‹ Pour lire au bainChapitre 61 sur 63 · LE TORTIL · texte numérisé non relu

LE TORTIL

Par quel caprice de Fille aux Yeux d'Or avait-elle voulu, ce soir-là, que le baron s'enveloppât, sur la chemise enrubannée, d'un peignoir de guipure qui boutfe en bouillons légers, tandis qu'elle-même mettait les habits de son amant ? Ah l le souper subtil et fou, si près de l'alcôve. La taille prise dans le frac noir qui serre, le plastron à trois diamants invraisemblablement renflé, le col droit montant jusqu'aux mignonnes oreilles, elle découpait, versait à boire, attaquait, toute rieuse, avec de viriles impatiences, le convive féminisé qui feignait des pudeurs, et c'é-

!-b POUR LIRE AU BAIN

laient les lèvres roses, où pas même un duvet ne tremble, qui volaient des baisers aui moustaches.

Mais, tout à coup, des coups frappés à la porte, et ces paroles de Louisette à travers le bois :

— Madame, madame! tout est perdu, Monsieur est arrivé ! La voiture s'arrête devant la porte. Le temps de monter les quatre étages, il sera ici !

Car il y a encore — aa dix-neuvième siècle t — des maris qui conservent la détestable coutume des retours imprévus. Vainement beaucoup d'entre eux ont été avertis, par de fâcheuses expériences, des inconvénients qu'offre presque toujours une telle conduite ; cela n'empêche pas certains époux d'y persévérer; et il y a bon nombre d'hoJimes, fort intelligents à d'autres points de vue, gens du monde, — incapables de faire, comme on dit. des pas de clerc, — qui s'avigent de mettre la clef dans la serrure do domicile conjugal, quand on les croit à deux 00

Page 1