I. Maman \unu. Contes en prose
•2. Vers 1818.
François Coppée et les Aveugles. 47
dant le siège, de vieux bancs de bois vermoulu, des fossés pleins d'herbe et des réverbères à potence datant du Paris révolutionnaire, des réverbères à pendre Taristocrate. C'était un lieu mélancolique, presque agreste, très solitaire. On n"y rencontrait (juc de rares invalides, — ancien modèle, — avec l'habit bleu à pans retroussés et le grand tricorne à cocarde, porté en bataille, ou des pauvresses à cornettes de nonnes et à fichus croisés sur la poitrine, qui vivaient de la charité des hôtels et des couvents du faubourg Saint-Germain, tout proche, et qui, dans la journée, se chaufTaient sur les bancs au soleil.
Mon père ', homme de flânerie et de rêve, aimait les longues promenades dans les quartiers solitaires. Nous partions, ma petite main dans la sienne, et, d'instinct, il allait vers les espaces mélancoliques, vers le Champ de Mars ou l'Esplanade, qui étaient proches de chez nous. Sur les boulevards — alors presque déserts et encore champêtres — qui rayonnent autour de l'École militaire, nous lencontrions, de temps en temps, un couple de pioupious ou quelque vieux débris des anciennes guerres, en casquette à cocarde, qui clauticait sur sa béquille et promenait