‹ Pour se damnerChapitre 14 sur 33 · L AVOCAT D ERNESTINE · texte numérisé non relu

L AVOCAT D ERNESTINE

Et joignant les mains avec un geste de supplication suprême, il s'éloigna.

Jetelaisse àjuger quelle soirée je passai! J'étais si tremblante que je répondis tout de travers ; chacun s'apercevait de ma pâleur. Enfin je prétextai une affreuse migraine et je me retirai.

La tante Hortense, à un moment, s'était approchée de moi.

— Tu souffres, me dit-elle ; qu'y at-il ?

— Rien, répliquai-je avec un peu d'impatience ; j'ai besoin de repos, demain il n'y paraîtra plus.

Elle n'insista pas, et je gagnai mon appartement. Alors je me livrai aux plus tristes réflexions : voilà donc ce que voulait cet amant si tendre et si timide jusqu'alors. Le dénoûment de cette vulgaire aventure me remplissait de douleur et de honte ; je maudissais ma faiblesse, seule cause de la témérité du capitaine, et

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me déshabillant fiévreusement, je me mis au lit dans un trouble et une angoisse inexprimables.

Sur tous les murs de la chambre je voyais flamboyer ces mots : A cette nuit! je me jurais, non seulement de ne pas recevoir l'audacieux, mais de lui faire payer cher son insolente tentative.

J'en étais là de mes terreurs, quand j'entendis un pas furtif se diriger vers ma chambre ; je crus que j'allais mourir, les battements de mon cœur s'arrêtèrent, une sueur froide mouilla mes tempes.

On marchait doucement, à tâtons, le long des murs; on arriva jusqu'à mon lit.

Je voulus parler, mais ma langue glacée ne put articuler un son.

Je sentis deux lèvres se poser sur mon front, et la tante Hortense me dit très doucement :

— Je viens te demander l'hospitalité, petite marquise; j'ai d'affreux cauchemars. Moque-toi, mais fais-moi une place à tes côtés.

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Comme j'allais répondre, elle mit vivement sa main sur ma bouche ; on ouvrait la porte sans bruit : il me sembla entendre une respiration oppressée.

La tante Hortense^ à voix haute, commença une histoire...

Les pas s'éloignèrent^ et je fondis en larmes en jetant mes bras au cou de la vieille fille.

— Et après, dit Louisette, qui ouvrait des yeux énormes; après, grand'mère ?

— Eh bien ! c'est tout, mignonne. Le lendemain, le capitaine partit et je ne l'ai jamais revu.

La jeune femme resta rêveuse.

— Bonne maman, dit-elle, je ne comprends pas tout de même pourquoi vous défendez Ernestine ; vous étiez restée sage, puisque la témérité du capitaine vous avait mise si fort en colère ; la tante Hortense n'avait que faire en cette aventure.

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— Naïve chérie, répondit la marquise en embrassant sa petite-fille, j'avais oublié de te dire que la tante Hortense avait trouvé ma porte ouverte. Voilà pourquoi je défends Ernestine !

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