LE DUEL
Elles résolurent, Mariette et Marianne, de vider leur querelle dans un duel à mort. Aussi bien la situation n'était plus tenable ! Puisque leur amant ne voulait renoncer ni à l'une ni à l'autre, — oh! combien je le loue, et combien je l'envie î — et puisqu'elles ne pouvaient pas, elles, se résigner à un trop cruel partage, le mieux était d'avoir recours à un dénouement sanglant. A Marianne ou à Mariette appartiendrait tout entier le veuf de Mariette ou de Marianne. Soit ! voilà qui est dit. Les armes? des fleurets démouchetés, le lieu ? ce boudoir même, témoin de la provo-
î POUR LIRE AU BAIN
cation, et, pour seconds, les images des deux combattantes dans les deux miroirs de Yenisè enguirlandés de blanches verdures et où l'on voit des Golombines baiser le masque d'Arlequin.
En un instant elles furent dévêtues. Marianne n'avaitplus que sa chemise d'alençon et son pantalon de soie rose; Mariette n'avait plus que sa chemise de malines et son pantalon de soie bleue.
En garde l
Elles se considérèrent avant de croiserle fer.
Elles se trouvaient, — épaules nues et bras nus, avec le remûment ferme de la gorge sous la blancheur transparente, — bien belles et si délicieusement séduisantes. Quoi ! l'une d'elles, dans un instant, serait une forme inerte et froide qu'aucun baiser, désormais, ne ferait tressaillir ?
A cause même de leur beauté, la rage leur revint au cœur ! moins violente pourtant chez Marianne qui, en admirant son adversaire, avait une tendresse dans les yeux,