‹ Pour se damnerChapitre 23 sur 33 · DE GEORGES I · texte numérisé non relu

DE GEORGES I

marquise de votre logis des Batignolles. Georges ne répondit pas tout de suite.

— Monsieur le marquis^ dit-il enfin, M"^ de Tancray a consenti, il est vrai, à venir voir dans mon atelier mes essais d'amateur ; pour ce fait-là, pour ce fait d'avoir entraîné la marquise à des démarches imprudentes, je vous dois une réparation.

— La marquise de Tancray, répondit le gentilhomme avec un sourire plus douloureux que des plaintes, aurait pu vous repousser en effet, car vous n'êtes pas de ceux qu'elle prend d'habitude ; d'ordinaire elle cherche ses amants plus bas !

— Vous en avez menti ! s'écria Georges avec un geste de rage, vous calomniez lâchement une femme.

— Pardon, Monsieur^ reprit le marquis, cette femme est la mienne, et il convient que vous sachiez la vérité sur son compte :

Jusqu'à ce jour, la marquise de Tancray m'avait donné pour rivaux mes valets de chambre, mes palefreniers et mes garçons d'écurie; je ne pouvais que les faire sortir de chez moi en leur offrant de l'ar-

gent pour se taire ; mais aujourd'hui, ajouta-t-il en s'animant, je trouve enfin à qui parler; vous êtes un liomme du monde, et je me vengerai sur vous de la honte que m'ont infligée les autres.

Georges voulut protester, mais aucun son ne sortit de ses lèvres, et, se laissant tomber sur un fauteuil, il fondit en larmes.

— Vous pleurez, continua le marquis, d'une voix plus douce, vous êtes heureux ; moi, il y a deux ans que je ne puis plus pleurer; je vous en veux, et pourtant je vous plains. Je la connais, celle que vous aimez ; vous n'avez pas été à elle, c'est elle qui vous a pris violemment, éperdument ; car c'est ainsi qu'agissent ces monstres inconscients, ces malades atteintes de la folie de l'amour sans trêve ; non, je ne devrais pas avoir de colère contre vous, et cependant en songeant que vous avez tenu cette femme dans vos bras, tout mon sang bouillonne et j'ai hâte de vous tenir au bout de mon épée.

Georges se releva vivement.

— Je suis à vos ordres, dit-il, mais un

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