DE CENDRILLON
A ce moment-là, les petites bottes se tenaient très tranquilles; il fallait les tendres discours du jeune homme brun pour qu'elles se décidassent à retrottiner avec confiance.
Un jour, tout s'écroula; une chaise de poste vint s'arrêter devant la grille ; un monsieur, l'air dur, avec les cheveux grisonnants, en descendit, accompagné d'un commissaire de police, ceint de son écharpe.
Alors, on entendit dans l'intérieur des cris et des sanglots déchirants. Une voix faible s'élevait supphante, des accents de colère tombaient dans le silence comme des coups de marteau frappant sans relâche; puis le monsieur reparut, traînant une femme échevelée qui se tordait les mains en accusant le ciel.
Ce matin-là, elle avait un peignoir flottant, des fleurs de pourpre restaient piquées dans ses cheveux fauves; des mules de
satin, deux ailes de cigne, remplaçaient les petites bottes; on eût dit une rose blanche arrachée de sa tige par une main furieuse.
Le commissaire contenait le jeune homme ivre de fureur et poussant des cris de rage impuissante; tout à coup il se tut, haletant, dompté î Dans le jardin, elle lui parlait, elle l'appelait, le nommant sa vie et son espérance, lui disant adieu en ce monde, le suppliant de ne pas chercher à la venger; puis, bientôt la voix de l'amoureuse désolée se perdit dans le bruit des roues, s'éteignit tout à fait.
Alors l'amant resté seul ne pleura plus. Il sortit de la maison, pressant fiévreusement contre lui les bottes de sa chère Cendrillon, le seul objet qu'il emportent dans sa fuite ; il referma la grille avec un gémissement sourd, et, après avoir collé ses lèvres sur la serrure qui avait gardé son bonheur, il disparut dans le chemin.
Il y a quelques jours, à la salle des