‹ Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907Chapitre 1 sur 29 · Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907 · texte numérisé non relu

Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907

Lorsqu'il y a vingt-cinq ans, j'allais, pour la première fois, demander à Coppée de s'intéresser à la cause des aveugles, j'étais certain d'obtenir une bonne réponse. Aussi, ce fut sans nulle appréhension que je pénétrai dans la vieille maison, 12, rue Oudinot, traversai la cour au pavé rude sous le pied et tirai le cordon de la sonnette qui faisait résonner — il me semble encore l'entendre — une vraie cloche de couvent.

Je savais, en effet, que Coppée évoquait volon tiers hommes et choses de sa jeunesse — ceux qui vivent beaucoup par le cœur aiment forcément les souvenirs. — Or, ma visite avait été

2 François Coppée et les Aveugles.

annoncée par nn de ses plus anciens amis, un ami de collège, M. Hyacinthe Guadet, et je venais lui parler des aveugles cjuil avait appris à connaître chez le père de celui-ci, Joseph Guadet, hommes de lettres, « Chef de TEnseignement » à rinstitution nationale des jeunes aveugles. Là, toutjeunc homme encore, Coppée, avec un talent de diction qui s'affirmait déjà, avait lu ses premiers vers, la plupart des poésies du Reliquaire, des Intimités; un peu plus tard, Le Passant, C|ui fit sa gloire, et cette fameuse Grève des Forgerons dont on parla tant alors. Quekiues aveugles, professeurs de lettres ou de musicfue à cette École, se trouvaient parmi les invités du Chef de l'Enseignement et n'étaient pas, dit-on, les moins attentifs ni les moins vibrants des auditeurs. La conversation tenait évidemment la plus grande place dans ces soirées très simples et intimes. Coppée s'y montrait dès lors le causeur si gai, si charmant que nous avons connu ; et il paraît que les gens graves et âgés, collègues de Joseph Guadet à la Société d'Histoire de France, etc., laissaient là leurs doctes entretiens pour faire cercle autour du jeune et brillant ami de leur hôte. L'accueil que je reçus de Coppée fut plein d'amabilité et dentrain. Aveugle, ancien élève

de rinstitution du boulevard des Invalides, présenté par Hyacinthe (juadet : il n'en lallait pas tant pour être bien accueilli, le dimanche matin, au petit rez-de-chaussée de la rue Oudinot. Tout de suite affluèrent les souvenirs sur les réceptions de Joseph Guadet, les anecdotes sur le quartier — notre quartier — où tant d'aveugles habitent et circulent.

Nous commencions alors la publication des journaux en relief, la Bibliothèque Braille, le Musée Valentin Haiiy. Coppée me fil expliquer ce qu'avec quelques amis aveugles et clairvoyants nous avions l'intention de faire, le but que nous poursuivions, et comment ces œuvres naissantes, créées sans ressources matérielles, étaient installées, 37, boulevard des Invalides et dans la champêtre rue Rousselet, tout cela plus que modeste, mais les humbles choses n'étaient point pour lui déplaire ; il me promit sa visite. A dater de ce moment, je le trouvai toujours prêt à nous donner un coup d'épaule toutes les fois que nous demandions son appui; avec Maxime du Camp, il fut un des premiers à s'inscrire comme membre de l'Association Valentin Hauy.

Les années passèrent. Lorsqu'on 1896, nousdéci-

4 François Coppée et les Aveugles.

dAmes de lui proposer la présidence de l'OEuvre récemment installée dans la petite maison de l'avenue de Breteuil, il était à la campagne. J'allai le trouver à « la Fraizière », qu'il devait si tôt après être obligé de quitter et dont il a dit avec tant de charme mélancolique :

J'avais cru pouvoir * m'accorder — en récompense de beaucoup de travail — ce petit parc qui semble un coin de ïrianon, ces grands arbres où, pendant mai et juin, l'orchestre ailé me donnait de délicieux concerts, ces étroites allées où j'aimais à marcher lentement, à la nuit tombante, dans lodeur des résédas, ce vaste potag-er, où le poids des fruits, dans les journées d'or de l'automne, faisait craquer les branches, et où le raisin se dorait, le long des murailles, parmi les feuilles poudreuses et rouillées, ces alignements de rosiers de haute tige où, dans la saison, c'était comme un concours entre toutes ces reines de beauté.

Ces clioses m'étaient chères. Je les avais, au passage, pénétrées de mes rêves, je leur avais donné beaucoup de mon cœur. Il faut me séparer d'elles. L'n stupide accident de santé m'oblige, désormais, à

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