L'IMAGE QUI PARLE
Faute de miroir, Amymone, la petite dryade, n'était pas sûre d'être jolie! Elle s'était bien aperçue, l'enfant déesse, que les faunes s'inquiétaient d'elle et la guettaient à travers les branches, et que les fleurs se penchaient vers elle avec une langueur attendrie, et que, dans les feuilles de son arbre, les rossignols chantaient plus amoureusement que dans les autres arbres. Mais il se pouvait que les faunes eussent mauvais goût, qu'à cause du vent seul s'inclinassent les fleurs, et que les rossignols n'entendis?Qn\ rien à la beauté des nymphes. Une fois, sor
tant de la forêt, elle s'arrêta sur le bord d'une roche et se mira dans l'eau de la mer, qui, là, sous le ciel bleu, luisait unie et claire comme l'eau d'un lac tranquille. Elle eut un geste d'étonnement et de dépit ! Gomment, elle était laide à ce point ? C'était ses cheveux, ces crins verts, humides et gras comme des algues? C'était sa bouche, cette grosse bouche aux dents larges, et sa peau, cette peau couleur de phoque, et son oreille, cette oreille poilue d'herbes, semblable à un énorme coquillage ? Mais le jeune dieu marin, qui lui riait à travers l'eau, éleva hors de l'onde sa tète ruisselante d'écume.
« Ce que tu vois, c'est ma face, dit-il, ce n'est pas ton visage ; et si tu veux te connaître telle que tu es, il faut que tu t'approches et que tu te mires longuement, belle dryade, dai*^ mes yeux ! »
L'ËDREDON
A cause de l'édredon ils ont une grande querelle, ce soir, avec des caresses et des rires, la petite épouse et le jeune époux. Lui, dont un sang chaleureux brûle les veines et gonfle le cou, il est tout haletant sous l'enveloppement du duvet, et voudrait l'écarter ; mais elle, dans sa pudeur frileuse, s'y pelotonne et s'y cramponne de ses dix doigts acharnés.
— Il est si lourd !
— Non, très léger!
— On étouffe !
— Je grelotte .
"Qriwer- ...
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Et ^e sont, parmi des colères qui s'amu sent, de longs débats, et presque une lutte où les bras heureux s'enlacent, et le cri d^s chatouillements imprévus, et la réconciliation du baiser. 0 doux combats du lit conjugal, quand la lune de miel, encore, monte délicieusement dans le nuage des rideaux à l'horizon de l'alcôve! Enfin la petite épouse triomphe, et, sous la caressante lourdeur, elle s'endort, lentement, le nez seul hors des draps. Elle dort? Le mari suit son projet! Peu à peu, se gardant bien de rire de peur qu'elle ne s'éveille, il soulève l'édredon et le tire, le tire, le fait glisser, le pousse, le regarde s'épandre sur le tapis dans une chute molle. C'est fait 1 il respire à pleins poumons 1 Mais elle va trembler de froid sans doute, la frileuse dormeuse, et déclore la paupière, et se plaindre ? Non, point du tout. Bien que l'édredon ne soit plus sur le lit, elle sent une tiédeur lui vêtir tout le corps de délices ; dans un sourire d'infini bien-être s'épanouit aa bouche où luiseut les dents ravies ; etdou-