‹ Pour lire au bainChapitre 9 sur 63 · MARDI-GRAS AU VILLAGE · texte numérisé non relu

MARDI-GRAS AU VILLAGE

Juliette lui avait dit, entre deux portes, pendant que, dans le salon, les gens graves jouaient au whist : c Demain mardi, je vais chez mon grand-oncle à Villemomble. Puisque vous dites que vous m'aimez, puisque vous avez cette folie de ne pouvoir passer une journée sans me voir, allez à Villemomble vous aussi, demain. Promenez-vous dans la seule rue, sous la fenêtre de mon grandoncle. La maison est à côté d'un magasin de mercerie. Promenez-vous avec patienctr^Moi, vers midi, j'entr'ouvrirai la croisée, etjeyoiïs sourirai de loin ! Un sourire, c'est beaucoup

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plus que vous ne méritez. » C'était plus qu'il n'avait jamais osé désirer. Le lendemain, bien avant midi, il était dans la grande rue â<3 V'iiemomble, faisant les cent pas, regardant passionnément la fenêtre où Juliette apparaîtrait. Un vent très froid lu3 cinglait le visage, lui emmêlait les cheveux, lui jetait partout de la poussière humide et de petits cailloux. Il ne s'inquiétait guère du vent ; il eût bravé des cyclones !

Qu'importe ce que peut un nuage des airs Nous jeter en passant de tempête et d'éclairs!

Est-ce qu'il ne la verrait pas, dans un instant, là, au-dessus de lui, souriante? Le seul espoir de ce sourire, — car elle a des dents de petit chat qui mord ! — le payait des ennuis de l'attente ; et il aimait les cailloux qui lui déchiraient la peau. Il marchait toujours le long des maisons, attendant. Les passants le considéraient avec surprise. Pour se donner une contenance, il s'arrêta devant la boutique de mercerie où, à cause du carnaval, on

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