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LE PORTRAIT

Madame Thérèse d'Albereine est presque aussi belle que le portrait où Garolus Duran l'a représentée blanche et d'or sur un fond rouge, avec le déroulement opulent de sa chevelure rousse, lèvres de sang, épaules nues et la gorge crevant le corsage.

Même elle serait tout à fait aussi belle, si elle daignait se montrer dans le costume hardi du portrait, chute d'étoffes mal rete* nues par des mains lasses, déshabillement da mondaine en bacchante.

Mais Thérèse d'Albereine est aussi chaste, en personne, qu'elle l'est peu en peinture; et

le portrait, auquel elle a consenti naguère dans une intention ignorée, le portrait qui révèle tout ce qu'elle dérobe, est caché aux regards dans le mystère d'un boudoir lointain.

Pieuse, dévote même, elle remplit avec fermeté ses devoirs de religion, va aux offices, se confesse, communie. Très austère, visage grave; cœur froid, le corsage montant.

Mariée, elle n'a pas aimé son mari; veuve, elle n'a point d'amour, écartant d'un sourire étonné et d'un geste qui s'ennuie, les empressements trop tendres et les respectueux saluts, exagérés, qui seraient bientôt, si on les laissait faire, des agenouillements d'amour C'est en vain que Chérubin lui chanterait sa romance ; elle baiserait, sans qu'un trouble lui vînt au cœur ni aux sens, l'haleine de Don Juan évanoui après le naufrage ; et si le comte Almaviva roucoulait sa sérénade sous la fenêtre, elle ferait jeter quelque monnaie à ce musicien qui passe.

Elle n'a jamais prêté l'oreille aux débau-

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