‹ Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907Chapitre 2 sur 29 · Adieux à une maison. La Bonne Souffrance · texte numérisé non relu

Adieux à une maison. La Bonne Souffrance

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me tenir près de certains secours ; et mes œillets et mes fauvettes sont trop loin du bistouri.

Un autre \a, les posséder. J'espère qu'il s'y attachera, qu'il aura peut-être même cette illusion que les fleurs qui embaumèrent les promenades d'un poète exhalent une odeur plus exquise, et que les oiseaux qui chantèrent pour le charmer trouvent des chants plus mélodieux.

Ce fut là, en « ces étroites allées », me promenant avec lui «dans l'odeur des résédas », que je lui présentai notre requête. Il accepta simplement, cordialement, comme il faisait toutes choses. « Mais je vous en supplie, me dit-il, ne prenez pas trop de mon temps?... J'ai encore deux ou trois idées dans la tète et il faut c{ue je me réserve la possibilité de travailler, possibilité que tout conspire à enlever au malheureux écrivain quelque peu en évidence. »

Je lui promis que nous n'abuserions pas... Nous tînmes parole, ou du moins je le crois. D'ailleurs, je sais suffisamment, moi chétif, quelle misère c'est d'être dérangé dans le travail, harcelé de demandes, pour ne pas être scrupuleusement discret envers ceux qui, bien plus que moi, sont la proie de tous et manc{uent

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du bienfait de la solitude. Coppée avait un si excellent caractère que jamais je ne le trouvai impatient ou malcontent, rude ou maussade, en dépit de la procession de visiteurs qu'il a si drôlement décrite :

Comme le monde* est mal arrano-é, tout de même! un écrivain arrive à... t'iierchons un mot modeste... à la notoriété? Comment y est-il parvenu? Par son travail. Mais à partir du jour où le voilà célèltre, tout conspire à l'empêcher de travailler. On lui prend son temps, son repos d'esprit. Adieu la bonne llànerie, le rêve fécond.

... Et toute la journée, ding, ding-, c'est la sonnette, c'est le défdé des visiteurs et des quémandeurs. Il essaie de se défendre, de se barricader, donne à la femme de chambre des consignes terribles. Il n'y gagne rien... Le malheureux donne donc avec résignation l'ordre de faire entrer, et se répète mélancoliquement le mot de Théophile Gautier : « Ceux qui viennent me voir me font honneur; ceux qui ne viennent pas me font plaisir. »

], Ma Correspondance, Mox Frax-c-I'arleh, i" série.

François Coppée cl les Aveugles.

En vérité, ce poète avait tout ce qu'il faut pour être président d'OEuvres et président d'une OEuvre telle que la nôtre dont l'action, en tant de circonstances, doit être fort discrète. Son cœur si bon, si chaud, sympathisait foncièrement au malheur. Il savait comprendre la misère digne, courageuse, celle qui se cache, qui ne s'avoue qu'en téte-à-tète, en grande confidence, et lorsqu'on l'a déjà devinée à quelques détails de toilette ou de mobilier.

Il aimait à parler « des petits gens, du petit monde », comme il disait; il excellait à dépeindre les existences laborieuses, restreintes des gens qui gagnent leur vie avec courage et dignité, en maniant l'outil ou en remplissant un emploi, peu importe, car ce n'est pas toujours sous le bourgerou qu'on satisfait le plus durement à la loi du travail. « J'ai manqué de quarante sous jusqu'à vingt-sept ans », a-t-il écrit à Claretie. Par expérience personnelle, il savait ce qu'est un intérieur pauvre, mais dii»nc :

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Mes parents ^ n'étaient pas assez riches pour avoir une servante. Certes non, les pauvres gens! et je me souviens même qu'elles duraient très long-temps, les redingotes à collet de velours de mon père, et que maman faisait assez souvent de petits savonnages. Dès le matin, le pauvre homme s'en allait à son ministère, emportant dans sa poclie un morceau de pain fourré de charcuterie pour son déjeuner; mes deux sœurs — elles étudiaient la peinture — partaient pour leur atelier, et tandis que la cadette, celle qui devait mourir à vingt-trois ans, hélas! et que nous appelions alors u la grosse Marie », finissait le ménage, ma pauvre mère s'installait à son petit bureau, près de la fenêtre, et commençait à copier des mémoires de charpente ou de seriurerie pour les entrepreneurs du voisinage. Or j'étais alors un important personnage de six ans, désigné ordinairement par le sobriquet de « Cicis », un gamin malade vêtu d'un petit caban de drap écossais, à carreaux blancs et rouges, chef-d'œuvre de l'industrie maternelle, dont j'étais très fier. Ma sccur Marie, bien que déjà elle se rendit utile à la maison, n'avait que trois ans de plus que moi, et d'aussi jeunes enfants avaient besoin d'exercice et de grand air.

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