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LES AMOURS DE GEORGES

Le train allait partir ! Les employés criaient : « En voiture, Messieurs, en voiture ! » lorsque le coupé dans lequel se trouvait Georges s'ouvrit brusquement ; une femme monta très vite et se laissa tomber tout essoufflée sur les coussins.

Elle riait, elle avait couru, elle étouffait; ses dents blanches se montraient éblouissantes sur ses lèvres charnues ; ses che-

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veux fous, dérangés par sa marche précipitée, tombaient à l'aventure sur ses yeux noirs. Elle était vêtue de peluche grise, un toquet bordé de chinchilla restait crânement sur l'oreille, et il se dégageait de toute sa personne un parfum troublant, comme celui des fleurs à odeur violente.

Georges la contemplait au-dessus de son journal; il regardait ce jeune visage un peu pâle, qui par moments se couvrait de rougeurs subites, ses petits pieds s'agitant sous la robe courte, et il se tenait à quatre pour rester un homme bien élevé et ne pas lui adresser la parole, le premier.

Mais comme il regardait toujours — le journal était tombé sur ses genoux — elle tourna les yeux de son côté et lui dit avec tranquillité :

— Fumez donc. Monsieur , je vous prie! je sais combien la privation du cigare tourmente les hommes, et moi cela ne m'incommode nullement.

Georges répondit qu'il serait désolé de fumer auprès d'une si adorable compagne de voyage ; il remerciait le sort de lui

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avoir procuré un tête-à-tête avec la plus jolie personne qu'il eût jamais rencontrée; enfin il fut parfaitement bête, lui qui d'ordinaire l'était moins que la plupart des hommes ; mais il débita ses lieux communs avec un émoi qu'il ne pouvait vaincre.

La jeune femme ne l'écoutait pas et le regardait ; c'était un beau garçon de vingtcinq ans, avec la fière mine d'un Van- Dick, cheveux frisés et moustaches rousses; elle le regardait^ et des flanmies passaient dans ses yeux à demi fermés ; lorsque, sous prétexte de descendre la glace, leurs mains se rencontrèrent, elle laissa sa main gantée^ plus de temps qu'il n'était nécessaire, contre la main du jeune homme.

Puis, d'un geste simple, elle ôta son gant, et comme il se jetait sur cette main aux ongles roses pour la couvrir de baisers, par un mouvement violent, elle lui tendit ses lèvres ,

Le train sifflait, on était à Ville-d'Avray !

— Je m'arrête ici, dit-elle rapidement, adieu !

— Je vous suis, répondit-il en se levant

aussi, je ne veux pas vous perdre.

Ils descendirent tous deux dans la campagne dépouillée ; elle avait pris son bras, ils marchaient lentement, appuyés l'un sur l'autre, causant très bas ; puis ils disparurent dans le village ; un merle qui les avait vus passer les suivit de branche en branche, sifflant les jolis airs de son répertoire.

Le lendemain seulement, il sut que sa maîtresse était la marquise de Tancray, cette fameuse mondaine dont les journaux du high-life racontaient les toilettes élégantes et les mots spirituels. Fier de son bonheur, étourdi de la bonne fortune qui lui tombait du paradis, il se mita adorer de toutes ses forces cette femme amoureuse, affolée de lui, qui affirmait ressentir une de ces passions qui prennent la vie.

Ce furent des rendez-vous extravagants, une volupté acre, des heures volées, les caresses qu'on mettait doubles pour s'enfuir au plus vite, des sanglots de se quitter.

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