‹ Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907Chapitre 16 sur 29 · Un Discours à la Jeunesse. Mon Fkanc-Pahlku. l"' série · texte numérisé non relu

Un Discours à la Jeunesse. Mon Fkanc-Pahlku. l"' série

François Coppée et les Aveugles.

poursuis de ta plainte importune. Tu as tort. Mon devoir est de ne pas encourager la mendicité. Dans un avenir prochain, — compte là-dessus et bois de l'eau, — nous aurons réformé le pacte social, et tu passeras à la caisse. Pour patienter, procure-toi, chez Germer-Baillière, plusieurs in-octavo à sept francs cinquante centimes (prix fort), où les auteurs démontrent victorieusement qu"il serait immoral que je te donnasse deux sous. Adieu. Le temps me presse; car je suis attendu dans une Commission parlementaire qui s'occupe, depuis cinquante ans à peine, de l'extinction du paupérisme. » — Eh bien, franchement, jaime mieux le Sermon sur la Montagne, et je ne crois pas encore venu le moment dabolir la morale évangélique. Sans compter, ô monsieur Aulard, que le sans -culotte Jésus, conme l'appelait Camille Desmoulins, fut, en fait de socialisme, un illustre précurseur, et que la parabole des ouvriers de la dernière heure est autrement radicale que la théorie des trois-huit.

On pourrait aisément multiplier de telles citations; mais elles suffisent... Et ce bon sens, brillant au tant que robuste, s'épanouissait aux séances du Conseil de TAssociation Valentin Hauy.

Certes, Coppée n'avait, non plus, aucune pré-

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tention en matières budgétaires, administratives ou contentieuses. Il disait gaiement : « Je n'entends rien à tout cela... » 11 n'en est pas moins vrai que sur toutes nos affaires il avait un avis sage et éclairé. Il présidait avec bienveillance et entrain, toujours conciliant, je l'ai dit, et disposé à l'indulgence; d'ailleurs parlant peu et faisant surtout parler les autres.

L'atmosphère de concorde, d'entente, de charité, pour tout dire d'un mot, qu'on respire dans notre OEuvre lui plaisait fort. Il n'y trouvait pas d'amour- propres individuels, de rivalités se mettant en travers du bien à faire, il aimait à voir qu'à l'Association Valentin Haïiy on travaille vraiment « pour le bien des aveugles », et non dans le but de faire de l'effet, du bruit, des réclames personnelles, u à propos des aveugles ».

Un des derniers actes de la présidence de Coppée, et l'un des plus importants, fut la décision relative à l'achat d'un terrain, rue Duroc, et à la construction de la maison qui abrite aujourd'hui les œuvres multiples de l'Association Valentin Hauy. La chose s'imposait impérieusement; un Conseil d'Administration d'une prudence moins ombrageuse eût, depuis longtemps, pris cette décision; mais on ajournait on cher-

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cliait des coml3inaisons, redoutant toujours d'immobiliser un capital trop considérable. Coppée avait senti que l'heure était venue de faire ce pas décisif dans la vie de TOEuvre dont le développement si important pour le bien des aveugles se trouvait entravé par le manque despace. On l'a dit souvent : « Rien ne se fait sans argent » ; il est aussi vrai de dire : rien ne se fait sans espace. Si dans les œuvres on doit s'attacher à proscrire rigoureusement toute dépense inutile, il faut savoir discerner et décider les dépenses, les installations exigées par leur bon fonctionnement. Faute d'avoir su ou pu faire ces sacrifices pénibles mais nécessaires, on subit des pertes de temps, des manques de précision, des doubles emplois, etc., qui, sans cesse répétés, finissent par coûter très cher en nuisant au bon fonctionnement de rOEuvre et ne lui permettent pas de donner les résultats attendus. Parfois, il faut un véritable courage pour engager ces dépenses : pour peu que l'on soit timoré, on se demande anxieusement si l'heure est venue de les faire. Puis on se sait en butte à la critique de ceux qui, n'ayant pas le goût d'examiner à fond la question, n'aperçoivent pas l'utilité de « Tarmalure », du <c squelette » des choses, et voudraient qu'une

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maison pût se construire sans fondations ni charpente cachée, qu'une macliine à vapeur pût fonctionner sans brûler de charbon....

Cette nouvelle <( Maison des aveugles )> que Coppée avait souhaitée, dont il avait étudié, approuvé les plans, qu'il décrivait avec tant d'entrain le 21 avril 1907 — la dernière fois qu'il a parlé en public — cette Maison, il ne lui aura pas été donné de la voir en pleine activité, débordante de vie et de mouvement comme elle l'est aujourd'hui. Il eût aimé pourtant cette activité de notre grande usine de travail intellectuel pour le bien des aveugles. Quelle pittoresque description il eût faite du mouvement qui règne à tous ses étages, de la vie qu'on sent, qu'on entend circuler dans tous ses organes! Comme il eût pris plaisir à voir monter, descendre, aller, venir, par ces escaliers et ces dégagements, qu'avec tant de raison il avait réclamés larges et lumineux, tous ces aveugles, tous ces clairvoyants amis des aveugles qui viennent travailler au bien des aveugles... Hommes et femmes du monde, membres de la Commission de Patronage, venant recevoir dans nos petits parloirs les protégés dont ils s'occupent, chercher dos provisions pour un malade qu'ils iront visiter, ou se renseigner

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dans un des sept mille dossiers qui garnissent les casiers de la Salle de Patronage. Lecteurs de la Bibliothèque Braille montant au second étage, un énorme volume sous le bras, pour changer leurs livres; bibliothécaires, aveugles comme les lecteurs, se hâtant de ranger les ouvrages rendus et cherchant ceux demandés, préparant les envois pour la province, pendant que retentissent les sonneries électriques, les « allô, allô » des téléphones intérieurs, que résonnent les pianos d'études sur lesquels s'exercent les apprentis accordeurs, et que roule le monte-charge plein de livres de la Bibliothèque, de paquets du vestiaire, ou le monte-lettres transmettant d'un étage à l'autre les dossiers des patronnés. Puis ce sont les ouvriers et ouvrières venant livrer leur travail : l'un conduit par sa femme et pliant sous la charge de quelque dix mille cornets à tabac; un autre guidé par un gamin et emportant sur son dos une chaise à canner; d'autres chargés de brosses, de paillassons; une mère de famille apportant ses tricots, que sais-je?

Par ici, dans le grand escalier, on croise une femme élégante apportant aimablement au Bureau des copistes le cinquième et dernier volume du nouveau roman de Bazin qu'elle vient de

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transcrire en Braille. Et nos réunions d'aveugles, le dimanche, où notre grande salle Raigecourt est pleine, où les invités de l'A. V. H. sont si joyeux de se trouver réunis sous son toit amical... Coppée, hélas! ne pourra être témoin de cette vie, de cette joie qui l'eût rendu si heureux! Non, nous ne l'aurons jamais plus parmi nous...

En septembre dernier, après un séjour en Bretagne qui lui avait fait du bien, il rentrait à Paris avec de l'espoir. Sachant la construction achevée et les agencements intérieurs en bonne voie, il voulut compléter sa visite d'avril faite alors en plein chantier. 11 m'avait donné rendez-vous chez lui, et nous finies ensemble, causant de l'avenir de l'OEuvre, le trajet de la rue Oudinot à la rue Duroc. Il visita toutes choses, du sous-sol à la grande terrasse qui surmonte la maison. La disposition si moderne et commode de la Bibliothèque Braille l'enthousiasma spécialement; sur la terrasse, il fit une vraie station, se reposant en regardant les jardins de notre quartier, son domaine. Il avait presque retrouvé sa bonne gaieté; nous combinions déjà l'inauguration pour décembre, il se promettait bien d'y faire « un petit speech », comme il disait gaiement...

En décembre, hélas! l'implacable maladie avait

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fait trop de progrès, et cette inauguration, sous la forme projetée avec lui, n'a jamais eu lieu.

Par cette installation définitive — si tant est que quelque chose puisse être définitif en ce monde — le siège de l'Association Valentin Haûy se trouve fixé sur la rive gauche et dans ce quartier des Invalides que Coppée a connu de tout temps, qu'il a habité la plus grande partie de sa vie, quartier qu'il aimait, dont il a si souvent et si bien i)arlé.

Vive ma vieille rive gauche * où le passant a quelquefois un livre sous le bras, un rêve ou une pensée dans le regard.

J'habite aujourd'hui de ce côté, je suis revenu là, poussé par un irrésistible attrait; car le Parisien est plus fidèle qu'on ne croit à ses souvenirs d'enfance et ^arde un sentiment attendri pour son quartier natal. Il y avait à cette époque-, sur ces lointains boulevards, de magnifiques ormes qui ont été coupés pen-

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