LE ROQUET
Enfin, les invités disparurent à la file, et j'emmenai chez moi ma chère petite femme tremblante et émue. J'avais préparé avec amour un nid digne de celle que je voulais rendre heureuse ; en effet, elle poussa un cri d'admiration devant la jolie chambre à coucher tendue de gris pâle, sa couleur favorite.
Je la laissai seule ôter son voile et les fleurs d'oranger qui ornaient sa candeur et • ses beaux cheveux, puis, rentrant quelques minutes après, je la trouvai blottie dans le grand lit comme un oiseau frileux et confiant.
Alors, mon cœur éclata, et me jetant à genoux sur le bord de la couche nuptiale :
— Ah ! Jenny, m'écriai -je, ma bienaimée, laisse-moi te dire...
Mais des abois furieux me coupèrent la parole. Ma femme, en chemise, sans plus s'occuper de moi que si je n'existais pas, sauta hors du lit, et, selon son habitude, se mit à quatre pattes à la recherche du roquet.
Cette fois ma colère éclata.
LE ROQUET l63
— Ah ! c'est trop fort ! m'écriai-je.
Madame, vous aviez promis de me délivrer de ce cliien de malheur !
Et me jetant sous le Ht à mon tour, je cherchai éperdument... mais je ne trouvai rien que la malheureuse Jenny que je ramenai par force au milieu de la chambre ; alors je m'aperçus — l'horreur me coupe la parole — je m'aperçus qu'au lieu d'un roquet que je voulais écraser sous mes pieds, c'était ma femme, la créature exquise à laquelle je venais de jurer amour et fidélité, qui jetait ces hurlements féroces ; c'était elle qui, prise d'attaques épouvantables, de tics pour lesquels les médecins ne peuvent trouver de mots assez barbares, poussait ces aboiements, bien faits pour rendre fou de douleur et de rage,
— Malheureuse, m'écriai-je, il fallait me prévenir ! on ne trompe pas ainsi un honnête homme !
Mais les cris et les aboiements redoublaient de fureur, mes paroles se perdaient dans cet atroce vacarme ; je sautai sur mon chapeau et j'allai coucher à l'hôtel.