DE LOUISETTE I
(irais quetu m'aimasses jusqu'à en mourir ! » Le fou rire nous prit, la grammaire avait tou;gâté.
Non, vois-tu, mignonne, si l'amour a le sens commun, il n'est plus l'amour ! Est-ce qu'un rêve peut être vraisemblable? La folie est le chef d'orchestre qui conduit la fantaisie et les sentiments, c'est pour cela que l'émotion est charmante. Je ne crois pas qu'il faille demander à la passion les actes sublimes et le violent contraste des cris de bonheur avec les soupirs d'un désespoir contenu : il faut songer tout bêtement à rendre heureuse la personne que l'on aime ; aux notes de plaisir brillantes il faut ajouter les "modulations caressantes et affectueuses...
Mais, je m'oublie, Louison, je divague, le monstre littéraire s'approche de moi à mon tour ; n'aie crainte^ il ne me dévorera pas, je sais comment on lui échappe : de fraîches joues, des yeux rieurs, un corsage bleu, une taille penchée, l'épaule ronde et blanche sont des exorcismes qui chassent le Malin.
l88 LE DÉSIR DE LOUISETTE
Parions que ma mie m'a compris, et qu'elle renonce à son rêve de français et d'orthographe; parions qu'elle se contentera d'être la chose exquise qu'elle sait bien : un chef-d'œuvre de grâce pétulante, de toilette gentiment portée, de bavardage pétillant comme le ramage d'une volière. En restant tout cela, ma chère aimée aura bien mérité de son amant, et il la prendra dans ses bras en lui disant, dans un grand silence, toutes les folies de son cœur. Alors, vois-tu, Louison, Louisette, nous arracherons peut-être à la vie une heure d'ivresse, et pendant cette heure, nous ne serons pas des brutes, parce que nous aurons vécu.-