‹ Pour les Aveugles! Discours Prononcés aux Assemblées Générales de L'Association Valentin Haüy Pour Le Bien Des Aveugles De 1897 a 1907Chapitre 6 sur 29 · Paris. Longues et Brèves · texte numérisé non relu

Paris. Longues et Brèves

22 François Coppée et les Aveugles.

Volupté des parfums ^. — Oui, toute odeur est fée. Si j'épluche, le soir, une orange échauffée. Je rêve de théâtre et de profonds décors ; Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors, Dans la forêt d'hiver les chasseurs faire halte; Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte Répand, infect et noir, autour de son chaudron, Je me crois sur un quai parfumé de goudron. Regardant s'avancer, blanche, une g-oëlette Parmi les diamants de la mer violette.

De cette correspondance intime entre les vers de Coppée et les aveugles, je veux pour preuve le succès obtenu auprès d'eux par celles de ses OEuvres transcrites en points saillants. La Bibliothèque Braille, riche maintenant de vingt-cinq mille volumes, possède bon nombre de ses ouvrages : ils sont toujours en main; Ton doit s'inscrire longtemps d'avance pour en obtenir un.

Oui, Coppée sait « respirer », sentir, toucher même. Rarement ses descriptions sont purement visuelles : s'il nous parle du lilas, on s'aperçoit qu'il n'en jouit pas seulement par les yeux et qu'il a goûté aussi son parfum, sa fraîcheur.

En musique, s'il n'est pas « grand clerc » —

l. Promenades et inle'rieurs. Les Humbles.

c'est lui qui le dit — ce n'est pas faute de finesse d'ouïe. Il vit beaucoup par l'oreille, il sait entendre, <<■ écouter ». Les sons et même les bruits, tout cela lui dit quelque chose.

Et nous choisirons ' les routes tentantes, Sous les saules gris et près des roseaux, Pour mieux écouter les choses chantantes, Moi, le rhythme, et toi, le chœur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées Que le fleuve bat de ses flots parleurs. Nous vous trouverons, choses parfumées.

Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

L'endroit est charmant 2, et si paisible! A peine, de temps à autre, le roulement étoulï'é d'une voiture qui passe dans les rues du vcisina^e ; puis, à des heures régulières, quelques notes de clairon, à gauche, dans la cour d'une caserne mitoyenne, ou bien deux ou trois coups de cloche, à droite, dans le couvent prochain. Les nouveaux emménages des maisons d'alentour commencent par se préoccuper de toutes ces sonneries. Ils arrivent à s'y connaître,

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