‹ Pour lire au bainChapitre 1 sur 63 · PARIS ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR

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BIBUÛTHECA

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tf est-ce pas que Vheure du bain est pour vous, exquises Parisiennes, Vheure charmante entre toutes f plus charmante même que celle...

Dans la petite chambre tendue de soie fleurie ou de nattes dorées, sous le miroir heureux du plafond qui regarde le désordre çà et là des jupons gonflés encore, du bas de soie noire pendu au barreau de la chaise et de la chemise fripée dont les chers plis se souviennent, vous vous abandonnez avec un délice d'évanouissement à la tiède étreinte de l'eau ; languissantes, rêvant une rêverie faite d'espérances sans doute, de réminiscences peut-être, tandis que de la bai-

gnoire d'albâtre neigeux ou de faïence rose craquelée émane une buée d'arômes qui est comme lavaporisation de votre chair mouillée et vous enivre de vous-mêmes ! Les yeux mi-clos, le cœur qui s'ouvre; pas tout à fait le sommeil, mais tout à fait le songe; un songe lent où se mêlent, dans une brume qui leur donne un lointain d'idéal, la dernière pi*omenade matinale au Bois, presque un rendez- vous, la visite chez le couturier, — comme elle vous ira bien, cette robe de peluche bleu pâle toute fleurie de fleurs d 'acacia t — le bal de Madame de Soïnoff où la princesse était vraiment fagotée, et les valses du cotillon, moins cérémonieuses, quand les bras serrent un peu plus étroitement, qusiid les souffles sont plus prochez, ces valses qui, même interrompues, laissent les mains dans les mains. Parfois aussi passe à travers votre pensée un visage de jeune homme, avec des lèvres qui sourient et des yeux qui doivent bien pleurer. S'il était là, celui qui vous aime? là, devant vous, âge-

nouille, tendant les bi'as, balbutiant les divines paroles qui supplient? Dans le bienêtre infini où se fondent votre corps et votre âme, une mollesse vous conseille les muets consentements, les abandons qui ferment lei yeux. Ah! s'il était là! Vous ne fuyez pa , Veau amoureuse qui vous presse toute d 'une seule caresse. Aucune résistance. Le glissement dans Vextase. Vous acceptez votre défaite avec d'autant plus d'heureux nonchaloir que vous savez bien qu'elle n'est pas réelle;votre pudeur s' accommode d'une faute chimérique, qui ne semble pas moins douce; et tendrement mourantes, les cils tremblants sur vos prunelles éteintes, vous achevez longuement votre rêve, renversant un peu la tête, une main appuyée au rebord de la baignoire.

Alors, quelquefois, après le songe enfui, dans le repos de l'esprit surmené par l'illusion, il serait plaisant de lire un livre. Mais quel livre? Ils effaroucheraient votre délicate langueur, ces romans brutaux qui

traînent au grand jour, sanglante ou souillée de fange, l'humanité moderne. L'œuvre digne d'être feuilletée par vos jolis doigts mouilles devrait être pareille à votre rêverie elle-même, la continuer sans la distraire. Non pas ambitieuse et de très longue haleine, mais faite de tout petits contes, — votre femme de chambre déjà frappe à la porte en disant : « Madame veut-elle sortir du bain? » — il faudrait qu'elle fût dtoucement vague, un peu triste et si tendre, mondaine, certes, poétique aussi, perverse par instants, puisque vous êtes très subtiles, chaste le plus souvent , parce que vous êtes très chastes en effet, amoureuse toujours! et qu'elle mêlât aux langoureux récits quelques folles histoires ; car l'eau de la baignoire, secouée par votre rire, fait un joli clapotement contre la faïence rose craquelée ou l'albâtre de neige. Mais ce livre, que j'essayerai en vain d'écrire, quel poète aussi féminin que le divin Amarou, dont l'âme avait vécu dans les corps de cent femmes, quel poète voué

le donnera, ô exquises Parisiennes, qui jaillirez fa Veau tout à V heure en éparpillant de claires gouttelettes, perles pour dous avoir touchées, larmes de vous quitter!

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