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SOUS LES LAURIERS ROSES

sements de lion, que Bottom eût enviés, et des roucoulements de colombe, qui eussent attendri Lysandre ; la nymphe demeurait immobile dans le sommeil comme un lys qui serait pris dans de la neige.

Alors, le petit faune s'étant mis à pleurer, le duc Thésée eut pitié du demi-dieu-enfant et tira son étincelante épée qui avait si souvent retenti sur les armures dans les batailles ; rudement, il en frappa une roche qui était là et qui sonna terriblement dans l'air : on eût dit qu'un duel de héros et de dieux se ruait à travers les branchages, et l'écho hurla comme un guerrier blessé ! Mais les paupières de l'hamadryade ne frémirent même pas, statue tombée dans l'herbe.

— C'est qu'on s'y prend mal, dit la reine des Amazones.

Elle se rapprocha du duc Thésée, puis, longuement, ardemment, le baisa sur les lèvres I La nymphe, au bruit du baiser réveillée, mit ses bras charmés au cou du jeune faune.

AU VINGT ET UNIÈME SIÈCLli

C'est l'heure du tour du lac. Les deux adorables épouses, étendues sur les coussins de la voiture, s'emmitouflent dans les fourrures, et les cheveux de Laure sont tout en or, et les cheveux de Jane sont d'ébène bleu comme l'aile des corbeaux, sous la clarté fraîche du soleil d'hiver. Il y a bien des jour3 qu'on ne les a vues, trois mois entiers. Après la belle fête de leurs noces, où fut convié tout le Paris illustre et mondain, — leur union était, non seulement celle de deux exquises créatures, mais c'était l'union aussi de deux familles princières, — elles sont allées cacher,

dans un château de Bretagne, près de la mer, les premières délices de leur bonheur. Longue et trop courte lune de miel 1 Maintenant, elles sont de retour, elles rentrent dans le monde; la foule élégante, heureuse de les revoir, les considère et les salue avec un tendre respect. Car leur amour a sa légende, noble et attendrissante. On sait qu'elles se sont longtemps aimées, avant de pouvoir avouer qu'elles s'aimaient; que leurs parents, — par des raisons d'intérêt, — ne voulaient pas consentir au mariage. S'adorant, elles auraient pu se révolter, s'enfuir. Mais c'étaient d'honnêtes fiancées qui voulaient se conserver intactes pour le lit nuptial. Elles ont eu, malgré leur désespoir, la patience des passions fraies. Et c'est à force de résignation douloureuse et de muettes prières qu'elles obtinrent enfin d'être l'une à l'autre ! Atause Je cette légende, on les aime et on les honore, lous se découvrent lorsqu'elles passent, et des chuchotements sympathiques, de toutes parts, le** environnent. On a tort de

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