‹ Pour retrouver l'enfantChapitre 8 sur 8 · AUX LUEURS DU FOYER · texte numérisé non relu

AUX LUEURS DU FOYER

Nul feu n'y tarira ce qui doit ruisseler.

Et qui sait maintenant si la demeure est sûre,

Portant peut-être au cœur la secrète fissure

Dont elle doit bientôt tout entière crouler?...

Que faire ? Je ne puis y rallumer la flamme,

Rallumer le soleil des anciens jours joyeux:

Un tel flot de douleur a roulé sur mon âme,

Que malgré moi souvent il m'en revient aux yeux !

LA VOLX

— « Chrétien de peu de foi, sans amour ni vaillance!

Pauvre homme trop humain, qui ne vois rien du Ciel !

Tu regrettes ton fils: fais-en une espérance!

Tu le perds chaque jour : fais-en de l'éternel !

Tu ne sais point prier. Donnas-tu ta souffrance.

Cette agonie, au Dieu qui fait mourir la mort?

Qui veut s'agenouiller se relève plus fort.

Tu ne sais point prier, ne sachant te soumettre:

Si tu t'étais soumis, tu vivrais consolé.

Si tu croyais, chrétien, comme tu dois, le Maître

Des résurrections, te rendant l'exilé,

Eût rassuré ta nuit d'un réveil étoile.

Mais tu gardes le goût de la tombe sans gloire !

Rensevelis tes morts chaque jour de ta main,

Et, tout à tes regrets, puisque tu ne sais croire,

Pleure !...Tu peux pleurer, pauvre homme trop humain!»

— Tais-toi ! tais-toi ! Qui donc es-tu, voix si cruelle ? Ma mère et mon enfant vivent... J'espère et crois. Mon orgueil s'est souvent courbé devant la Croix, Tu le sais!... Quand on aime, on se tourne vers Elle. Le Dieu qui m'a frappé pouvait seul me guérir,

Et j'ai vu dans mon cœur mes chers Morts refleurir. Mais il faut bien se faire à leur nouvelle vie: On ne peut plus les voir qu'en pensée, et nos yeux, Nos pauvres veux de chair, surpris et soucieux,

— Pardonne leur faiblesse! excuse leur envie ! — Sevrés de leur amour, s'affligent... Tous nos sens, Nos lèvres et nos bras, réclament leurs absents. Nesoni-ils point créés pour nous donner aux autres? Comment s'aimer, s'unir entre cœurs, sans baiser? Ah! comprends mieux — le temps pouvant seul Tapaiser — Le drame intérieur qui suit l'adieu des nôtres !...

Pourtant me voici sage, appliqué de mon mieux. Viens ! ne me quitte plus, mon beau mystérieux! Je veux m'accoutumer à vivre avec des âmes. Je t'aime, comme il faut t'aimer, brûlant de foi, Sans pleurs, je te promets, si c'est toi qui me blâmes... Je vais même essayer un sourire pour toi !

VERS L'AUTRE HORIZON

O bonheur! se cloîtrer dans son logis, au fond De sa province calme, et là, fenêtres closes, Les rideaux sourds tirés, libre et dépris des choses, Etouffer tous les bruits que les vanités font!

Ne rien voir que la lampe étoiler le plafond

Dans des flots d'ombre, autour, ouatant la solitude ;

Se blottir, affranchi de cette servitude

De la foule, où le cœur se disperse et se fond !

yO POUR RETROUVER L ENFANT

Ne plus connaître rien des passions troublantes, Se replier sur soi, compter les heures lentes Dans un silence, où sage, à l'abri des intrus,

On file sa pensée ainsi qu'une quenouille,

Où, sans crainte des sots railleurs, on s'agenouille

Avec la grande foi des âges disparus!...

Pourtant parfois, passant ténébreux, tu ramènes, En tirant du sommeil des cendres le tison, Les soucis des chemins au cœur de ma maison, Mauvais vent tourmenté, chargé de voix humaines !

Oh! dehors, ce galop des rafales, ce son

De tocsin, ces clameurs d'ivresse ou décolère !

Oh ! ce souffle envieux qui s'insinue, et flaire

Ma lampe, à ma lumière osant mettre un frisson!

VERS L AUTRE HORIZON . 71

Mon repos du foyer, pourquoi me le détruire De tes cris de fureur ou de ton méchant rire ? Cesse, cesse de battre à mon seuil en émoi !

Je ne veux rien savoir des désirs de la terre !

Qui t'empêche un instant, vent jaloux, de te taire,

De me laisser, ce soir, seul chez moi, bien à moi ?...

Heureusement déjà l'obscur chasseur, funeste Au grand repos des nuits où nous aimons songer, S'en va plus loin, avec sa meute, voyager... — Et voici le silence enfin, presque céleste,

Un silence où plus rien n'arrive d'étranger, D'inquiétant, dans l'air immobile, où ne reste Plus de parole, plus un souffle, plus un geste... Un silence où Ton croit que rien ne peut changer.

Mes sens sont morts au monde, et, seule, ma pensée

En secret se recueille et vit, débarrassée

De tout Taffolement des hommes, triste et vain,

Tandis qu'autour de moi, comme une mer immense, Le silence s'étend formidable et divin... Et l'entretien avec le Mvstère commence...

Quand le noir Séraphin, sur ton front se penchant, Cueillit ton âme fine à la fleur de ta bouche, Et soudain l'emporta sur son aile farouche Dans des lointains profonds, là-bas, vers le couchant.

Tel nous enveloppa l'infini du silence...

Mais alors, exalté parla douleur, sachant

Que le cœur peut trouver tout ce qu'il va cherchant,

Mon amour s'est lancé sur cette mer immense,

VERS l'autre horizon yS

Et d'un suprême effort pour rejoindre raimé, Avec des vœux au Dieu qui frappe et des louanges, J'ai sur le sombre flot si fortement ramé,

Que, par delà l'abîme et ses ombres étranges, J'ai pu voir, sous un ciel d'aurore rallumé, Avec toi, mon enfant, chanter un réveil d'Anges!

Silence inoubliable, où moi-même, à demi

Mourant, j'ai vu s'ouvrir les portes solennelles.

Où me courbant, mon Dieu, sous vos mains paternelles.

Vous m'avez révélé tous vos secrets d'Ami!

J'avais déjà bien vu s'éteindre des prunelles ; Mais jusqu'au fond jamais ma chair n'avait frémi. Gomme à ce chevet blanc d'un enfant endormi. D'avoir touché si près aux choses éternelles!

Et depuis — voilà tout mon bonheur! — bien souvent,

Croyant encor donner la main à mon enfant,

J'aime, aux longs soirs pensifs, conseillers d'espéranc^

Sous la voûte d'un ciel grave, mystique et bleu.

Errer au bord des mers profondes du silence.

D'où la mort et Tamour m'ont mené jusqu'à Dieu !

Je t'en conjure, ô cher petit agnel exquis,

Reviens vite au bercail tout simple, où tu naquis.

Là-Haut, chez le bon Dieu, c'est plus beau... Tout de mêm

Ici, c'est la maison de ton papa qui t'aime.

Et vois ! pour ton retour mon seuil s'est bien lavé.

Viens, parle ! assure-moi que je t'ai retrouvé !...

Viens par ici, chez moi ! Sans bruit, la porte close, Nous rêverons tous deux, tout seuls. — Là-bas, on cause, On chante, on rit. Ce sont tes sœurs. Le clavecin Laisse sous leurs doigts prompts s'échapper en essaim Le chœur tourbillonnant de ses notes dansantes. Pardonne à ces gaîtés de leur âge, innocentes.

Qui ne peuvent savoir tout ce que nous savons : Toi-même as-tu connu tant de pensers profonds, Lorsque tu partageais leurs jeux et leur folie ? Ne crois pas pour cela que mon foyer t'oublie : Tu vois bien, mon joli, qu'en mon cœur déchiré Tu restes douloureusement le préféré !

Viens chez moi, par ici ! Je t'offre du silence, De l'ombre, ce qui plaît pour toute confidence Intime, C(L'ur à cctur... Parle-moi ! Parle-moi ! J'essaierai de monter, plus digne, jusqu'à toi, Belle Ame ravonnanic et haute, sans entraves... La mort reste entre nous, qui nous a rendus graves !

Dis, je ne me mens pas ? Dis, ma fleur de printemps,

Ce qui me parle en moi, c'est bien toi que j'entends ?

C'est que, vois-tu, je fais de mon mieux; je m'applique

Pour te comprendre encor sous ta forme angélique ;

Mais je souffre à ne plus te toucher de mes mains,

A ne plus t'admirer avec mes veux humains !

Que du moins je te sente à plein cœur ! Je t'appelle.

J'ai soif de toi ! Telle est ma solitude, telle

Ma détresse, ù doux sire, ô maître de mes jours,

Qu'il faut m'aimer, qu'il faut descendre à mon secoursî..]

VERS L AUTRE HORIZON

Rappelle-toi... jadis!... ces nuits d'ombre et de crainte,

Où sur rhuile tremblait la lueur presque éteinte :

Tu t'éveillais parfois, mais tu ne disais rien,

Voyant sur toi penché ton fidèle gardien,

Et tu te rendormais, calmé par mes paroles.

A ton tour, mon enfant, fais que tu me consoles :

D'une chanson du Ciel, ô cher petit jongleur

Du bon Dieu, viens bercer, assoupir ma douleur !...

Rien de plus: un journal déplié sur ma table... Et voilà tout d'un coup — vision formidable ! — Qu'à mon foyer — avec des milliers de rumeurs, La palpitation de milliers d'autres coeurs — Roule crûment, devant mon âme endolorie, Ce que le fleuve humain dans un seul jour charrie D'infamie et de fange ou de haine et de sang...

Mais sentant ta présence, ô mon bel innocent, Comme un rais de soleil, se coulant par la vitre. Soulignait le scandale ou le crime au gros titre, Par scrupule et respect pour toi, je l'ai caché. Le messager impur, comme on cache un péché...

Et je songe, mon fils ! mon fils! qu'à cette vie,

Qu'à tout ce flot brutal de souillure et d'envie,

Par l'appel des plaisirs dans tous tes sens troublé,

Ton cœur d'adolescent se fût un jour mêlé !

Avec ta fibre d'or si délicate et tendre,

Que de choses il t'eût fallu souffrir d'entendre !

Et dans ce tourbillon perdu, pour remonter

Le courant mauvais, comme il te faudrait lutter!

Ou cet ami, ce beau petit enfant candide

Que tu fus, qui survit glorieux et me guide,

Tu devrais le laisser mourir derrière toi,

Pour devenir un homme, un pécheur comme moi!

Tes mains, ton corps entier, ont gardé leur noblesse;

Tu n'as pas à rougir, déchu, d'une faiblesse.

Et je regrette moins ta fuite ; je me dis :

« Cela vaut mieux peut-être ainsi. Le Paradis

L'a reçu frais encor de l'eau de son baptême:

Je n'ai plus rien à craindre ici que pour moi-même;

Le divin Jardinier de notre fleur prend soin... »

Avec vous, mon enfant, comme le siècle est loin !

?iK

Voilà mon rêve, bien simple :

Rentré de classe, Chaque soir, ici, près de moi, tu prendrais place Gentiment, écolier raisonnable et zélé.

Sous la lampe on verrait ton front auréolé S'incliner, studieux, sur l'énigme d'un livre. Du coin de l'œil, furtif, j'aimerais à te suivre Dans les détours secrets d'un vieux texte latin : Pour t'aider dans ta chasse à saisir ton butin. D'un conseil en passant j'éclairerais ta route, Et peu à peu, sortant de la brume et du doute, A ton appel, par la vertu de ton effort, Se lèverait l'Idée éclatante qui dort...

0 tranquille bonheur et du père et du maître !

•Quinze ans, vingt ans ainsi, dans son enfant voir naître

Un peu plus de grandeur, un peu plus de clarté ;

Avec lui sous les mots découvrir la beauté,

La justice, l'amour, les grandes lois du monde ;

Se faire en ce sol neuf l'ouvrier qui féconde,

L'apôtre, fier d'étreindre en l'homme qui mûrit

L'élève de son cœur, le fils de son esprit ;

Se moquer de vieillir, puisqu'on se continue

En se versant entier dans cette âme ingénue,

Puisqu'on sent sur ses pas un jeune compagnon,

Autre soi-même, prêta bien porter le nom :

Rêve qui s'accomplit, ô pères, pour les vôtres !

— Moi,je ne saisplusrien que pour les fils des autres !...

A vous, mon petit roi, qu'est-ce que j'apprendrais, Puisque, Dieu d'un seul coup vous livrant ses secrets, Vous possédez le mot suprême delà Vie ? C'est moi qui vous écoute et qui vous magnifie. Depuis l'heure, ô mon fils, maître terrible et fort. Où vous m'avez donné la leçon de la mort !

Cbrislo coufixiis criicL

Quels secrets révélés par mon petit garçon!

Mon Dieu! mon Dieu!... Dans un soupir — une seconde !

Tout le problème de la Douleur dans le monde,

Tout le mystère de la Croix !... Quelle leçon !

Cela semblait si loin, le drame évangélique,

Si loin, si loin de moi !... Maintenant tout s'explique.

Je m'incline — il faut bien ! — devant le Crucifix :

Je ne puis plus garder ma vieille indifférence,

Depuis qu'avec le Christ, prince de la souffrance,

J'ai vu mourir, cloué sur cette croix, mon fils !

Quoi ? sur cet innocent cet horrible supplice?

Quoi? cet arrêt fatal sur Tenfant le plus cher ?...

Ah ! ce mal 1... Ah ! ces coups, ces pointes dans ma chair !

« Père, éloignez de nous, éloignez ce calice ! »...

Ah ! ce feu, cette soif, tous ces coups... tous ces coups!

« Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi nous abandonnez-vous? »

Son pauvre petit corps qui s'etîrite, en ruines !

Tous ses sens tour à tour pris, broyés dans Tétau !...

Grâce !... grâce !... Et toujours de grands coups de marteau

Dans sa tète enfonçant la couronne d'épines 1

Mon Dieu ! mon Dieu ! voilà ses veux déjà fermés,

Son sang qui se retire... Il semble qu'il défaille.

Plus de doute : c'est Dieu qui passe et nous travaille,

Qui montre qu'il nous a terriblement aimés...

La sève de ses os sèclîe comme une argile ;

Son cœur va s'arrêter, si las et si fragile !

Son visage a blêmi, comme s'il s'en allait.

On cherche, on trouve à peine un souffle qui persiste

Sur ses lèvres... « Mon Dieu! mon Dieu! mon âme est triste

Jusqu'à la mort... Je veux pourtant ce qui vous plaît! »

En silence, debout, la mère douloureuse Pleurait près de l'enfant sur la croix attaché. Elle avait dû gravir, douce et le front penché, Le Calvaire, qui mène au tombeau qui se creuse.

VERS L AUTRE HORIZON

Pauvre femme ! elle avait bien vieilli de dix ans, Avec les Sept Douleurs divines pour présents. Elle sentait ses os brisés dans des tenailles. Ses paupières s'emplir d'ombre, ayant trop pleuré, Son cœur brûlant se fondre en son sein déchiré, En regardant périr le fruit de ses entrailles !

Et Tenfant, dans les bras de TArchange enlacé,

Frissonna... puis soudain, comme un lis qui se pâme,

Il laissa retomber sa tête, et rendit Tàme...

Et c'est un vendredi que cela s'est passé.

Et ceux qui Font pu voir sous sa forme nouvelle

Ont bien dit que sa fin semblait surnaturelle :

On sentait qu'en portant son âme au séjour bleu

Les Anges avaient dû transmettre au corps qui reste

Quelque chose de pacifique et de céleste...

Il dormait dans les fleurs, beau comme un petit dieu !

Et certes ce fut là de la douleur féconde :

•Nos cœurs n'ont pas saigné — j'aime à le croire — en vain.

Sœur de la mort du Christ, conforme au plan divin,

Votre mort, cher martyr, a dû servir au monde.

Ce n'est point sans labeurs que vous m'avez quitté :

Vous avez bien rempli vos jours d'humanité.

Triomphant, tout petit, au-dessus du superbe ; Et le Maître accueillant, Là-Haut, avec bonheur Dès l'aube vous sourit, ô gentil moissonneur, Quand votre poing vaillant lui présenta sa gerbe!

Non ! vous n'êtes pas mort pour rien, stupidement. Votre temps d'ici-bas coula prompt, mais sublime, Vous faisant Tagneau pur, la splendide victime. Qui des tourments d'autrui se charge en son tourment, Peut-être èies-vous mon pour sauver quelque ancêtre, Pour racheter la race indigne..., moi peut-être... D'autres peut-être encor que je ne connais pas... Mais Jésus vous combla sans doute de tendresses. Quand vous Lui rameniez tant d'ames pécheresses Que venait d'aHVanchir votre royal trépas !...

Salut encore à notre sœur l'Humilité !

Je m'accuse d'avoir connu trop de fierté...

Lorsqu'au creux du berceau je vis la fleur éclose

De ce petit garçon si dru, si frais et rose,

Dans l'adoration première de l'accueil.

Je n'ai pu refréner l'élan de mon orgueil.

C'est vrai... c'est vrai... Le cœur ivre de gloire vaine,

Sentant battre mon sang dans le sang de sa veine.

Par lui, par ses deux bras tendus, j'ai cru tenir,

A moi toujours soumis, l'espace et l'avenir!

Ce qui respire en moi du passé, les ancêtres

Dont je garde le nom obscur, se croyant maîtres

De nouveaux ans conquis et de plus hauts destins,

Devant ce messager souriant des matins,

Tressaillirent, penchés, en extase, et, sans doute,

Par mes yeux, par mon cœur exultant, c'était toute

La race qui s'aimait et s'admirait en lui.

Son sauveur de demain comme moi d'aujourd'hui !

— Je me disais : je peux partir! mon nom doit vivre. *

J'ai, pour soigner ce nom, l'être qui me doit suivre,

Lui-même créateur, défenseur à son tour

Des héritiers vaillants qu'appelle notre amour.

— Je me disais : mon nom, ce n'est qu'un nom modeste,

Qu'il faut orner, celui de mon père : il atteste

Le bon vouloir, l'effort : on sentqu'il veut monter...

Ce n'est plus avec moi qu'il pourra s'arrêter.

De tout l'espoir du nom mon fils naît le prophète...

Et par toi, mon enfant, j'avais le cœur en fête, Superbe et pavoisé : je croyais en tes yeux Voir tous nos descendants passer mystérieux... Mais c'était trop d'orgueil pour un bonheur fragile : J'ai dû creuser la terre à ta petite argile; De la suite des miens, j'ai dû, dernier chaînon, Moi-même dans la fosse ensevelir leur nom ! Mon enfant! mon enfant! que tu nous mortifies! Quel silence après nous! Songe à toutes ces vies Que tu prends avec toi dans ton éternité!...

VERS l'autre horizon 89

Salut pourtant à notre sœur rHumilité !

Nul ne se souviendra du nom que j'ai porté ;

Mais dans des petits-fils par mes filles — peut-être —

Anonyme et mêlé, mon sang pourra renaître,

Pareil à tous ces sangs dont s'anima mon cœur.

Car, pour que jusqu'à moi parvînt mon nom vainqueur,

Bien d'autres noms ont dû disparaître, éphémères;

Ma mère, il vous fallut — avec toutes les mères,

La foule des parents que je ne puis nommer —

Vous donner tout entière et ne rien réclamer!

Tel le fleuve, qui croît de tant d'eaux dans sa course,

Sans en dire les noms, sans en savoir la source.

Et je vais donc aussi, faible goutte de sang,

Dans des postérités lointaines me versant.

Secret, silencieux, parles siècles descendre.

Et c'est moi qui peut-êtreaurai fait le cœur tendre

D'un bel enfant rêveur qui me doit prolonger,

Moi, l'aïeul maternel, pour lui-même étranger.

Et c'est cela, la vie obscure et généreuse, Celle qui se répand dans l'ombre, douloureuse. Et qui, le sacrifice avec joie accompli, Ne demande plus rien aux autres — que l'oubli.

Pauvre homme, il ne faut plus que d'un nom tu te vantes Ton fils, mort à la terre, et tes filles vivantes, Te conservant l'amour, t'enlèvent la fierté...

— Salut à notre sœur, la sainte Humilité !

Mon petit! mon petit! empêche de mourir Tant de petits enfants de ton pays de France! Que Dieu ne laisse pas notre sang se tarir!

Tu la connais bien, toi, l'ancienne et belle France, Qui doit tenir si noble place au Paradis : Que de vertus, bonté, prudhomie et vaillance !

Quel cortège, Là-Haut, des Ames de jadis.

Dont revit à tes yeux la splendeur légendaire !

Que de fils de nos champs par Jeanne d'Arc conduits!

g2 POUR RETROUVER L ENFANT

Que de grands cœurs de France en la maison du Père !... Quel deuil serait-ce, après tant de siècles chrétiens, Qu'un nom si glorieux disparût de la terre !

A ceux du Ciel, puissants, de rester les gardiens

Auprès de Dieu, les défenseurs de la patrie !

El les moindres souvent sont les plus forts soutiens.

Et donc, enfant, de ta bouche angélique, prie

Pour qu'il s'ouvre beaucoup d Veux clairs dans les berceaux

Pour que les nids chez nous gazouillent, pleins d'oiseaux, Dans le vieux chêne encor sentant monter sa sève !

Pour l'aurore et Tespoir et la joie et le rêve,

Tout ce qu'une humble enfance apporte dans sa main!

Pour qu'on n'ait plus à craindre, avec la mort, demain L'abandon de la ruche et le chagrin des landes !

Pour qu'un printemps sans fin triomphe, et de guirlandes Fleurisse tous les murs de l'antique logis !

VERS l'autre horizon C)3

Pour que gagne et s'étende, en cercles élargis, Plus d'effort de pensée et d'amour dans le monde l

Pour qu'une jeune France exquise, rose et blonde^ Avec chaque matin renaisse en souriant !

Mon petit ! mon petit ! prie, et sauve en priant Tous les petits, qu'il faut aimer comme les nôtres !

Sers Là-Haut ton pays de France à ta façon.

Dis simplement à Dieu : « Grâce ! Pour tous les autres.

Acceptez-moi, Seigneur, en suprême rançon! »

Les instants semblent courts qu'avec toi je remplis ; Mais dois-je pour moi seul, dans d'injustes oublis, ^Garder avidement ton âme prisonnière ?

Songe aussi, mon bel hôte, à ta petite mère Qui s'ennuie, et t'appelle, et voudrait bien sentir L'enfant, comme au bon temps, contre elle se blottir ! Et toi-même aujourd'hui peux-tu te passer d'elle ? Dieu n'a-t-il pas écrit dans sa Loi que, fidèle. Docile, un fils toujours doit aimer ses parents ?...

La vois-tu dans sa chambre, avec ses cheveux blancs, Si svelte et pâle, comme au sortir d'un long jeûne, Vieille déjà d'avoir perdu l'enfant si jeune ?

Patiente pourtant et douce à son chagrin,

Vois comme elle offre à Dieu sa peine, à chaque grain

Du chapelet, à chaque point de son aiguille :

Car elle coud, songeant aux pauvres qu'elle habille,

Pour les petits garçons, gloire d'autres mamans !

Et ses yeux d\in bleu tendre et moite, par moments,

Semblent — soudain voilés — Feau d'une source à l'ombr

C'est que sans doute alors dans son cœur, qui s'encombr

Des débris pantelants de son bonheur passé,

Quelque amer souvenir tout à coup s'est dressé...

Elle n'est plus, c'est vrai, comme autrefois, ta mère, Quand ses bras te tenaient serré..., mais considère Qu'il est juste, que c'est ton devoir, mon chéri, De consoler un peu celle qui t'a nourri, Si malheureuse, elle à son tour, d'être sevrée ! Pour \,\ douceur du Util que son sein t'a filtrée, Pour ht douceur du chani qui l'endormait le soir, Verse-lui les bienfaits de Téiernel Espoir !...

Maman, ne crains pas qu'on t'oublie..

Je t'appartiens, tant que tu veux :

Tu vivras, ma maman jolie, Toujours deux !

L'amour nous joint dans sa lumière...

Ne crois pas ton câlin parti :

Le Ciel n'ôte pas à la mère Son petit !

Prie ! espère ! et ton cœur qui m'aime Gardera bien mon cœur aimant :

J-e suis à toi, toujours le même, Ma maman !

Où vous cachez-vous si longtemps, mon adoré ?... Vous parti, mon cœur, trop fragile, a chaviré, Et comme un enfant j'ai pleuré.

Sans vous, je ne suis plus qu'un pauvre homme en détresse. Un mendiant... J'ai froid et j'ai faim de tendresse : Par pitié, rien qu'une caresse !

Mon Ange, il ne faut plus me quitter si longtemps : J'erre et je me lamente au bord de noirs étangs, Sans force, quand je vous attends.

La Douleur rôde, autour de moi, comme une louve: Aux chemins de la vie obscure, où Dieu m'éprouve, Aidez-moi ! que je me retrouve!

Laisserez-vous mon cœur vainement consumé ? L'amour ne se guérit qu'en possédant l'aimé : Revenez-moi, ma fleur de mai!

Vous seul pouvez finir le souci qui me ronge: Discret, comme un parfum qui pénètre une épopge. Imprégnez mon âme de songe!...

— Vous voici ! vous voici! j'en suis sur à présent: Comme un aveugle, qui ne voit pas, mais qui sent, Je vous sens là, clair, apaisant!

Vous voici, j'en suis sûr, hôte de grâce insigne! Vous m'eflieurez, bien doux, de votre aile de cygne. En disant la chanson bénigne !

Merci ! voilà mon cœur calmé : car de retour Avec vous, petit roi, je reçois votre cour, La foi, l'espérance et Tamour!

Voici le troupeau blanc que mon cœur te confie : Désirs du mieux, tremblants repentirs de ma vie, Quelques frêles bontés... c'est tout... Petit berger, C'est ce pauvre bercail qu'à tes soins je confie.

Prends garde à mes brebis! Ignorant le danger, Elles pourraient s'enfuir d'un caprice léger... Veille, mon pastoureau fidèle, et des yeux sonde Tous les buissons douteux où s'embusque un danger I

Protège mes agneaux contre la bête immonde,

Mon très pur!... Je crains tant de pièges dans le monde!

Les loups et les renards rôdent... le basilic

Se glisse... Défends-nous contre la bête immonde!

Marche sur le dragon, la vipère et Taspic ! Pour cueillir la toison douce, en faire trafic, Souvent la Horde Noire en mon parc s'est assise... Ecrase le dragon, la vipère et Taspic !

Lave mon seuil à grande eau lustrale! Exorcise Tout ce qui trompe et rampe en une ombre indécise! Que l'Esprit de l'orgueil et des pensers méchants, Troublé devant ton geste, à jamais s'exorcise!

Et puis, petit berger, dis-nous tes meilleurs chants, En gardant mes agneaux à l'abri des marchands Dans les chemins du ciel où tu les mènes paître... Qu'au son de tes pipeaux et de tes jolis chants,

Eux et moi, nous allions joyeux au Divin Maître!

Vivre plus ! toujours vivre ! ô soif inassouvie Du désir, appelant la Lumière et la Vie !...

Vivre ! — Qui, si ce n'est Dieu lui-même, en mon sang

Insinua l'attrait si doux et si puissant ?

Vivre ! vivre ! — On ne sait ce qu'est ce grand mystère;

Mais tout mon corps, dans chaque organe, en chaque artère,

Jusqu'en la moindre goutte ou fibre du tissu,

Pour moi, pour me sauver, s'efforce à mon insu.

Une armée invisible et fervente — ô merveille !

Dans ma chair, contre tous les périls, lutte et veille,

M'annonce l'ennemi, de ses coups me défend,

Blessé, me panse, enfin me garde triomphant. Et cette œuvre de Dieu, qu'un miracle a fait naître, Sans bruit, victorieux, à toute heure en mon être Miraculeusement s'accomplit, jusqu'au jour Que le miracle aura choisi pour mon retour.

Ce qui rend mieux la vie adorable et sacrée, C'est que Dieu lui transmet son pouvoir : elle crée. S'accroît, s'épanouit dans les maternités. On devrait dire alors : « Dieu nous a visités », Heureux de s'enrichir, de fleurir davantage : Quand la famille, en beaux rejets drus, se propage, A chaque enfant béni, qui vient se joindre à nous, Nous devrions, comblés, rendre grâce à genoux...

Vivre plus ! Toujours vivre ! — Et dans le sein plus largt

De la Cité, content de prendre aussi ma charge,

Je suis allé, parmi l'adolescence, offrir

Ce que je sais, d'un cœur toujours prêt à s'ouvrir.

En combien de raisons, dans l'ombre ensemencées,

J'ai fait éclore ou croître un peu plus de pensées,

De passion du beau, peut-être de vertu !

Que d'esprits par le monde, où je vis répandu !

VERS L AUTRE HORIZON lOD

Mais dans une plus haute ambition de vivre,

J'ai laissé les meilleurs de mes rêves au Livre ;

J'ai dit : « Que tout ami de la simplicité

Vienne à moi, confiant ! Dans l'hospitalité

Discrète de mon vers, qu'il retrouve ou sa joie

Ou sa peine, ses plus nobles amours ! Qu'il croie,

Frère de mon espoir, soutien de mon combat,

Que c'est son cœur qu'il sent, quand c'est le mien qui bat !... »

Et c'est encor trop peu. Vous Jugez, à la flamme

Qui vous brûle, qu'il faut pour vous plaire, ô mon Ame,

D'autres présents : c'est Dieu, Dieu seul, qui peut donner

La coupe inépuisable aux soifs toujours nouvelles,

Et la Source de Vie et de Gloire éternelles,

C'est un petit enfant qui va vous y mener...

L'AME APAISEE

— « Père, voici l'avril, l'universel réveil : Sois sage !... Il ne faut plus que ta tristesse arrête Tous les nuages noirs qui passaient sur ta tête : Laisse tes jours nouveaux s'inonder de soleil!

Aimes-tu mieux ton deuil que moi ?... Cesse ta plainte! Un regret qui s'obstine est une offense à Dieu. Laisse-toi consoler, comme veut la loi sainte, Et mets d'accord ton àme avec ce beau ciel bleu !

Un petit oiseau cliante au bord de ta fenêtre... Rassemble les débris de ton ancien bonheur, D'où peut encor jaillir la grâce d'une fleur... Crois le conseil des nids qui partout vont renaître

Tout dit : courage ! espoir ! L'enfantine clarté Ne le rend-elle pas des tendresses câlines ? Et n'as-tu pas senti ton cœur revelouté Avec ces frais gazons au penchant des collines ?

Ecoute la leçon de la Nature, et sors

De ta retraite. Nul ne peut vivre en avare,

Pour soi. Vois ce jardin, qui s'exalte et se pare,

Devant au temps fixé ramener ses trésors.

Imite ces ravons doux, ces douces rosées ! Sors et retourne au monde et te mêle à ses bruits! Malgré les vents, malgré des ramures brisées, Tant que l'arbre résiste, il doit donner ses fruits.

Accomplis pour nous deux la tâche de la terre. Juste, sans épargner ton généreux effort ; Sur de plus malheureux, comme un chêne plus fort, Épands autour de toi ton feuillage prospère.

L AME APAISEE I I I

Fleuris d'amour : j'attends ta bonne volonté, Celle du verger blanc dans la saison clémente ; Prête ton aide humaine à l'œuvre de bonté, Sans savoir si demain s'apprête la tourmente.

Fleuris tant que tu peux, indulgent travailleur.

Et, si la mort flétrit ta floraison surprise,

Je passerai sur ton âme comme une brise

Pour en porter Là-Haut le parfum le meilleur! » —

— J'obéis... J'ai revu le grand parc solitaire, Où dans l'écorce, ainsi que le sang de l'artère, Sans bruit, ont travaillé les sèves du printemps, Et sous les verts arceaux des voûtes solennelles J'ai senti la douceur et la paix éternelles Descendre dans mon cœur des rameaux palpitants.

Mais mieux que ces pitiés de la Nature heureuse.

Je goûte, mon enfant, votre âme savoureuse,

Fleur parfaite de grâce et de sérénité,

Et, docile à la Main qui fait tourner les mondes,

Je laisse croître en moi, chaque jour plus profondes,

La paix et la douceur de votre éternité...

Une maman — où donc ai-je lu la légende? — De l'enfant tôt parti gardait peine si grande Qu'elle pleurait, pleurait toujours plus, ne voulant Accepter dans son ombre un rayon consolant.

Ses yeux pourtant, un soir, virent un songe étrange Un cortège azuré d'enfants à tête d'ange Passait, grappe innocente et pure des petits Que Dieu vendange, afin d'orner son Paradis.

Il6 POUR RETROUVER l'eNFANT

Mais parmi ces enfants, les uns, joyeux, en tête Laissaient tomber les fleurs des corbeilles de fête; D'autres, sans non plus l'air soucieux de défunts. Balançaient sur leurs fronts des vases de parfums,

Et d'autres, en chantant des psaumes d'allégresse, Levaient des coupes d'or fines, où la Tendresse Avait dû lentement distiller sa liqueur... Mais à distance, seul, derrière, avec gros cœur,

Un pauvre tout petit, qui ne les pouvait suivre, Traînait à ses deux poings menus des seaux de cuivre Très lourds, qui le faisaient ployer de leur fardeau, El ses pas s'encadraient de deux longs rubans d'eau.

« C'est lui, mon fils! » cria la mère à son approche, En s'élançani... Mais lui, d'une voix de reproche : « Je ne voudrais porter que l'encens ou des fleurs : » Pourquoi m'imposes-tu le fardeau de tes pleurs? »

Et la mère comprit... Pareil à cette mère, J'essaierai de tarir l'ancienne source amère : Je te déchargerai du poids de mes douleurs. Me voici sage, enfant... Chante et jette des fleurs !

Je sais dans un bois sombre une discrète allée

Que ne trouble aucun pas humain, Et chuchotant à peine, au bout de ce chemin, Une source voilée.

Des feuillages récents sur le clair flot rêveur

Balancent leur frêle guipure ; Et moi, que ton appel enchante, ô source pure, J'accours avec ferveur.

Il8 POUR RETROUVER l'eNFANT

Que ton onde est limpide et belle, avec sa flèche

De soleil passant au travers !

Et que mon cœur brûlant, sous les longs rameaux vertSj T'aime, ô ma source fraîche !

Que pour broder de fleurs ta berge, brin par brin.

Tu travailles, bonne flleuse!

Moi, je me penche, avide, et Teau miraculeuse Assoupit mon chagrin.

Aussi je m'abandonne à ton joli caprice.

Comme un enfant dort dans les bras:

Je n'aurai plus de chants que ceux que tu voudras. Ma source inspiratrice !

Et puissé-je souvent, pour te mieux ressembler,

Auprès de toi fixant ma course.

Dans ton naïf miroir, chère petite source, Sans bruit me contempler !

— « Mes sœurs, rendez-leur mes caresses. Autrefois, jalouses, jaloux, Nous nous disputions leurs tendresses Et leurs genoux...

« Moi, je vous ai cédé ma place ; Mais mon cœur demande en paiement Qu'à leur cou votre amour s'enlace Pieusement.

« Ils ont besoin de mes tendresses, Moi, de vos bras et d'un regard :

Dites, leur donnant vos caresses :

« C'est de sa part ! »

« De vos bouches, calmant leurs fièvres, Sur leurs yeux aimez vous poser ; Dites, mes sœurs : « Ce sont nos lèvres, Mais son baiser! » —

La cloche de Taurore envoie

Ses vœux de joie, Ses angélus à plein essor :

Allons-nous-en dans la prairie

Qu'a refleurie Le mois tendre aux caresses d'or !

La bonne odeur d'herbe mouillée

Et de feuillée !

Avant la faulx des fenaisons, Quand tout n'est que vie et louange,

Mon petit ange, Courons par les jolis gazons !

Que d'hymnes ! L'eau qui rêve, douce, Semble, en la mousse,

Un nid gazouillant, et, vermeil,

Le peuplier fait un bruit d'onde.

Qui vagabonde,

Là-haut, dans un champ de soleil !

Nous, en ces fêtes printanières, Parfums, lumières.

Allons, divin enfantelet,

Cueillir de belles simples choses.

Blanches et roses.

Pour en tresser un chapelet !

Puis au bon Dieu, tous deux ensemble, — Car mon cœur tremble,

S'il n'était par toi présenté —

Nous offrirons, chanteurs rustiques, Nos frais cantiques

Et nos fleurs de la charité !

Je suis rentré dans l'ordre et la paix... Mais je songe Que l'ombre du soir croît sur la route et s'allonge... Mon enfant, j'ai besoin de toi... Va sur mon seuil Attendre en souriant, et faire signe aux Heures Qui passent... J'essaierai de les rendre meilleures. Toi m'aidant, d'un meilleur accueil.

Qu'ont-elles dans leurs plis de robe ou leurs corbeilles ?

D'autres deuils ? de menus ennuis, essaim d'abeilles ?

De vains désirs ? d'inexprimables trahisons ?

Je ne sais... Mais souvent l'hiver de la vieillesse

Brise l'aile des vents sur la vitre, et ne laisse

Qu'un paysage vide aux mornes horizons...

Fais signe, mon enfant, aux pâles voyageuses, Qui voudraient s'abriter chez moi, même aux fâcheuses, Même à celle, là-bas, qui cache son couteau : Dis-leur qu'à mon foyer tu vois des choses tendres, Qu'il reste encor, pour se chauffer, parmi les cendres. Quelques tisons sous le manteau !

Dis-leur que Thuile est douce en ma lampe encor claire,

Que je les recevrai sans orgueil ni colère,

Sans parole chagrine et sans geste brutal ;

Que mon front, tant qu'il peut, détend son pli morose,

Et qu'en paix sur ma table, où s'épanche un jour rose,

Deux brins de frais lilas rêvent dans un cristal...

Je sais que du dehors les frileuses passantes Viendront sans grâce, comme en boudant, languissante: Porter l'ombre inquiète etles souffles neigeux ; Mais dis-leur que, d'amour et de vaillance ornées. Nous en ferons encor de plaisantes journées Avec des charités pour jeux !

l'ame apaisée 125

Dis-leur mon bon vouloir... Mais toujours, je t'en prie^ Qu'en mon regard fané ton enfance sourie Comme en l'étang du soir s'étoile un firmament; Et fais que du vieillard, qu'appelle un long voyage, Les miens, dans leur regret, ne gardent qu'une image Pure comme la tienne et douce infiniment !...

Ce serait, s'il plaisait à Dieu, quelque matin De gloire, en la saison des gerbes coutumieres. Quand les lis de l'enclos montent vers la lumière, A l'heure où midi berce un angélus lointain...

J'aurais reçu, contrit, l'onction du saint chrême Sur ma lèvre et mes mains, instruments du péché, Prêt au prochain signal, et, déjà détaché. Suant d'un rude effort pour le départ suprême.

Sur le coteau, là-bas, j'aurais dit mes adieux Aux flots ensoleillés de la moisson prospère, Et simple, sans regret des choses de la terre, Mon travail accompli, j'aurais fermé mes yeux...

Alors toi, n'est-ce pas ? accourant de ton aile De colombe, toi, mon divin, mon bien-aimé, Te penchant sur mon front impassible et pâmé, Tu cueillerais, fervent, mon âme paternelle.

Libre, je laisserais mon vêtement impur, Et, pèlerin muni du royal Viatique, Je suivrais en priant l'ascension mystique. Par ta palme guidé, sur les chemins d'azur.

Et le ciel s'ouvrirait, immense : des pétales Neigeraient, embaumés, d'ineffables printemps; Des Anges blancs et bleus sillonneraient, chantants,. L'éther irradié de splendeurs triomphales.

Et j'attendrais, tremblant, les souverains décrets: Perdu dans des clartés, ravi dans des miracles, Face à face avec Dieu sous les grands tabernacles. Confus, n'osant parler, je me prosternerais...

LAME APAISEE 1 29

Mais alors, mon enfant, hôte de la patrie Bienheureuse, plaidant ma cause, tu diras: « Effacez ses erreurs et rouvrez-lui mes bras En l'accueillant, Jésus, dans votre Seigneurie!

Prenez pitié. Très Doux, de ce père éprouvé, Du pauvre ménestrel qui vous tend sa guirlande, Et pour son paradis suprême — ne demande Que l'éternel trésor de Tenfant retrouvé !... »

Pages Par la Prière.

Fiat voluntas tua ! 5

Au petit Bienheureux 9

Promenades.

On se dit, on se croit tout d'abord courageux 15

Je ne sortais jamais sans lui 17

Oh ! ne jouons pas — jeu cruel! — à nous cacher. 19

Que de feuilles, dans l'air brutal qui les tourmente. 21

Nous nous connaissions peu naguère 23

Ami, je vous sais gré de me plaindre — à V écart. . 25

Oh ! ces visions dans les rues 27

Laisse:(-mot donc aller 29

Dans la Maison.

Me voici seul enfin 33

Les meubles, tout autour de la salle 35

l32 POUR RETROUVF.R l'eNFANT

Ah! si cette glace aujourd'hui 37

C'est lui, mon tout joli, trait pour trait ressemblant. 39

Ou ai- je fait ? qu'ai-je fait ? Imprudent! 41

y otre portrait sourit encor ! je vous envie 43

Pauvre infiniment, comme un roi découronné 45

Je suis tel qu'au départ 47

Aux Lueurs du Foyer.

Les yeux sur mon foyer, je contemple la flamme . . . 51

J'évoque un vieux tableau de maître primitif. ^3

Comment ? toi de retour, déjà ? 55

Nuit de Noël 57

D'une année à l'autre S9

Offrande 61

Pourquoi pleurer encore ? 63

Vers l'autre Horizon.

Dans le silence et par delà 69

Adjuration 75

Pour me consoler 79

La leçon 81

La petite Passion 83

Sans nom 87

Prière pour les petits enfants 91

Pour ta maman 95

Berceuse 97

Rappel 99

A mon petit berger 101

Vivre 103

TABLE DES MATIERES l33

L'ame apaisée.

Père, voici V avril 109

f obéis... fai revu le grand parc solitaire 113

Une Maman 115

Près de ma claire fontaine 117

Le baiser aux parents 1 19

Chanson de mai 121

Pour ma vieillesse 123

In hora mortis 127

Achevé d'Imprimer

le lundi 23 octobre

MCMXl

pour

Page 1