple, c'est parce que ous ne savez pas le cultiver.
À Le blé est la plus noble et la plus riche | es céréales. Pour se développer, il deman- Me une forte quantité d'azote. Or malheu-
usement notre sol en est dépourvu. Par illeurs, nous savons que le bon Dieu en a arichi l'air atmosphérique au 45. Pour ésoudre le problème et mettre un peu d’éuilibre, il n’y a qu’à enlever cet azote de ’air et à l’enfouir ensuite dans le sol.
‘expérience nous démontre que la plupart des plantes fourragères, telles que le rèfle rouge, la luzerne et les plantes raci-
is. nes ont tout juste cette propriété spéciale
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d' absorber l’azote de l'air et de le restitue ensuite à la terre par les racines.
Avant donc de semer du blé, il fau préparer le terrain par la culture de plan
tes fourragères. Ce n'est pas plus mali
que cela. Comprenez-vous ?
Mes auditeurs penchaient la tête.
C'était le cas de dire gu ils voyaier bien quelque chose, mais qu'ils ne distinguaient pa très bien.
Monsieur le Curé, dit l’un d'eux, j pense ben que pour dire la messe, confes ser et prêcher, vous êtes meilleur que nous mais pour récolter du blé....ça, par exem ple, sauf respect, c’est plus Zeus nofre ligne
Mais alors pourquoi n’en récoltez vous pas ?
a ne paye pas par icite.
t pourquoi ga ne paye pas?
—La terre est bonne à rien, le bis vient pas du bien il rouille.
Et voilà l’éternelle routine, me dis-je, naladie anémique qui paralyse les meilleues énergies de nos classes rurales !
Contre la routine donc dressons toutes os batteries et nos engins de guerre dans éducation des nôtres pour la cause de la
rre.
La routine chez l'agriculteur est un peu Æomme la tiédeur chez le chrétien: un état ‘âme difficile à guérir. Elle n'est pas sans emède toutefois.
L'étude sérieuse et raisonnée des nouelles méthodes ?
Oui, mais voudront-ils seulement nous
roire ? Les routiniers deviennent vite Pour ma part, je viens trop de
Le grand remède donc ? Tout simplement l'exemple.
Comme Diogène, cherchez un homme.
Puis, que cet homme suive vos conseils, qu'il >»
cultive sous votre dictée.
—Oui, mais si cet homme ne peut se trouver ?
In ce cas, je dirai: faites la besogne vous-mêmes et essayez...
Alors devant les résultats, les routiniers seront-ils obligés de se rendre et constateront-ils enfin qu'après tout, ça paye, le
Si tu savais, liant ta gerbe
Superbr.
Lorsque tressaille de bonheur Ton coeur, Saisir le frisson de la terre Où jadis moissonna ton père:
C'est à genoux, à paysan,
Qu'il faudrait saluer ton champ:
Car la terre que ta main creuse Fièvreuse,
C'est Dieu qui t'offre de sa main Ton pain! (1)
(1) Chanson du paysan, Humbert.
CCC ee 0 (ME
La croix de guerre pour ceux d'en arrière.
Bonjour Lazare,
—Tu as battu ton grain, à ce que je vois. Tu en as les yeux, les oreilles et les cheveux remplis de bales.
Le grain a-t-il rendu au moins ? |
—Oh! je n’ai pas à me plaindre. Sayez-vous, de ces quatre minots de blé jeté dans mon brûlis d'en arrière ?
—Oui, eh bien?
—Eh bien, j'en ai eu 82 minots bien comptés. On va- t. en manger du bon pain de famille! Les marmots vont-ils se régaler un peu!!! Et puis, sans compter, j'en aurai à vendre ; la première fois que ça m'arrive, Monsieur
Lu)
Te voilà marchand de farine, alors?
—Presque, ma foi; mais ce sera mieux encore l’an prochain, car ce n'est pas qua-
re minots, mais vingt minots que je me | propose de semer au printemps.
Mon jeune homme caressait sa mousache d’un air décidé. Puis, dans ses yeux oirs qui lançaient des éclairs, ma foi, je royais voir déjà ce beau champ où de rands épis dorés se balançaient mollement ous le souffle du zéphyr.
Sans se douter, ce jeune homme venan , e donner à sa famille, à la société l’aide la
plus pratique et la plus efficace dans cette rise universelle que nous subissons depuis rois longues années.
On ne parlerait pas de ration, de fam, e fkamine, si tous nos jeunes egissaient de eme.
. | à M 5 | . | THE ë 1 “8 1 | 5 5 LE it:
qi
—Lazare, dis-je, je te félicite, continu
Tu as un frère *:: à l'ennemi, là-b dans les Flandres, n’est-ce-pas ?
—Hélas! oui, dit-il Que n'est-il av nous! Ce serait un aide.
—Oh! ce n'est pas là que je veux venir. Le bon Dieu qui a des couronn pour les martyrs de la religion, en possè aussi pour les martyrs de la patrie. M:
sais-tu une chose ? Ce que tu viens de fai là, ce que tu veux faire encore, eh bier crois-moi, n’est pas moins grand, n’est p moins sublime. Que d'hommes, que pauvres orphelins qui n'auraient pas bouchée demain, si toi, si un autre, si p!
sieurs ne récoltaient pas ce beau blé q fait le pain de chaque jour, la nourritu ka vie par conséquent.
—C'est pourtant vrai, reprit mon je
de ami, songeur.
— Oui, et pour cette raison, laisse-moi e dire, Lazare, s’il y a des croix de guerre pour 408 gars du front, il devrait y en avoir ussi pour ceux qui en arrière conservent, Intretiennnent et font vivre.
Ae t'en promets une pour l’an pro- Fhain et. bien plus:
| En repos
De nos travaux, - Près du Maître de toutes choses, Là-Haut, nous aurons Autour de nos fronts Couronnes de lys et de roses!”
Un bout de politique.
L'affaire se passait dans une petite parcisse coquette et belle, sise sur les rives enchanteresses de la Baie des Chaleurs, par à une de ces belles journées de septembre.
On célébrait, ce jour-là, avec force démonstrations, une fête d'Artisans, qui revêtait un peu le cachet de nos fêtes nationales de l’Assomption. Nombreux étaient les ora- | teurs.
La grande question du moment, la conscription,—puisqu'il faut l'appeler par son nom, —inquiétait fort les esprits.
Un orateur se leva et dit:
“Mesdames et Messieurs, |
Pour me servir d'un terme parlemen-
taire, je regrette de différer d'opinion avec
Pour la terre 27 ertains de mes honorables collègues. La onscription n’est pas chose aussi mauvaise u'on le pense. Moi, je suis en sa faveur.
(Mou ments de malaise en arrière.) Oui, avec bien d’autres, je suis pour la conscrip-
ion entière, complète et universelle.
(Scandale ! Honte! en avant.) Ce que je reproche à Sir Robert, c’est plutôt de ne vouloir prendre que les jeunes gens de vingt ans et plus. (Mon Dieu! est-ce possible ?
crie tout haut une bonne vieille grand'mère.) Moi, je les enrôlerais dès l’âge de dixsept et même de quinze ans. (Ah! ben ça, c’est trop fort, par exemple.) Bien plus, lui ne veut enrôler que des hommes, moi, j’enrôlerais les femmes et les filles et.... (Interruption forcée...Tumulte indiscriptible dans l’assemblée. Petit à petit le calme se refait)
J’enverrais, Mesdames et Messieurs tout ce monde là, bel et bien sur la bonne terre canadienne.” a ments prolongés.)
Des soupirs de soulagement, puis de francs éclats de rire, tels les rayons de soleil perçant les nuages après un gros orage de pluie et de tonnerre.
Oui! ouf! c’est ça, de cette conscription-là, nous en sommes. Envoyez fort!
Mais en avaient-ils eu une peur bleue, tout de même, ces braves Acadiens ! |
Oh! la terre! aujourd’hui plus que jamais, on en comprend toute la beauté, l’importance et la nécessité,
Dans le grand conflit mondial n'est-ce pas elle qui aura le dernier mot ? N'est-ce pas elle qui résoudra le problème le plus angoissant: la fin de tout ce cataclysme ?
est elle qui détient la destinée des nations. St, Comme quelqu'un le faisait si bien remarquer, les premiers qui boiront à la coupe mère de la défaite et qui demanderont, à senoux, la paix, seront ceux qui ne pouront plus fournir de vivres à leurs soldats rténués et à leur population civile affamée.
Pour terminer cette affreuse guerre, vec tout le monde, je crois au sang de la
1 blessure et à l’eau du bénitier; je crois au
eu de l'artillerie et à la flamme du cierge:
e crois aux mains armées de fer et aux mains qui tiennent
ons de la charrue.
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Et je le regrette bien, al lez..."
Monsieur, j'ai une confession à vou faire.
Vous prêchez la terre? J'entends dir cela. Puissiez-vous le faire encore long temps, vous faites là du bien et.
: — ul, oui, je sais cela. Mais vous m
parliez de confession tout à l’heure ?
—Ma confession, Monsieur, est une hi:
toire. Peut-être servira-t-elle de leçon d'autres et.
— uli, si seulement vous consentez me la dire.
—Eh bien ! la voici: j'ai été Aabiar autrefois, Monsieur. J'avais une bonne ter re que je travaillais de mon mieux. Mo:
Dieu! ai-je été gauche de la quitter! Te- 2, j'étais heureux alors comme un prince, cette époque-Ilà j'étais mon maître: j’enais, je sortais, j'allais où je voulais ien ne me manquait à la maison: nous
Pangions le bon pain d'habitant, celui qui goût du vrai pain, vous savez; nous avions
es viandes, des légumes, des fruits en
bondance et le reste tout à souhait.
Je voyais, chaque jour, grandir mes pets enfants florissants de santé, pieux, bons, béissants et availlants aussi. Que pou- AMis-je demander de plus?
D Tout allait bien comme dans le meil-
ur des mondes, lorsque ma femme sefourra ans la tête, un bon jour, que c'était enyant et fatiguant cette vie d'Aabrtant à Campagne. Il fallait aller mener une vie us facile et plus commode dans la Ville.
A tout prix, il fallait vendre la terre pot aller vivre avec le monde. C'était son r.
frain continuel !
Ce que femme veut, Dieu veut, dit-o:
Je me laissai faire, et je le regrette bie
—Je vous crois, et ensuite?
—Ensuite ? Une fois en ville, j'ai ot vert une maison de pension, puis à part de ce moment je n'ai eu ni trève ni repo Ce n'était plus ma maison, Monsieur, ma celle de tout le monde. Je fus aussi l’e clave de chacun; je fus tracassé le jour, fus tracassé encore davantage la nuit p:
les voyageurs. Si encore j'eusse amas:
quelques sous. Tout ce que je faisais ra tachait à peine les deux bouts.
Pendant tout ce temps, les enfan grandissaient et s’élevaient à la diable. I
renaient des airs C’indépendance qui m'inuiétaient fort, je vous l'avoue franchedent. . . Ah! Quelle vie misérable que cel- » d'un père de famille à la ville !
—Pas de doute, continuez.
Mes voisins d'autrefois, eux, sont estés dans la vieille paroisse: ils semblent vre 1eureux et à l’aise, sur la bonne terre anaajenne; leurs enfants se sont mariés, uis établis tout près d'eux et, aujourd’hui, n ne peut plus compter toutes les petites tes blondes et brunes qui fourmillent audur des vieux.
—Moi, continua-t-il, avec un trémolo ans la voix, j'ai élevé une grande famille ssi, dix enfants, Monsieur; mais à quoi à m'a servi, puisqu'ils sont tous dispersés, l’heure présente: deux en Angleterre, à armée, deux à Montréal, un dans l'Ouest,
trois aux Etats-Unis, je ne sais od. . . II n me reste plus que deux petites jeunesses la maison.
C'est triste cela pour un père de fami le, vous l’avouerez, hein ?
Cette fois de grosses larmes tombaier sur les joues ridées de mon ami désolé, & cet ancien fermier jadis heure: :.
J'étais touché moi-même plus qu’il r put le deviner. Je le plaignis de toute mo âme. Je plaignis, dans cet homme, tou cette nombreuse armée de nos déserteui du sol. Ils sont légion, hélas! ceux qu comme lui, ont pris l'ombre pour la réalit et qui traînent maintenant une vieilles:
désenchantée, sinon désespérée, aux mil coins des rues de telle ou telle ville.
S'ils étaient restés attachés au sol la vieille paroisse, ils auraient, sans dout
puvé calme et réconfort au soir de la vie née ; lle auraient pu voir leurs enants et leurs petits-enfants tout autour deux, bons citoyens, religieux et fervents hrétiens; Ils auraient pu, l’heure venue, ans crainte et sans remords, répondre à ‘appel du grand Agriculteur dont ils seaient restés, jusqu'au dernier soupir, les aumbles et fidèles coopérateurs.
—Ecoutez-moi, mon ami, lui dis-je,
ortant de ma rêverie, vous avez toutes mes ympathies. Tout n'est pas sans espoir cependant. Ces deux petites jeunesses que rous me dites avoir encore à la maison, faies-en les bâtons de votre vieillesse en en Maisant des agriculteurs.... Quittez la ville, l en est encore temps, et achetez-vous une erre quelque part.
—J'y ai pensé bien des fois. mais.
—Mais quoi, dis-je.?
ma femme ?
ui! oui! Ah, dame! votre femme, vous l'emmenerez avec vous, c'est clair.
—Et si elle ne veut pas partir ?
—Partez quand même, vous d’abord, elle vous suivra.
Un an se passa.
Par -une belle journée de printemps, sur la route qui mène à la petite ville de „je rencontrai le cher homme.
Il conduisait. une voiture, et un petit garçon d’une quinzaine d’années en conduisait une autre; toutes les deux étaient chargées de grains de toutes sortes.
—Où allez-vous avec tout cel:, mon ami ?
—Tiens, c’est vous, Monsieur, bonjour!
Comment! vous avez une terre?
—J'en ai deux, une pour moi et une autre pour mes petites jeunesses. Je recommence mon ménage. Vaut mieux tard que jamais, hein !
Il était passé et déjà loin...
—Eh! l'ami, votre femme, lui criai-je??
oh! ma femme, elle travaille son jardin; ça marche sur des roulettes, merdé...
En voilà une conversion par exemple!
. . . Hue! la grise...
“Un peu de sympathie et ça suffit.
Dire qu'il aime la terre, Wilfred, c’est trop peu dire. Il en est fou! Il aime la terre? Oh! de pensée seulement, car c'est un eitadin un peu comme tout le monde. II n'y a pas de sa faute, puisque la Providence l’a fait grandir dans la ville, puis l’a casé ensuite derrière un bureau
A part les charmantes causeries du soir à son foyer avec sa femme, avec sa petite Rose-Marie, bouton en fleur, joli bébé aux yeux bleus, aux cheveux d'or, et quelques intimes, c’est là, derrière ce bureau, dans le grand immeuble, que vous le trouverez.
Incliné légèrement sur sa table chargée de paperasses, il y passe de longues heures
à crayonner, chiffrer, additionner, signer des commandes. Vous ne pourriez y entendre que le léger bruissement de la plume ou des feuilles de papier prises et rejetées...
J'oubliais le téléphone, dont j’enlèverais volontiers la sonnerie, chaque fois que j'entre chez mon ami, mais il m'assure qu'elle fait partie du bibelot et que, d'ailleurs, les règlements s’opposent à sa suppression.
Mais laissons faire. . . II s’en tire bien en monosyllabes: ses réponses, quoique toujours courtoises, sont sèches comme des pruneaux et courtes comme un grain d’é-
Les fenêtres de ce petit royaume d'affaires sont encombrées de plantes rares et de jolies fleurs —ce qui laisse soupçonner tout de suite les goûts artistiques du mortel
qui l’habite.
Wilfred aime la terre ! ça se comprend.
Il en parle volontiers! voilà qui est plus difficile à saisir. C'est surtout le soir, dans les moments ou l’esprit se repose et se détend, qu'il donne libre cours à son imagination agreste et féconde.
“Je me ferai habitant ; j'aurai une bel.
le et grande terre labourée d’un bout à l’autre, un terrain plat, vous savez, je n'aime pas les collines; je la choisirai peu éloignée de la ville, c’est plus commode. ...
J'aurai un troupeau de vaches de choix, de beaux chevaux, des moutons de race et toute espèce de volailles. ...
Ma maison sera un joli bijou perdu dans un bosquet de verdure, entourée de
—Ouf, dis-je, ça sent déjà le parfum.
Pour la terre 41 ä — —-
—Ne riez pas, je suis sincère.
Et les rêves continuent, passent, beaux, charmants comme des marionnettes que l'on voit danser parfois, certains soirs d'hiver.
Il y a bien des ombres au tableau et quelquefois le dirai-je? des averses d'eau froide à l'enthousiasme surchauffée de mon rêveur. C’est lorsque sa petite femme entend les mots: campagne, culture, labitant.
—Ah! si tu veux aller sur la terre, mon Wilfred, tiens, tu iras tout seul.
—Tu viendras toi aussi.
—Non.
Mais comment, tu ne suivras pas ton mari ?
—Jamais pour ce métier-là.
— Alors, tu resteras ici, et moi je parti-
f ekt ter
rai seul
Et la tempête dans le verre d’eau se termine infailliblement par de francs rires et ça finit toujours par: Mon Dieu! ce n'est pas gentil tout de même, Wilfred, de
me faire peur comme cela.”
Moi, je suis convaincu que Wiifred est sincère. Son âme éprise de grandeur semble comme naturellement attirée vers le
travail du sol, vers la vie calme, paisible et heureuse de la campagne. Peut-on le lui reprocher ?
Il a bien aussi la volonté. En voulezvous la preuve ? Il fut jardinier, tout Pété, pas plus tard que l’an dernier.
Il faut bien donner l’exemple, dans la crise économique que no s subissons, me dit-il, un jour, tout bas, à l'oreille. D'ailleurs, ajouta-t-il, tel est le mot d’ordre au
Pour la terre 43 pays: ensemencer tous les lots vacants des villes et changer tous les parcs de fleurs en jardins potagers.”
Et voilà tout de suite Wilfred, après ses heures de bureau, occupé à becher à côté de sa demeure. C'était son premier apprentissage du métier, et les sueurs qui tombaient en flots pressés le disaient trop bien pou en douter, fût-ce une minute.
Mais il continue à bêcher, à suer surtout, et voilà qu'un joli petit jardin fait place enfin au terrain pierreux.
Hélas ! à l’automne, les résultats nv confirmèrent pas les apparences. Quelques cotons de patates, sans feuilles, trois épis de blé d’Inde raides, secs, rachitiques, se dressaient là comme pour protester devant tous ceux qui passaient qu'ils n'avaient pu faire mieux malgré toute leur bonne vo-
“Ecoute, Wilfred, lui dis-je, un jour que je le trouvai là, comme une âme en peine, cherchant à s'expliquer le pourquoi du triste phénomène. Je ne veux pas te faire injure, mais tu n'es pas fait pour la terre.
On ne s'improvise pas agriculteur, pas même simple jardinier, du soir au lendemain; non, il faut beaucoup de connaissance du sol, puis une longue pratique dans la besogne. C'est là Perreur de plusieurs, parmi ceux-là même qui se disent agriculteurs, de se croire capables de travailler la terre sans en entreprendre l'étude et l’expérience.
Tu peux aimer la terre quand même; aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de ces gens sympathiques des villes qui saluent l’agriculteur, qui s'arrêtent quelque
ois pour causer avec lui de ses soucis, de ses labeurs, qui l’encouragent et le soutienent dans sa carrière belle et noble, mais dure et pénible souvent, qui lui donnent, en n mot, la place d'honneur qu'il a droit de prendre dans l'échelle sociale, place de respect, de vénération et d’amour Sois cet homme de ville pour l’agriculteur, Wilfred; donne-lui un peu de cette
sympathie du coeur dont ton âme est remplie, et ça suffit.”
L'ami...de chacun, l ami de chaque jour.
Qui ne connaît Pierre l’Ermite : Or cet écrivain d'une verve incomparable :
écrit, il a quelques années, un joli petit livre intitulé la Grande Amie, Les jeune gens de là-bas, croyant y flairer un roman d'amour, s’empressèrent de l'acheter et de le lire, naturellement. :
Mais quelle ne fut pas leur surprise!
Au lieu de les précipiter, tête baissée, dans les abîmes du mariage par où d' ordinafre tout bon roman se termine, le livre de Pierre l’Ermite les jeta tout 4érement
La Grande Amie, mais c'était ça: la terre.
L'Ami que je vous présente n’est ni grand ni petit. II n'est pas moins intéressant pour cela. Toutefois, disons sans plus arder, pour prévenir tout engouement indû du toute déception d'amour, que l’Ami dont je parle ici n’est pas plus pour les jeunes filles d’aujourd’hui que la Grande Amie de Pierre l’Ermite ne l'était pour les jeunes gens d'alors, dans le sens, du moins, qu’ils entendaient de prime abord ù Si cela n'est pas suffisant, j'ajouterai que l'Ami a cessé d’exister depuis longemps. Voici en deux mots sa biographie:
L'Ami vit le jour, un beau matin de printemps de l’année 19..., dans le grenier d'un presbytère, non loin de chez nous. A a nouvelle de son apparition, le monde qui l'entourait alors s’en émut quelque peu.
Jon fit du bruit aux environs et même, di-
48 Pour la terre mine sons le franchement, II y eut quelques mé.
chantes langues qui jasèrent. Vous avoue.
res qu'il y avait de quoi! La chose était 8 nouvelle, et puis, dans une pareille mai.
son ! !
Mais on se tut bien vite, et tout rentra dans le calme quand on apprit que le nouveau-né s'appelait l’Ami et qu’il n’était pas un chou, mais simplement une feuille, un gentil petit journal en miniature, un bulletin paroissial enfin.
Se rendre utile, telle fut sa devise. Tous les mois, régulièrement, il venait frapper discrètement à la porte de ses abonnés. II leur apportait les nouvelles de plusieurs paroisses et de presque tout un comté. II louait la vertu et le devoir: fl flagellait le vice et les travers: il relevait les énergies et soutenait les faibles, souriait sur les ber-
— —AEU —B ceaux et pleurait sur les tombes
Bref, c'était l’Ami de chacun et Ami de chaque jour.
Pour toutes ces raisons, il fut encouragé, lu et choyé dans maints foyers. L'Autorité religieuse lui dit même, un bon jour; Prospere, procede et regna.
Mal, ré tout cela, pourquoi n’exista-t-il qu'une année et nous força-t-il hélas! à dire de lui ce que l’on dit des roses: il vécut l’espace d'un matin ?......
Quelque modeste que fut ce petit journal, il mérite notre respect; quelque courte que fut sa carrière, il a droit à notre souvenir, et, dans l’histoire de la presse française en Acadie, je me demande pourquoi l’Ami ne devrait pas avoir une toute petite mention honorable ?
Tel est le premier but que je me suis
mm proposé en le faisant revivre; le second, non moins pratique, vous me le permettrez, est de jeter l’idée d’un autre Ami, de plusieurs Amis même qui viendraient continuer ce genre d’apostolat dans nos foyers et nos paroisses acadiennes.
Un bulletin paroissial donc, avec une longue vie surtout, est la grâce que je vous souhaite, peu importe où 11 verra le jour, au risque même de faire parler les mauvaises langues.
l faut exalter la paroisse.
Il faut en donner la fierté à nos ouailles.... Ayez un bulletin où vous raconterez l’histoire de votre paroisse, son avenir et tout ce qui l’intéresse.
Paroisse bâtie amoureusement par les vieux, je t'aime pour tout ce que tu me rap-
Pour la terre 51 Fr.. ——— — pelles !
Paroisse, je t’aime pour toute la force, pour toute la poésie que tu mets dans ma vie !
Paroisse, je t'aime pour l'espoir enclos en ton reliquaire de pierre !
Paroisse, tu seras ma dernière étape avant la grande !
Et quand Dieu me demandera: D’où es-tu ? je prononcerai ton nom avec tendresse et avec fierté, je le dirai, je le jetterai bien fort, comme un mot d'ordre, afin qu'on l'entende. Et tous ceux que j'y aurai nommés, dans cette paroisse, accourront à ma rencontre, et ils m'aideront à passer dans la paroisse définitive.
Je les ai gardés dans le temps, ils me garderont dans l'éternité.” (1)
(i) Pierre l'Ermite. D'où viens-tu ?
LA
Ils jouent aux chantiers.
Je m'adressais à un individu sur la route.
Mais, dites donc, l’ami, que font 1àbas ces gamins sur la neige ?
—ÏIls jouent aux chantiers, Monsieur, voyez-vous cette cabane ? Ça c’est leur camp ; regardez plus loin ces branches coupées et bien tassées les unes sur les autres; voilà autant de billots.
Je n’en pouvais croire mes yeux.
Pourtant, je dûs me rendre à l’évidence. Oui, c'était bien là des enfants de dix et douze ans, des petits garçons, qui jouaient AUX chantiers, tout comme les petites filles Jouent quelque fois à la poupée ou à la dinette... Deux chiens attelés sur de petits
— — — — traîneaux charroyaient toutes ces branches coupées vers un ruisseau qui devait, sans doute, les transporter au printemps vers le moulin imaginaire... :
J'entends des cris: dia / tue, puis tous les termes usités dans ce genre de travail: on halait of, on mettait sur les yards,
on swampait des chemins, puis on parlait de driver toutes ces logs au printemps. Quel
idiôme, grands dieux !
J'étais là, debout et bouche bée.
Il ne manque qu'une chose, me dis-je, et ce serait complet: les sacres et les jurons. Mais bah! ça viendra plus tard avec le vêtement, la nourriture et le reste.
Je sentis une véritable angoisse me pénétrer jusqu'au plus profond de rame. C'est bien cela, le proverbe dira toujours vrai: tel père, tel fils. Mais devrait-i] s’ap-
pliquer à cet état de choses dans une paroisse agricole comme celle-ci? A qui la faute ? Quelqu'un doit ici en assumer la responsabilité. Comment expliquer autrement ce mépris de la jeune génération pour le travail de la terre? Peut-on parler effcacement ensuite des joies pures et honnétes que donnent infailliblement la culture du sol et des profits sérieux qu’il rapporte, à des âmes empoignées si jeunes par cette vie aventureuse et démoralisante des cha.
fiers ?
Autant de pensées qui se pressaient et e heurtaient dans mon pauvre cerveau qui faisait mal. |
Ces enfants avaient toute ma pitié et leurs parents toute ma colère.
Que j'aurais voulu voir, à l'été, ces petits bonshommes occupés plutôt à défricher
Pour la terre 55 EE ——— ———— un lopin de terre, à travailler un coin du
jardin, ou bien encore à garder brebis, pou-
lains ou génisses !
A ces petits j'aurais dit: vous serez demain des fervents de la terre. vous deviendrez des citoyens intègres et des chrétier« solides, car la terre fait tout cela, tan que, hélas ! vous marchez inconsciemment vers la ruine en vou. Ant suivre les traces de
vos grands frères, les coureurs de forêts d aujourd'hui. Pierre qui roule
Le grand foreman des chantiers.
L'armée des bûcherons a un général qui commande aux officiers du menu frétin.
Ses fonctions sont multiples et d’une Importance capitale.
Le grand foreman? C’est l'oeil qui
voit tout, c’est, comme on dirait, le diplomate et le plénipotentiaire entre la grande compagnie et les jobbers : en terme vulgaire, le trait d’union entre les gros et les petits. Voilà...
D'abord, il connait ses limites, comme Charlotte sa cuisine, jusque dans ses coulées les mieux dissimulées.
Le croiriez-vous ? Eh bien! c’est en été qu’il est le plus affairé. II donne au-
Pour la terre 57 A —— — dience et parlemente continuellement. Oh !
n'est pas fier du lieu ni de l’heure: tantôt au coin d’une route, assis sur une clôture; tantôt à la porte de l’église, après le dernier coup de cloche, disons, entre l’eau bénite et le premier évangile... Puis ensuite, viennent les longues courses d'exploration à travers les bois; il appelle cela cruiser, traînant derrière lui, comme des petits garçons dociles, tous ces jobbers en mal d'entreprises.
Il a dit à gros Jean: “Toi, tu iras sur le ruisseau creux; bâtis ton mp au pied de la montagne à bouleaux”, et baissant le ton, confidentiel, il ajoute: Tu connais, mon Jean, la coulée ouest, la coulée du ontereau ? Les épinettes de quatre et cinq logs, là dedans, ça se touche comme les cheveux de ta tête, et tu as le plus beau 4a/age ;
— — ͤ ͤF——ᷣ tu n'as pas fait grand chose dans ta dernière Job, ie te donne une chance de te reprendre cet hiver, mon vieux. Seulement, n’en parle pas”
Deux jours avant, il avait dit à petit Louis à Pitre: Je vais te donner le ruisseau du Grog Brook; le camp est tout bâti.
Le gros Jean n'a rien fait là l'hiver dernier. mais c’est si flandrin ot animal! Ces fai
guats. la, ce n’est bon que pour se chauffer
les pieds près du poële.
Tu peux te vanter d’être un homme chanceux, car, aussi vrai que je suis site, mon son, tu as les côtés les plus boisés des limites. Rien que de l’épinette. .. et c'est long, ma foi, comme des clochers d'églises... et puis, sans Compter, du bois sain
et du beau! !“ Tout bas à l'oreille: “Mon cher, entre nous deux, tu as là la meilleure
mm chance de tout le oblag. Je puis gager, ajoute-t-il, avec un clin d'oeil significatif, que tu fais tes cinquante milles pieds avant les premières neiges. C'est moi qui te l’assure, entends-tu ?”
Demain il dira à Narcisse
Mais on n'en finirait plus de rapporter la dixième partie des blagues que le grand foreman vous jette comme ça de droite à gauche pendant toute la première quinzaine du mois d’août !
Je vous disais bien que c’est un diplomate....La preuve ? Mais, il vous débite les plus belles hâbleries, et tout le monde prend cela pour de grandes vérités.
Alors, vite, en plein mois d'août ou de septembre, on quitte la maison, la ferme, les récoltes, pour courir au bois, à l’endroit assigné par le grand foreman.
— — nr
Ce n'est plus la terre qui meurt, dirait ici le grand romancier français, mais c’est la terre que l'on tue.
Pauvre terre! en a-t-elle souffert de ces délaissements ! Aussi , voyez-la languir et dépérir, faute de bras secourables. Et on aura encore l'audace de le lui reprocher quelque bon jour: Pourquoi ne rends-tu pas ? Pourquoi ne payes-tu plus ?
.. . Les misérables et les sans-Coeurs ! !
Et la terre meurt, et la terre est tuée
d'indifférence, de négligence et d'abandon...
Le grand foreman, lui, continue son oeuvre. Seulement, avec la première bordée de neige, Il a changé de poil. II est devenu méconnaissable.
Loquace comme une pie, au temps parlementaire, il est maintenant muet comme
Pour la terre 61 mme une carpe et renfrogné comme un bison. II a toutefois les yeux et les oreilles grands ouverts. En vrai policier, il s’en va, le nez au vent, fureter dans tous les coins et recoins des chantiers: II compare la date et le tas de billots charroyés au bord des rivières, compte scrupuleusement le nombre d'hommes, de chevaux et de traîneaux, pèse attentivement le travail fait, celui qui reste à faire, puis, un beau jour, sans que personne le sache, fait rapport de tout au siège du Bouvernement de la grande compagnie.
Résultat final au printemps ? Plusieurs en dette, quelques-uns en dessus, mais tous appauvris.
Je le répéte, le grand foreman est. un Personnage, un vrai diplomate, quoi! Dans la vie commune cependant, c’est un homme comme vous et moi et, à le rencontrer, l'été,
— — K—f en belle automobile overland, sur la grande route poussièreuse, ma foi, vous jureriez que c’est un simple mortel, tandis qu'en réalité c’est le grrrand foreman qui passe
Jen ai par-dessus la tete.
“J'ai fini avec cette vie des chantiers / C'est mon dernier hiver, m'entendez-vous, dussé-je, pour cela, brûler mes leds, mon camp et toute la forêt. Ce n'est pas un métier, Ça, c’est une esclavage! Vivre, durant des mois, enfoncé dans le bois comme un animal sauvage, travailler à suer sang et eau pour arriver à quoi? A la ruine de tout: de la santé, de son avenir et souvent de son âme pardessus le marché. Et de.
vient-on plus riche avec tout cela? Toujours au même point. Ce que l’on prend làbas, on le perd {ci sur la terre. Tenez, pen ai par-dessus la tête avec cette vie de lum berman,
J’envoie tout cela au diable, et. les
enen.
64 Pour la terre = RE Compagnies avec. Je me donne à la terre Dour tout de bon.”
J'avalai toute cette tirade sans broncher avec un petit air d’incrédulité qui ne disait rien qui vaille. Hélas! j'en avais tant entendu de ces gens maudire la vie des bois, pour les voir ensuite, à l'automne, les premiers à courir en quête de jobs.
—"Qu’en pensez-vous,” me dit enfin mon fsiseur de billots?
Je pense...je pense comme toi, Arthur, et je t'approuve....mais... ”
— Mais quoi, reprit-il, vous n'stes pas convaincu?”
Comment! pas convaincu, moi, que le chantier paralyse et ruine l’agriculture!” “Pas convaincu, moi, que le chantier at.
faiblit et brise les santés les plus robustes ! “Pas convaincu, moi, que le chantier
Pour la terre 65 LR EE à 2e M de Se entrave et Compromet l'avenir de nos jeunes gens !
“Pas Convaincu, moi, que le Aanfier démoralise la jeunesse, le foyer, la famille! “Allons donc! je ne le sais malheureusement que trop! Ce que je redoute, ce
que je crains, Arthur, c st que malgré tou-
te ta bonne volonté présente tu ne fasses rien de tout ce que tu viens de me dire. Toi, quitter la vie de chantiers ? Mais le pourras-tu seulement?“
Ah! vous ne me croyez pas ? Eh bien ! attendez l'hiver prochain et vous serez obligé de me croire. —
Jattendis l’autre hiver et, hélas ! je vis de nouveau le départ d’Arthur pour le chantier. Le printemps venu, il me fit entendre la même Chanson: l'hiver suivant, je le vis encore reprendre le chemin de la
66 | Pour la terre forêt.
Je ne l'accuse pas. Non! je 0 plains seulement de tout mon coeur, comme je plains tous ces nombreux jeunes gens, habitués par leurs parents, dès leurs plus tendres années, à cette malheureuse vie des Ce n’est pas le foyer qui les a vus grandir, c'est la forêt. Et voilà comment l’habitude est devenue, chez eux, une seconde nature.
Comment les empêcher, maintenant, de courir la forêt ? Tout les y attire: la neige et la foudrerie les grisent à les rendre fous: le vent qui souffle et fouette dans les grands sapins verts les enlève, tout comme l'onde bleue et les vagues agitées enlèvent les matelots, ces vieux loups de mer. Pour ceuxci, le mot Magique est: la mer! Pour ceux-
là, le mot qui remue toutes les fibres de l'âme est: la forêt !
Les longues Courses au grand air, sous ce ciel si pur et 81 brillant de nos hivers canadiens, l’écho répercuté au loin des coups de hache sur le bois gelé, le bruit des grands arbres qui tombent en sourds mugissements ou en fracas terribles, tout les enivre de joie et d'enthousiasme.
Et c’est ainsi que cette voix séduisante de la forêt, petit à petit et inconsciemment, à fait taire en eux cette autre voix douce et plaintive de la ore qui meurt.
Mais ce n'est plus une plainte qui s’élève, à cette heure, du sol délaissé, c’est un cri de détresse. .....
Le cri de la misère qui va s'étendre sur le pays. |
Le cri de la famine qui guette le monde.
TP Tree rer pe -
68 | Pour la terre et
Arthur l’entendra-t-i] ce suprême appel? Il m'a juré que oui, en étendant la main sur sa terre, comme pour prendre à témoin ses labours d'automne.
Et cette fois, je le crois......
Pourtant, il y a des moments où je tremble et il me semble, que je tremblerai tant que la neige d’un nouvel hiver, haute de dix pieds, n’aura pas obstrué complète-
ment ses chemins de portage et la porte de son camp.
Esto vir ille! A la jeunesse
étudiante.
Jeunes gens qui vous vous préparez pou: la lutte de demain, Pouvez-vous rester indifférents au sol de la Patrie, au champ du laboureur, au laboureur lui-même ?
Aimez donc la terre et tout ce qui s’y rap- Porte. Respectez de toute la vénération de votre âme celui qui 1a travaille et qui la sert fidèlement. Sans que vous soyez tenus à son labeur, ne Pouvez-vous pas écouter les sublimes leçons qui s’en dégagent ?
Comme lui, vous dressez des sillons non moins pénibles, mais non moins fructueux aussi. Apprenez à son école l’amour du travail et la fidèlité au devoir.
Le soleil ne le Surprend jamais sur ga
— nr
Couche, il va au devant de lui et le voit poindre, chaque matin, à l’horizon. .
Si les pluies dévastent la Campagne, si le nord souffle dans la Plaine, si le midi brûle les jeunes verdures, cet homme sera là et ne croira avoir accompli sa tâche que lorsqu'il aura porté le poids entier du jour et de la chaleur, Vous le verrez, beau temps Mauvais temps, à l'oeuvre, sans jamais murmurer, sans jamais se rebuter.
Souvent cet homme scrute du regard le firmament et cherche à pénétrer ses secrets Comme pour y lire les tempêtes et les bourrasques de vent qu’il cache dans ses flancs. . Apprenez de lui à tirer Thoroscope de vos destinées et à deviner les orages qui grondent au loin, Pour que vous ne soyez pas surpris plus tard par les épreuves de la vie.
Si la sècheresse détruit la semence, 81
. la grèle anéantit Ja récolte, cet homme
adore les desseins de Dieu et baise avec respect la main qui l’éprouve: "Le Seigneur m'a tout donné, le Seigneur m- a tout ots; que son Saint Nom soit béni!” 250 vir ille / Soyez cet homme encore, ferme dans l’adversité et debout dans le malheur,
Enfin recueillez de lui cette dernière leçon :
. Lorsque sonnera Pour vous l'heure de l’action, que vous soyez prêtres de Dieu, dans l'Eglise, ou citoyens intègres dans 1a société, oh! comme l'agriculteur encore et toujours, faites le grand Seste de ce fervent de la terre et semez à pleines mains les idées saines et fécondes pour Dieu et pour la Patrie, |
ie
La voix de la terre à l'école.
L'école primaire n'est pas une école d'agriculture.
Toutefois, si elle veut donner à l’enfant une éducation en rapport avec le milieu où 11 vit, elle ne peut, sans déroger à sa
mission, négliger de lui inculquer, avec des notions élémentaires de culture, un grand respect pour la profession agricole et un véritable attachement à la terre.
Le jardin scolaire semble bien répondre à ce besoin, en fournissant à l'élève l'occasion de joindre Ia pratique à la théo-
rie.
Grâce à cette communion avec la nature, son coeur et son intelligence s’éprendront de bonne heure au mystérieux travail
‘ la terre et 1 ne cherchera pas à quitter plus tard le Patrimoine familial. ,
Les champs, les Cours d’eau, la forêt, les fleurs mêmes lui diront avec des voix douces et Pressantes: “Reste avec nous, ne nous abandonne pas.”
Ainsi aurons-nous des jeunes gens qui, au sortir de l'école, auront appris plus que des chiffres, l'amour et la pratique de la terre; nous aurons des jeunes filles ayant appris mieux qu’à se Pavaner de leur petit savoir et de leur nouvelle toilette, des jeunes filles sérieuses et laborieuses qui, une fois devenues mères de familles, feront mieux que de bailler au soleil de juin, des femmes fortes dans toute Tacception du terme, de véritables fermières.
L'instituteur et Finstitutrice auront soin de faire converger vers l'étude agricole
les différentes branches de l’enseignement:
le dessin dans la création des parterres ou des parcelles destinées aux légumes, la botanique dans l'étude des différentes fleurs ou herbes, la physique dans la constatation des phénomènes de la chaleur, de la lumière ou des pluies. Chaque science trouvera ainsi son profit dans l'exposé pratique de ses différents problèmes. ‘
L'établissement du jardin scolaire, les soins qu’il exige développent chez l'enfant l'activité intellectuelle, physique, le sentiment de la responsabilité, non moins que le sens esthétique. Autant de choses que l’école ne peut que difficilement donner dans une étude purement spéculative. Les avantages que l'enfant en retirera au point de vue moral et religieux ne sont pas moins appréciables, Si les maîtres OCCupaient les
enfants à ces petits travaux Manuels à cer.
taines heures de récréation, voire même à certaines heures de Classe, quelle action moralisatrice n'exerceraient-!]s Pas sur eux ?
te, pour le repos de l'esprit, mais elles peuvent avoir des dangers, si les enfants sont abandonnés seuls à leur jeux, et surtout à leur oisivité.
Le travail manuel est essentiellement moralisateur. A ce simple point de vue, le jardin à l’école mériterait déjà toute notro attention
Elévation de l' ame et des sentiments, tels seraient principalement les précieux résultats de cette éducation dans nos écoles primaires,
Tout parle de Dieu dans la création, Mais nulle part ailleurs plus que dans le
brain de blé confié à la terre, dans l'arbris. seau qui lutte pour la vie, dans humble dour qui jette son partum au soleil du ma.
tin
Habituer de bonne houre l'enfant à trouver dans toutes ces manifestations de la nature l'action incessante de la Divine Providence, telle est l'oeuvre religieuse, telle est la mission Par excellence de la grande voix de la terre à l’école.
En route vers St-Damier de Buckland.
Un bâtisseur de pays.
All-aboard !..… quelques COUps de sir lets. . le train s'ébranle et me VOilà part!
Pour St-Damien, laissant derrière moi Lévis, St-Romuald, Chaudière...
La route est nouvelle Pour moi, mais
les heures de soleil sont déjà assez ébréchées, Aussi mon parti est pris. En philosophe voyageur, je me confine le nes à l'in-
Tout près de moi viennent s'installer
fricheurs, c’est sûr. Je ne me suis pas trompé. Ce sont deux colons de l’Abitibi qui viennent, — comme au temps de l’empereur Auguste, —s'enregistrer dans le lieu de leur naissance. .
Ils réclament l'exemption du service Militaire pour s'enrôler dans la guerre, mais dans la guerre à la forêt. Ils cherchent la victoire, eux aussi, mais dans la conquête du sol. Enfin, ils veulent une paix juste et équitable, mais sur la terre canadienne...Bravo! les jeunes! Soyez, à votre ‘ Manière, de véritables soldats, des soldats du sol. Tendez généreusement la main à ves frères qui luttent là-bas: Soutenez-les par votre labeur éminemment patriotique, et, tous ensemble, dans une union commune, marchez fièrement vers le but commun:
la victoire,
Ils sont enthousiastes de leur nouveau Pays dont il ne Parlent, du reste, qu'avec les plus grands éloges.
dant la nichée !
D'ailleurs de l’Abitibi on ne pourra dire trop de bien, si j'en juge Par les heureuses
tout juste, frais et moulu, d'un tour d'observation à travers ces immenses régions “qui Peuvent nourrir dix millions d' Ames, soit
roche, bien arrosé de rivières et de lacs, Sans autre côté que de légères ondulations
80 Pour la terre nn — qui facilitent l’'égoûtement.”
Quel avenir pour la Patrie canadienne, si nos jeunes gens savaient mieux répondre à l'appel de la terre! Des sombres forêts de l’Abitibi je crois entendre le cri du sol, c'est un hymne d'espérance qui monte dans mon pauvre coeur d'habitant. . 8
J'étais tout entier à ces reflexions lorsque des voix, d'un autre genre hélas ! s’élèvent du banc d'en arrière :
Anse donc, grand imbécile, tache donc de te taire, hein!
la Polétique, s. et pis, j'ai pas la lansue dans ma poche quand j'ai une petite larme dans le &osier”.,...
Et notre ami de Bacchus de déverser sa bile sur la Conscription, Sir R. et Ses
RTE es mdr nr ee
e (Ici Anastasie a Passé ses ciseaux.) Je me levai. Jeus ce Courage de renoncer à la péroraison du fameux discours.
possible sur le vieux Québec d’où ce pauvre fou vient sans doute de puiser ses flots d’éloquence !
A l’autre bout du Char, je vais repren- ö dre le journal, quitté un instant sur la ban- | quette, et je lis les nouvelles du jour, tandis que le serre-frein, d'une voix monotone et nasillarde à faire grincer les dents, crie aux 1 Voyageurs : St-Isidore, St-Anselme, Ste- À Claire ! |
St-Chrysostôme ! Quelques voyageurs
nouveaux. Un prêtre, aux cheve:;7 grison.
- présenter.”
— . —— nants et à la barbe vénérable, suit. Il porte une soutane à ceinture violette.
Je crois y voir un Evêque Oblat.. Mgr Legal, sinon Mgr Grouard.....
—“Est-ce un évêque, soufflai-je à l’oreille de mon premier voisin ?“ —“Comment! c’est Monsieur le Chanoine Brousseau! l’apôtre de St-Damien, fondateur de deux communautés religieuses, de plusieurs paroisses, c’est un bâtisseur de pays. . Vous ne le Connaissez donc pas ?” — Non, Monsieur, répondais- je, je n'ai pas encore cet honneur. Seulement, c’est pour le rencontrer que je fais ce voyage de quelques cent milles; je me rends à St- Damien dans ce but.” 5 —“Alors, reprit mon voisin, vous êtes un homme heureux, vous n'avez qu’à vous
noine se prête facilement à mes nombreuses questions. De lui j'apprends les durs Commencements de la paroisse de St- Damien, il] Y à quelques trente ans passés, et des paroisses environnantes, alors qu’il était missionnaire de tout ce vaste territoire.
Il fallait une foi et une confiance en Dieu dont les saints ont seuls le secret pour Opérer les Merveilles accomplies dans ce coin de terre du Québec. es
Ici, il n'y avait Pas que la forêt à vainere, mais encore les roches à ramasser. Et Dieu sait s’il Y en a! Je reculai de stupeur le lendemain, quand je voulus, au grand jour, jeter un regard d'ensemble sur la pa-
roisse. Je Compris, à ce moment, toute la
somme d'énergie et de Courage qu'avait de-
mandé le défrichement d'un pareil terrain.
Dire s’il y a des roches! .... Un bon
vieux de l’hospice, me raconta plaisamment M. l’Aumônier à ce sujet, en donna, un jour, la note bien Caractéristique, lorsqu'il assurait à tous ceux qui voulaient l'entendre, qu’on ne pouvait plus en ramasser. pour la bonne raison qu'il n’y avait plus à St-
Damien d’endroit Pour les placer. .
fable ! !
..Inef-
Devant le colon il faut toujours s’incliner avec respect.
Paroissiens de St-Damien, devant vous Fenlève mon chapeau deux fois, car deux fois vous avez été Conquérants du sol.
Malgré tout, j'apprends qu’on y fait de l’industrie laitière avec un succès incontes-
table. L'an dernier, la beurrerie de la paroisse Fapportait, comme profit, la jolie somme de trente Mille piastres et la fromagerie celle de huit mille. Bon résultat pour Un pays de roches !
Mettez ces gens Sur nos belles terres de Ristigouche ! Ils deviendraient avant peu des petits millionnaires. Par contre, que je voudrais voir les nôtres à l’école de ces Vrais pionniers de la terre! Ils remercie-