LES FAISANS
Au Caucase, les poules sauvages s'appellent des faisans. 11 y en a tant, qu'elles coûtent moins cher que les poules domestiques.
On chasse les faisans au chevalet, à Tembuscade et au chien courant.
Voici comment s'opère la chasse au chevalet. Tu prends de la toile à voile, tu la tends sur un châssis ; au milieu du châssis, une latte; dans la toile à voile, un trou. C'est le chevalet, ce châssis tendu de toile à voile.
Avec ce chevalet et un fusil, tu t'en vas, dès Taube, en forêt. Portant devant toi le chevalet, tu observes les* faisans pat le trou de la toile. C'est l'heure où ils vont par la campagne quêtant leur nourriture. Tu rencontres parfois une famille entière, — la poule et ses poussins, — parfois^ un coq avec sa poule, ou plusieurs coqs ensemble.
Les faisans ne voient pas l'homme ; ils n'oiit pas peur dé la toile à voile, et ils laissent le chasseur arriver à portée. Celui-ci plante alors debout son chevalet, sort par le trou le canon de son fusil, et tire au choix.
Pour la chasse à Tembuscade, tu lances dans la forêt un petit chien de basse-cour, et tu le suis de près. Lorsque le chien trouve un faisâîij il court sur lui ; le faisan vole sur un arbre et le chien se met à japper. Le chasseur accourt et tire.
Cette chasse serait facile, si le faisan se posait sur un arbre isolé et a découvert. Mais il
choisit toujours l'arbre le plus touffu, au plus épais du bois, et, dès qu'il aperçoit le chasseur, il se dérobe dans les branches ; presque toujours, il est malaisé de pénétrer dans le fourré jusqu'à Tarbre où le coq reste branché, et malaisé de Tapercevoir. Quand le chien est tout seul à japper, le faisan n'a pas peur ; il se dresse sur sa branche, fait le beau et bat des ailes pour narguer le chien ; mais qu'un homme s'approche, aussitôt le gibier s'aplatit ; seul, un chasseur expérimenté saura le distinguer; le novice passera à côté sans rien voir.
Lorsque les Cosaques, d'un pas furtif, ont approché un faisan, ils s'enfoncent leur bonnet sur la figure, et évitent de regarder en l'air ; car si cet oiseau a peur d'un homme armé d'un fusil, il a surtout peur de ses yeux.
La chasse au chien courant se fait, voici comment. On prend un chien courant et l'on s'engage avec lui dans la forêt. Le chien va
flairant, reconnaît ainsi les endroits où les faisans ont passé à l'aube et mangé, et examine leurs traces. Quelque soin qu'ils aient mis à brouiller leurs voies, un bon chien sait toujours reconnaître la dernière. Plus il marchera sur la piste, plus elle s'échauffera; il arrivera ainsi à Tendroit où le faisan, dans la journée, s'est arrêté dans l'herbe, ou à la voie qu'il vient de prendre. Une fois à proximité, quand son odorat semble lui révéler que le gibier est devant lui, le chien ralentit de plus en plus son allure, de peur de Teff^aroucher, puis s'arrête pour bondir brusquement et le happer. Quand le chien va le saisir, le faisan prend l'essor et le chasseur tire.
MILTON ET BOULKA
Je m'étàs procuré^ poor ébatsser le faisan* rm ebieo ctmraDL U S^jçpefadt MîheHà grand, ma^re. tacheté de prris, loi^BeslëTres^ losgses oreiU^ très fort et 1res iolefligefiL MibMi et Bcndka ne se mordaient pas. Jamais diien ne moBira les dents à Boolka; loi n'ayait qaà montrer les siemes, et les chiens se sauvaient, la qoeoe entre les jambes.
Un jour, je partis aux ùisans arec HHion. Toot a coop9 Bofdka me rqoçnit dans b fio-
rêi. Je voulus le chasser, mais inutilemeni:. Le ramener k la maison, c'était bien loin. Persuadé qu'il ne me gênerait pas, je me remis en marche ; mais à peine Milton eutil senti dans les herbes et quêté un faisan, que Boulka se jeta en avant et se mit à fureter dans tous les sens, désireux de lever le gibier avant Milton. Ayant entendu quelque chose dans Therbe, il bondit, se tortilla. Mais il n'avait pas le nez bon, et n'eût su, tout seul, trouver la voie ^ ; alors il regarda Milton et courut le rejoindre. Dès que Milton eut empaumé la voie, Boulka sauta en avant. J'eus beau le rappeler, le battre, je n'en pus rien obtenir. Aussitôt que Milton commençait sa quête, il se précipitait et l'empêchait. Je songeais déjà à revenir au logis, croyant ma chasse gâtée, lorsque Milton, plus avisé
1. Terme de chasse. On dit que les chiens empaument la Voie quand, rencontrant la piste, ils la suivent avec ardeur. (Littré).
que moi 5 imagina un moyen de tromper Boulka. Voici comment il s'y prit. Dès que Boulka bondissait en avant^ il abandonnait la piste, se tournait d'un autre côté et faisait semblant de quêter ; Boulka se précipitait vers lui ; mais Mil ton 5 me regardant et frétillant de la queue, reprenait aussitôt la vraie piste. De nouveau Boulka revenait sur Milton et le dépassait, et de nouveau le chien courant, trompant son compagnon, faisait dix pas à droite ou à gauche, puis revenait me mettre dans la voie. C'est ainsi que, pendant toute la chasse, il donna le change à Boulka, sans jamais lui permettre de gâter les choses.