SES LÈVRE
Ses cheveux? lui demandai-je.
— Ses cheveux! dit Valentin, ils ne ressemblent ni aux reflets de l'or, ni aux rayons du soleil, car l'or est froid, car le soleil est terne; mais, radieux et chauds, et brûlant les doigts et brûlant les yeux, blonds, ici, comme le sauterne, et, là, jaunes comme les vieux cognacs, et plus loin se tordant en couleuvres de braises, ils sont un énorme incendie ramassé, et il en émane, impérieuse, une soûlerie si perv rse, que le Diable, certes, a dû faire cette chevelure, — le Diable, habilleur de c ôurtisanes et coiffeur de belles filles pour
la mascarade humaine, avec les flammes de son plus infernal bûcher, de celui où sont châtiées les Luxures.
— Son front? lui demandai-je.
— Son front ? dit Valentin. Il est, étroit et pâle, l'air d'un bandeau de neige qu'elle se serait mis au-dessus des sourcils pour apaiser la brûlure montante des désirs.
— Son nez? lui demandai-je.
— Son nez ? dit Valentin; je lui ai voué ce quatrain frivole :
Sur sa pe*ite face rose
Agitant ses ailes de chair,
Son nez comme un oiseau se pose,
Impertinent, la queue en l'air!
— Ses yeux ? lui demandai-je.
— Ses yeux ? dit Valentin. Si l'on mettait au cœur des topazes brûlées une goutte de diamant où sommeillerait, quintessencié, tout l'éblouissement de toutes les étoiles, les topazes ressembleraient à ses yeux, peut-être.
— Ses joues? lui demandai-je.
— Ses joues ? dit Valentin. Gomme elle est