Le Citant du rossignol. Mon Franc-Parler, 3' série
un éclat vil", un dessin précis. Leur odeur aussi s'exalte. Le soul'fle du soir, très léger, emporte l'haleine des roses. Le long- de Tallée, les borduies d'dMllets blancs semblent une neige parlumée. L'heure est exquise. 11 flotte dans Tair une paix profonde.
L'un après l'autre, les oiseaux se taisent. En haut du grand sapin, la tourterelle encore une lois roucoule. Le brave sifflet d'un merle, le gai guilleri d'un pinson brusquement se sont éteints ; et il y a même, en leurs notes joyeuses, comme une tristesse d'adieu. Sous un buisson, le babillage d'une i'auvette s'endort, s'est endormi. L'air fraîchit. Dans l'azur plus foncé, les planètes jettent des feux de diamants. Quel calme!
Alors, dans le silence enchanté, dans la nuit enfin venue, dans la fraîcheur et dans les parfums, — tout seul, pour la gloire de son nid et de ses amours, solennellement, — // prélude.
Ce sont des notes longuement poussées, à la fois tendres et douloureuses, ayant la langueur angoissante d'une plainte et l'ardente profondeur d'un soupir. Elles se succèdent, se liant sans se confondre, comme la rythmique harmonie des lames, par un temps très pur. Puis, tout à coup, à plein gosier, pris d'ivresse et de génie, il chante, il laisse
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déborder son âme on folles mélodies, Toiseau du bois sauvage, le sublime virtuose des nuits de printemps !...
Qui me parle de la Patti? J'étais à ses débuts, dans le Barbier: j'entends encore sa voix de cristal, limpide et légère, comme l'éclat de rire d'un enfant. Et je retrouve aussi, par un effort de mémoire, la jouissance aiguë, presque émouvante que m'a donnée le contre-fa de la ?silsonn, toute jeune, dans La Fliile enchantée.
C'était admirable, certes! Mais la voix des cantatrices n'avait à emplir qu'un théâtre clos et couvert, qu'un espace restreint. Le rossignol, lui, chante en plein air, et rien n'égale l'intensité, la puissance de ses merveilleuses vocalises. L'autie fois, par ce paisible soir de juin, il s'est vraiment surpassé. On eût dit que toute la nature était charmée par lui. La majestueuse immobilité des grands arbres paraissait attentive, et les astres grossissants semblaient se rapprocher pour mieux l'entendre.
Vous connaissez la jolie légende allemande, qui raconte qu'un moine resta pendant cent ans, assis sous un chêne, à écouter un rossignol. X'ai-je pas éprouvé, l'autre soir, les sensations du moine de la légende? Merci, petit oiseau à (jui je dois un instant d'extase !
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Car la vie est triste. A chaque pas, la réalité nous heurte et nous hlesse, nous parle d"égoïsme et de misère. Chante, rossignol, chante! Enivre-moi de rêve et de musique. Permets-moi d'ouhlier, en cette heure printanière et nocturne, que les lois de la nature sont impitoyahles. Rappelle-moi que, dans la malheureuse humanité, presque tous, comme toi, ont connu, au moins pendant quelques mois de mai, la joie d'aimer, la chaleur du nid, et qu'ils ont éprouvé rémotion sacrée dont est pénétré mon cœur de vieux sentimental, en écoutant ton chant d'amour monter éperdument vers les cieux.
14 juin 1894.
Rappelons-nous maintenant que chez Guadet, vers 1860, précisément à lage où se i'orment la mentalité et la manière de considérer les choses, Coppée rencontrait plusieurs aveugles intelligents et cultivés. Dans ce salon, très simple, les causeries étaient variées, familières; Coppée observait beaucoup ses interlocuteurs aveugles, les interrogeant curieusement. Et peut-être que ce contact avec des artistes très sensibles aux manifestations auditives, olfactives et tactiles ont eu quelque influence sur la particulière attention que, dans ses notations si pénétrantes des
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choses de la nature et de la vie, il apporte aux impressions de Touïe, de l'odorat et du toucher. Je m'abuse peut-être, mais quand je redis : Fin d'été, il me semble que cette petite pièce si « prenante » a dû lui être inspirée par un de ces fugitifs changements d'atmosphère qui viennent parfois, en plein été, rappeler et faire pressentir la mélancolique saison vers laquelle on s'achemine... sensation atmosphérique dont nous autres aveugles ressentons vivement la pénétrante impression.
L'oiseau reste muet i puii>(iu'il n'a plus de nid Dans le trou du vieux mur dont s'écroule la brèche. Nous faisons sous nos pas craquer la feuille sèche. Comme le soir vient tôt! Comme le bois jaunit!
La nature et nos cœurs ont un frisson subit. Dès le soleil tombé, monte une brume fraîche. Octobre est loin encore, mais comme il se dépèche Ah! mon amour! L'été s'en va, l'été finit!
Mets ces dernières fleurs, maîtresse, à ton corsage, Et, devant ce déjà si triste paysage.
Asseyons-nous tous deux sur le bord du chemin.