DE GEORGES I4I
des serments étranges, un besoin fou de se retrouver toujours.
Elle sortait furtivement de son hôtel, il l'attendait dans la rue, ils sautaient dans un fiacre et s'allaient cacher dans un quartier perdu ; ou bien, elle arrivait dans un appartementlouépourcacher leurs amours, et palpitante, avec des cris de plaisir, elle se pendait à lui. Alors tout était oublié dans l'envolée des baisers, dans la douceur d'être ensemble.
Jamais ils ne parlaient du mari ; Georges souflVait trop à l'idée que cette créature exquise n'appartenait pas à lui seul, elle, paraissait avoir oublié qu'il y eût dans le monde un homme dont elle portait le nom ; d'ailleurs, ils ne causaient pas ; sans cesse et toujours ils s'aimaient !
Un matin que Georges restait paresseusement couché et qu'il songeait avec les tressaillements de tout son être à cette maîtresse si jeune et si belle, un domestique entra, et sur un plateau d'argent lui remit une carte.
Ily jeta les yeux et bondit hors de son lit.
— Faites entrer ce monsieur dans le salon, dit-il d'une voix altérée, je viens à l'instant.
C'était la carte du marquis Robert de Tancray.
Il fit sa toilette rapidement, surmontant son trouble, et entra d'un pas ferme dans la pièce où attendait M. de Tancray.
C'était un homme d'une cinquantaine . d'années, grand et maigre, les cheveux blancs, de belle figure et de haute mine; d'un geste, il refusa le siège que lui montrait le jeune homme.
— Monsieur, dit-il, j'irai droit au fait, puisqu'aussi bien vous devinez ce qui m'amène ! Vous êtes l'amant de la mar- ' quise de Tancray et je viens vous en demander raison.
— Monsieur le marquis, répondit Georges très pâle, vous insultez la marquise de Tancray! Je vous jure sur mon honneur...
— Ne jurez pas, c'est inutile : dix fois je vous ai suivis, dix fois j'ai vu sortir la