‹ Pour se damnerChapitre 15 sur 33 · I!2 LES RÉSISTANTES · texte numérisé non relu

I!2 LES RÉSISTANTES

tout est délaissé. Nous oublions même de nous déchirer à pleines dents, jugez si notre cervelle est en l'air.

Voilà le fait. Nous avons résolu, et, ô sage petite amie, vous serez des nôtres, de bouleverser de fond en comble l'amour en France. Nous trouvons les hommes grossiers, brutaux, fats ; oui, fats surtout, et nous voulons faire revivre le temps exquis où nous étions les reines de la chevalerie.

Nous savons bien que les mots : Je vous aime ! signifient : Je vous désire. Mais, d'honneur, ces messieurs sont trop pressés d'arriver au bout des situations ; ils ne consentent plus à languir, ils n'en ont pas le temps ; ils ne soupirent plus, ils attaquent ; et la femme, flattée d'inspirer autre chose que le respect, rougissant des mouvements de son cœur qui lui parle de tendresse, sourit avec grâce à la déclaration hardie, et cède bien vite, de crainte que le monsieur n'aille porter ailleurs un si beau feu.

Plus de manteau couleur muraille, plus

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de mystère ; le coupé du galant attend toute la nuit à la porte de la belle afin que nul n'en ignore ; on jette le nom de l'aimée à la risée des filles et des gommeux dans les soupers à la mode, et son portrait est accroché dans sa chambre à coucher, entre celui de la comédienne et celui de l'hétaïre — ce qui, la plupart du temps, signifie la même chose.

Et tout cela est cavalièrement brossé : la pauvre petite femme, qui rêvait les mots tendres lui chatouillant l'âme, est un peu interdite d'être menée ainsi tambour battant : « Mon ami, songez-y bien, c'est sérieux, je veux aimer pour la vie. » L'amoureux se tord : « Mais, mignonne, on n'aime pas pour la vie ; si je m'attachais, ce serait très certainement à vous, mais ces choses ne sont plus de notre temps; je vous attraperais bien si je vous prenais au mot ; puis tout cela est ridicule. Bref, je vous donne vingt-quatre heures

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