LES CRISTAUX
Si tu verses du sel dans Teau, et que tu les mélanges, le sel se dissout, et se dissout de telle sorte qu'on ne le voit plus. Mais verse encore et encore, à la fin le sel cessera de se dissoudre, et tu auras beau Tagiter, il restera toujours une poudre blanche dans Teau.
L'eau s'est saturée de sel; elle n'en peut plus prendre.
Mais si tu chauffes l'eau, elle en prendra
encore, et le sel que n'aura pas dissout l'eau
froide, Teau chaude le dissoudra. Si tu verses encore du sel, même Teau chaude nen prendra plus ; et, si tu chauffes davantage, Teau s'évaporera, et le sel restera.
Ainsi, pour tous les corps solubles dans Teau, il existe une limite au delà de laquelle Teau ne peut plus dissoudre. Chaude, elle dissout mieux les corps que froide ; mais Teau chaude, une fois saturée, ne les prend plus ; les corps demeureront, tandis que Teau s'en ira en vapeur.
Si, après avoir saturé Teau de salpêtre en poudre, et surajouté du salpêtre, tu chauffes et laisses refroidir le tout, sans mélanger, le salpêtre en excès ne tombera pas en poudre au fond de Teau, mais, s'agrégeant en petits prismes hexaèdres, il tapissera le fond et les côtés.
L'eau saturée de salpêtre, si tu la laisses sur le feu, s'évaporera, et le salpêtre en excès se condensera également en prismes hexaèdres.
L'eau une fois saturée de sel ordinaire et chauffée jusqu'à évaporation, le sel en excès, au lieu de se réduire en poudre^ s'agrégera en petits cubes. Si tu satures l'eau de sel et de salpêtre ensemble, salpêtre et sel en excès ne se combineront pas, mais se condenseront chacun suivant sa nature, le salpêtre en prismes, le sel en cubes.
Si tu satures l'eau de chaux ou d'un autre sel, ou de quelque autre corps, chaque corps, une fois l'eau évaporée, se condensera suivant sa nature, l'un en prismes trièdres, l'autre en octaèdres, celle-ci en petites briques, celui-là en étoiles. Et ces cristaux se retrouvent divers dans tous les corps durs. Les uns sont parfois grands comme la main; telles certaines pierres qu'on rencontre dans la terre. D'autres fois, ces cristaux sont tellement menus, qu'on ne les distingue pas à l'œil nu ; mais chaque corps a les siens propres.
Lorsque les cristaux commencent à se for-
mer dans Teau saturée de salpêtre^ si tu casses avec une aiguille le bord d'un de ces cristaux, sur le bord cassé viendront s'agréger de nouvelles particules de salpêtre pour reconstituer exactement la forme normale, — prisme hexaèdre. De même pour le sel et tous les autres corps, jusqu'aux plus petits grains de poussière, qui se tournent et s'agrègent du côté qu'il faut.
Même phénomène quand la glace se forme.
Le flocon de neige vole ; — tu ne vois en lui aucune forme arrêtée ; mais qu'il se pose sur quelque chose de foncé et de froid, — sur le drap, sur la fourrure, — et tu distingueras des contours précis : tu verras une étoile, une figure hexagonale. Ce n'est pas au hasard que la vapeur, en se congelant, se dépose sur les vitres ; à mesure qu'elle se congèle, elle se condense en étoiles.
Qu'est-ce que la glace? C'est l'eau refroidie et solidifiée. Quand l'eau passe de l'état li-
qiiide à Tëtat solide, elle se condense en cristaux, et la chaleur se retire d'elle. De même, pour le salpêtre, quand il se résout en cristaux, de lui se retire la chaleur. De même, pour le sel, pour la fonte de fer, passant de Tétat liquide à Tétat solide. Quand un corps liquide se solidifie, il perd sa chaleur et se condense en cristaux. Mais lorsque de solide il redevient hquide, le corps reprend sa chaleur ; de lui se retire le froid, et les cristaux se dissolvent.
Prends de la fonte de fer, et laisse-la refroidir ; prends de la pâte chaude, et laisse-la refroidir; prends de la chaux vive, et laisse-la refroidir : il se dégagera de la chaleur. Prends de la glace, et fais-la fondre : il se dégagera du froid. Prends du salpêtre, du sel, n'importe quel corps soluble dans Feau, dissous-le dans Teau : il se refroidira. Pour glacer les sorbets, on verse du sel dans Teau.
LE MAUVAIS AIRi
Au village Nikolskoïé, le jour de la fête, les gens étaient allés à la messe. Il ne resta, dans la cour du barine, que la vachère, le staroste^ et le garçon d'écurie.
La vachère s'en fut au puits chercher de Teau. Le puits se trouvait dans la cour même. Elle voulut tirer le seau dehors, mais ne put le retenir: il lui échappa, heurta contre