‹ Pour les enfantsChapitre 42 sur 52 · LE VIEUX PEUPLIER · texte numérisé non relu

LE VIEUX PEUPLIER

Depuis cinq ans, notre jardin était abandonné. Je louai des ouvriers avec des haches et des pelles, et je me mis moi-même à travailler avec eux dans le jardin. Nous élaguions ferme, coupant les branches sèches, les sauvageons, les arbustes et les arbres superflus. Plus haut que tous avaient grandi, étouffant les autres arbres, les peupliers et les putiets (merisiers à grappes).

Le peuplier se propage parles racines: im-

possible de Tarracher ; il faut couper les racines dans le sol. Derrière Tëtang se dressait un grand peuplier de deux brasses de tour. Autour de lui s'étendait un champ, que ses rejetons couvraient tout entier. J'ordonnai de les couper: je voulais égayer l'endroit; je voulais surtout soulager le vieux peuplier, pensant bien que tous ces jeunes arbres venaient de lui, tiraient de lui la sève.

Cela me navrait parfois de voir couper dans le sol leurs racines humides de sève. Un petit peuplier, surtout... nous nous mîmes à quatre pour l'arracher après l'avoir coupé ; impossible de le tirer. Il résistait de toutes ses forces, il ne voulait pas mourir.

Je pensai :

— Il faut évidemment qu'ils vivent, puisqu'ils tiennent si fortement à la vie.

Mais je devais élaguer, et j'élaguai. Après, quand il était trop tard, j'appris qu'il n'eût pas fallu les anéantir.

J'avais cru que les rejetons liraient la sève du vieux peuplier, et c'était tout le contraire. Lorsque je les coupai, le vieil arbre déjà se mourait. Lorsque ses feuilles s'épanouirent, je m'aperçus qu'une de ses maîtresses branches était nue ; et le même été, elle se dessécha. Elle dépérissait depuis longtemps déjà, et elle le savait, et elle avait infusé sa vie dans ses rejetons.

C'est pourquoi ils croissaient si vite, si dru ; et moi, pour soulager le vieux peuplier, j'avais tué tous ses enfants.

LE PUTIET (Merisier à grappes)

Un putiet avait grandi sur le sentier de la coiidraie, étouffant les noisetiers de son ombre. J'hésitai longtemps a le couper : cela me serrait le cœur. Ce putiet croissait non en arbuste^ mais en arbre ; il avait environ trois verchoks d'épaisseur et quatre toises ^ à peu près de haut, — fourchu^ touffu et tout couvert de fleurs blanches^ brillantes^ odorantes.

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