‹ Pour lire au bainChapitre 12 sur 63 · L'AYANT-GARDE · texte numérisé non relu

L'AYANT-GARDE

Elles l'adoraient, toutes les deux, lui seuil Une folie d'amour avec des ruses de caprice et des emportements de passion. Il y avait des gens pour affirmer que l'aventure s'achèverait par un duel : rencontre au pistolet, à vingt pas, ou croisement d'e'pées, un matin, dans une clairière de Meudon. Il est certain que Madame de Lurcy-Sevi allait quatre fois par semaine chez Caïn, et Madame de Graçay chez Ruzé, tous les jours.

D'où avait pu venir à ces prudentes mondaines, toujours maîtresses d'elles-mêmes, une fantaisie aussi excessive, qui troublait leur

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vie, désordonnait leurs habitudes, comme un coup de vent ébouriffe au coin de la rue la coiffe et les cheveux d'une servante? M. de Queyras, sans nul doute, était homme du monde, l'attitude élégante, le meilleur tailleur de Paris, assez jeune, avec de beaux yeux. Mais, des yeux comme les siens, les deux amoureuses en avaient vu sourire et pleurer bien d'autres 1 N'importe, c'était pour ceuxlà qu'elles se mouraient de tendresse etse consumaient de désir. Leur amour s'exaspérait-il de leur rivalité, précisément? On inclinait à le croire et cette hypothèse n'avait rien d'improbable. Les femmes convoitent volontiers, avec fureur, ce qu'elles eussent désiré à peine si d'autres n'en avaient eu envie. Prendre, ce n'est pas toujours amusant; voler, c'est exquis. Elles ne se plaisent à être reines qu'à la condition de détrôner. Madame, faites semblant de m'aimer, pour que votre amie m'adore; et, si vous me donnez votre main à baiser, je puis espérer ses lèvres! Chacune des deux rivales eût tout offert, tout livre',

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