AU GRAND GALOP
La nuit, au flanc du mont, sur la route descendante, dans un bruit torrentiel de branches qui se cassent et de pierres qui roulent, ils fuient au grand galop de leurs bêtes affole'es, l'amant et la maîtresse, éperdumentl et dans l'essoufflement de la vitesse, ils ne cessent pas de parler.
— Ils nous rejoindront, dit-il.
— C'en est fait de nous, dit-elle.
— S'ils nous tuent, tant mieux 1
— Oh! oui, oui, qu'ils nous tuent !
— Mais non, ils ne nous tueront pal.
— Pourquoi donc?
— Ils savent que vivre sans toi...
— Oh! désespoir!...
— Me serait plus cruel que mourir sans toi...
— Oh! mourir ensemble!
— Et ton mari nous épargnera...
— Hélas!
— Toi, parce qu'il t'aime I
— Je l'abhorre !
— Et moi, parce qu'il me hait.
Ils se taisent dans l'emportement redouble de la fuite.
— Tu es certain, reprend-elle, que pas un espoir ne nous reste?
— Pas un.
— Pas un refuge ?
— Pas un.
— Et nous vivrions sans nous voir?
— Jamais.
— Eh bien! mourons!
— Ah! je le veux, cria-t-il.
— Ecoute. Au bas de cette route...
— Le précipice s'ouvre, énorme, effroyable.