DE CENDRILLON
qui venaient effleurer son charmant visage et lui souhaiter la bienvenue ; elle les cueillait, et les jetait, avec des cris d'oiseau heureux^ à quelqu'un qu'on ne pouvait voir.
Peu de temps après, deux jeunes gens sortaient, se tenant par le bras ; le plus âgé des deux, un homme de vingt-six ans, brun, avec des yeux de velours roux, avait pour son compagnon des attentions passionnées, pleines d'enfantillages exquis ; le plus jeune, qui ressemblait furieusement à la jolie femme aux roses, marchait avec un air crâne, tout à fait drôle dans son costume de gamin, sa casquette d'où sortaient des flots de cheveux d'or, et ses bottes qui lui montaient jusqu'aux çenoux.
Oh! ces bottes! elles étaient si petites et si mignonnes qu'elles eussent chaussé un enfant de dix ans; elles couraient côte
à côte, heureuses de se sentir libres dans cette campagne verte ; elles sautaient, bondissaient sans crainte des cailloux et des branches ; elles se trouvaient si fières d'emprisonner délicatement les tendres pieds qui, eux aussi, semblaient des pétales de rose !
Et le bonheur, un bonheur envié par les anges et par les hommes, planait sur ces deux têtes d'amoureux ; ils se pendaient l'un à l'autre avec des appellations passionnées, se regardant dans les 3'eux avec extase; et tout cela finissait par des baisers, des baisers toujours, un chapelet d'ivresses égrenées sans fin ; les caresses succédaient aux caresses, comme si ces afiamés d'amour eussent eu à se dépêcher de s'aimer en prévision d'un malheur prévu.
Parfois, à l'approche d'une voiture, à l'arrivée d'un passant, ils pâlissaient, se serraient l'un contre l'autre, se reprenant d'une étreinte plus folle, presque douloureuse ; puis ils riaient, tout émus, et se regardaient longtemps, des larmes plein les yeux.