LE PORTRAIT
chés sub^ls qui retrouvent, pour faire convoiter et pour conseiller de troublantes délices, la voix insinuante et lente, à peine entendue et si vite comprise, du Serpent dans les branches; elle ne plaint même pas les amoureux ingénus qui croient encore aux marguerites effeuillées où ils mettent une rosée de larmes.
Ceux qui sont morts pour l'amour d'elle dorment dans des tombes dont elle ignore le chemin ; il ne serait pas convenable qu'elle allât au cimetière, puisqu'ils y sont couchés.
Vainement aussi, les Damnées effrénées, dévoratrices des vierges et des épouses, lui ont envoyé des bouquets de fleurs pâles, mouillées encore des pleurs de rage de leurs nuits sans repos et toutes chaleureuses de leurs seins écrasés dans de vaines étreintes.
Elle suit son chemin, sans trouble, à travers les désirs, les amours, les rêves tumultueux, pareille au courant de neige fondue des froides Aréthuses ; elle sourit, poussant le dédain jusqu'à l'indulgence.
Mais Bertille, la soubrette, en passant, un soir, a entendu une voix derrière la porte du boudoir lointain, une voix qui s'eptrecoupait de prières et de sanglots; et, curieuse, elle a mis l'œil au trou de la serrure.
Un beau jeune homme — habit noir et la branche de lilas à la boutonnière — était à genoux devant le portrait peint par Garolus Duran, où Madame d'Albereine se dresse blanche et d'or sur fond rouge, avec le déroulement opulent de sa chevelure rousse, lèvres de sang, épaules nues, la gorge crevant le corsage.
Et ce jeune homme, agenouillé dans une extase douloureuse, les yeux pleins de pleurs, tendant les bras vers la magnifique image ou se frappant la poitrine, c'était Madame d'Albereine elle-même, — en habit noir, le lilas a la boutonnière, — qui répétait, haletante : «Thérèse, Thérèse, éternellement, je ^ous aime ! »