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LE MARDI-GRAS AU TILLAGE

avait mis en étalage des costumes de débardeurs, de bergères des Alpes, de pierrots, et des loups de satin fripé, des masques grotesque», des faux nez énormes. Sans doute quelque bal aurait lieu dans le salon de cent couverts du pâtissier de Villemomble. Il regardait Tétai carnavalesque, d'un air qui s'intéresse. Très inquiet d'ailleurs! car midi venait de sonner, et Juliette ne se montrait pas. Ohl cette fenêtre fermée ! mais il se souvenait que Juliette lui avait dit : € Avec patience. » Il regardait toujours — ou faisait semblant de regarder — les faux nez, les masques, les déguisements. Il s'aperçut enfin que la marchande l'observait avec défiance. Qu'est-ce que c'était que cet étranger qui « reluquait » ainsi la vitrine, et n'entrait pas, n'achetait rien, ne louait, nen? Il craignit de donner à penser, de compromettre Juliette. Pour justifier sa présence, il poussa la porte du magasin, et, après avoif hésité entre divers objets, finit par choisir, — tout en pensant au joli nez rose de Juliette

et au s<y»*ire promis, — un gigantesque et extraordinaire nez de carton peint, un nez rouge, bleu de ciel, vert pomme, où s'épanouissaient comiquement de colossales verrues, un nez devant qui s'esclaffent les gamins crieurs de chienlit. Il emporta son emplette, dans un journal et se remit à faire les cent pas. Midi et demi ! la fenêtre toujours close ! Est-ce que Juliette avait oublié, ou bien exagérait-elle sa cruauté accoutumée, la coquette, jusqu'à lui refuser l'aumône d'un sourire ? Pendant qu'il allait et venait sous lèvent, le nez de car ion, dans le journal secoué et déchiré par la bourrasque, l'agaçait singulièrement. Il avait bonne envie de le jeter dans quelque coin ; il n'osait pas, craignant d'être vu ; et il ne cessait pas de se promener avec patience. Enfin ! Enfin ! il ne se trompait pas : le rideau d'une fenêtre s'était agité ; un ébranlement de serrure annonçait qu'elle allait s'ouvrir. Quelques secondes encore, et il verrait le sourire de Juliette, ce sourire si joli, si tendre, qui lui

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