‹ Pour les enfantsChapitre 8 sur 52 · Terme de chasse. Chercher · texte numérisé non relu

Terme de chasse. Chercher

prunelles ; quand tous ces fruits sont mûrs, et que les premières gelées les font tomber, les sangliers s'en gavent et engraissent.

En ce moment, le sanglier est si gros qu'il ne peut courir longtemps devant les chiens. Quand il est poursuivi depuis deux heures, il se dérobe dans un fourré et s'y abrite. Alors les chasseurs Ty suivent, et tirent. Les abois des chiens indiquent si la bête est arrêtée ou lancée : lancée, les chiens aboient avec un cri, comme quand on les bat ; arrêtée, ils aboient comme après un homme, en hurlant un peu.

Ce jour-là, je courus longtemps sans réussir à croiser la voie d'un sanglier. Enfin j'ouïs les abois traînants et les cris des chiens courants, et je m'élançai de ce côté. Je me trouvais déjà assez près d'un sanglier 5 j'entendais déjà un grand fracas dans l'épaisseur du fourré : c'était la bête servie par les chiens ; mais on devinait, aux aboiements, qu'ils ne l'avaient

pas encore assaillie^ et qu'ils tournaient seulement autour d'elle.

Tout à coupj un bruit frappa mon oreille derrière moi ; je me retournai et j'aperçus Boulka. Il fallait qu'il eût perdu les chiens dans la forêt et se fût fourvoyé ; mais à présent il entendait leurs abois et accourait rapidement, comme moi, dans leur direction. Il galopait à travers la clairière, dans Therbe haute ; je ne voyais de lui que sa tête noire et sa langue serrée entre ses dents blanches.

Je l'appelai, mais il me dépassa sans regarder derrière lui et se jeta dans le fourré. Je l'y poursuivis; mais plus j'allais, plus le hallier s'épaississait. Les branches m'arrachaient mon bonnet, me cinglaient la figure ; ma veste s'accrochait aux épines des ronces. Je me rapprochais des aboiements, mais je ne pouvais rien voir.

Soudain^ j'entendis les chiens aboyer plus fort ; quelque chose craqua, et le sanglier.

ayant repris haleine, se mit à grogner. Je crus comprendre en même temps que Boulka Favait joint et se démenait avec lui. Je rassemblai mes forces poitr arriver plus vite, à travers le fourré, sur le théâtre de la lutte. Au plus profond du hallier, j'aperçus, aboyant et hurlant, un chien courant au poil tacheté et, à trois pas de lui, quelque chose de rioir qui se tortillait.

Lorsque je fus plus près, j'entrevis le sanglier, et Boulka se mit à crier furieusement. La bête, avec un grognement, marcha sur le chien courant, qui recula, la queue entre les jambes. Je voyais tout le côté du sanglier et sa tête; je visai et tirai.

J'avais frappé juste : grognant, faisant craquer les branches, Tanimal s'enfuit loin de moi dans l'épaisseur du fourré. Les chiens criaient, aboyaient, suivaient sa trace ; moi je më jetai dans le fourré derrière lui.

Voici qu'à mes pieds j'aperçus et entendis

quelque chose. C'était Boulka allongé sur le flanc, il poussait des cris ; sous lui, une flaque de sang. Je pensai : « Mon chien est perdu. » Mais j'avais un autre souci, et je poussai plus loin.

Bientôt le sanglier m'apparut. Les chiens Fassaiflaient par derrière ; lui leur faisait tête d'un côté, puis de l'autre. A ma vue, il fondit sur moi. Je tirai mon second coup presque à bout portant, si bien que les soies de l'animal prirent feu sur lui ; il grogna, chancela, et de tout son poids frappa lourdement le sol.

Quand je m'approchai de lui, le sanglier était déjà mort; a peine, par-ci par-là, un gonflement, un dernier frisson. Les chiens, hérissés et furieux, lui déchiraient le ventre et les cuisses, ou lappaient le sang de sa plaie.

Je me souvins alors de Boulka, et retournai le chercher. Il se traîna à ma rencontre en gémissant ; j'accourus près de lui, et, me baissant, j'examinai sa plaie. Il avait le ventre

décousu ; ses boyaux pendaient sur les feuilles sèches.

Lorsque mes compagnons m'eurent rejoint, nous lui remîmes l'intestin en place et cousîmes sa plaie. Pendant que nous lui cousions le ventre, perçant sa peau avec l'aiguille, il ne cessait de me lécher les mains.

On lia le sanglier à la queue d'un cheval, pour l'emporter hors de la forêt ; on mit Boulka en croupe, et l'on rentra ainsi à la maison. Boulka fut malade six semaines, puis il guérit.

Page 1