Proverbe russe
ceront à s'approcher, les Tartares, convaincus que nous sommes tous là, sortiront. Et pendant ce tempSj nous les culbuterons des deux côtés. Voilà, mes enfants. Et si nous tuons ceux-là, plus personne à craindre. Nous serons les tzars nous-mêmes.
Ainsi firent-ils. Comme ceux du milieu s'avançaient avec Yermak, lesTartares, poussant des cris, sortirent. Alors les assaillirent, sur la droite, Ivan Koltzo; sur la gauche, Thetman Metcheriak. Les Tartares, épouvantés, prirent la fuite, et les Cosaques les tuèrent. Au centre, personne n'avait osé résister à Yermak. Ce fut ainsi qu'il entra dans la ville de Sibir, où il s'installa comme un tzar.
Chez Yermak arrivèrent les tzars avec des salutations ; et les Tartares affluèrent dans Sibir, Koutchoum avec son gendre, Mamedkoul, craignant de marcher droit sur Yermak, rôdaient aux alentours, et guettaient l'occasion de le perdre.
Au printemps, au moment des grandes crues, des Tartares vinrent trouver Yermak, et lui dirent :
— Mahmedkoul va marcher contre toi, il a réuni une armée nombreuse ; il est sur la rivière Vaha.
Yermak, avec des Cosaques, franchit ruisseaux, maiviis, forêts, rivières, s'approcha furtivement, tomba soudain sur Mahmedkoul et lui tua beaucoup de monde. Même il prit Mahmedkoul vivant, et l'emmena dans Sibir, Peu de Tartares refusèrent de reconnaître son autorité ; ceux qui ne s'étaient point soumis, il les battit Tété suivant ; et sur rirtis, et sur TObi, Yermak conquit tant de terre, qu'en deux mois on n'en eût pas fait le tour.
Dès qu'il eût conquis toute cette terre, Yermak envoya un courrier h Strogonov avec cette lettre :
« Moi, écrivait-il, j'ai [)ris la ville de Kout-
102 POUR LES ENFAîsTS.
choum, fait Mameclkoul prisonnnier et soumis le peuple entier. Mais j'ai perdu beaucoup de Cosaques. Envoyez-nous du monde^ ce sera plus gai pour nous. Ici^ la bonne terre s'étend à l'infini. »
Et il joignait a sa lettre de précieuses fourrures^ renards et martres zibelines.
Deux années se passèrent. Yermak occupait toujours la Sibérie ; mais les renforts n'arrivaient pas de Russie^ et il ne lui restait plus beaucoup de monde.
Un jour, le Tartare Karatcha lui envoya un courrier :
« Nous nous sommes soumis a toi, disait-il, mais les Nogaïs nous attaquent. Envoie tes braves à notre secours. Nous conquerrons ensemble les Nogaïs. Nous ne ferons pas de mal à tes braves, nous le jurons. »
Yermak eut foi dans leur serment, et laissa partir Ivan Koltzo avec quarante hommes.
A peine ils arrivaient, que les Tartares se jetaient sur eux et les tuaient. Ce qui réduisit encore le nombre des Cosaques.
Une autre fois, des marchands de Boukharie envoyèrent dire à Yermak qu'ils s'étaient réunis pour apporter des marchandises dans sa ville de Sibir, mais que Routchoum barrait le chemin avec ses troupes, et ne leur permettait pas de passer.
Yermak prit avec lui cinquante des siens, et partit pour ouvrir le chemin aux Boiikhars. Il arriva aux bords de l'Irtis : pas de Boukhars. Il s'arrêta pour passer la nuit.
Il faisait nuit noire, et il pleuvait. Comme les Cosaques venaient de se coucher, des Tartares, sortis on ne sait d'où, se jetèrent sur les dormeurs, et se mirent a frapper. Yermak, se levant, lutta énergiquement. Blessé au bras d'un coup de couteau, il courut se jeter dans la rivière. Les Tartares le poursuivirent. Il était déjà dans les (lots. Mais on ne put l'atteindre.
Son corps ne fut jamais retrouvé ; et personne ne sait comment il est mort.
Le lendemain arrivèrent les renforts du Tzar russe ; et les Tartares ne tardaient pas à se soumettre.