TOUS
Alors, Jean More :
— Vous mentez, vous le voyez bien ; si vous m'aviez vu, si vous vous étiez trouvé auprès de moi, au moment où je commettais uu pareil crime aussi horrible, est-ce que vous ne m'auriez pas arrêté... est-ce que vous ne m'auriez pa> tué?
Èi le pauvre homme, tombant à genoux, se mit à sangloter comme un enfant.
11 était menacé d'une crise nerveuse.
Flanquart eut peur d'ôlre allé tfop loin»
14)^ POUR ?iuN lîfFANT
— Ne craiprQdz rien, Jean More, vous o'iaret pti I ▼ou» reprocher un quatrième crime...
Le fermier releva la tôle, se& yeux rougei étaient baignés- de larmes.
— CVsi bien vous, à n'en point douter, qui, dans vos acte» (le folie, sous rinspiratiou d'un homme qui favori- 3ail Cvil accè> en vous faisant prendre une poudre excitante, c'est bien vous, dis-je, qui avez étranglé le baron d^ Crèvecœur, — c'est bien vous, encore, qui avcï noyé Maortct***; .|tii, après l'avoir noyé, avez jeté votre hache dans \è 'o»te cjii HOIre-Pencbé. — C'est bien vous, enfin qui dvei fXT40K é lecomie Gilles, c'est vous qui auriez de ttiôn)^^ ri»ii4ii«iné mademoiiselle de Miremond, si n'ayant deviné voire terrible maladie, je n'avais, pour apaiser votre r^ire. *ub>litué un mannequin revêtu des niêmes vêteriir-nls mieceli^que vous aviez choisie comme victime. Votre lt»lie vous a empêché de distinguer eiïtre la réalité et la fiction, entre la tille de votre maître et ce qui lui res^ecnblait... Vous avez cru tuer mademoiselle Blanche... Or, en ce moment, et grâce a moi, mademoiselle de Miremond esi bien portante!
Un meOabie sourire de bonheur entr'ouvrit les lèvres du monomane.
Il joignit les mains et murmura :
— Mon Dieu! mon Dieu! que je vous remercie î Mais ces émotions étaient trop fortes pour lui; il chercha un moment à se retenir, battit l'air de ses deux bras et s'allongea ensuite sur le sol, évanoui.
— Pauvre diable ! murmura le co-mmissaire de police, il est bien coupable... Ses crimes sont horribles... Mais on ne peut lui en vouloir... il est irresponsable... il est lui-(ni?me victime et c'est ce Roscoff...
El ^idé le Caradec, Fianquart transporta le fermier sur ton lit.
^, ils lui donnèrent des soins et le firent revenir à lui.
Quand il ouvrit les yeux et qu'il se souvint — péniblement — de ce qui s'était passé, il demanda :
— Qu'aiiez-vous fùre de moi f
— Dam t vous comprenez qne votre liberté «*st daDg^ignse I' p<Mît vous arriver un nouvel accès, et pet.dant jet accès, roninoe votis ne vous possédez pas, vous pouvez iommHt.tre un nouveau meurtre...
— Oui... alors enfermez-moi...
— Pas maintenant. ]\ ne faut pas qne l'on soupçonne votre folie, tii je vous fais conduire dans une m^hon de santé, je serai obligé de donner sur votre folie des renseignements. Or, je ne veux pas, jusqu'à nouvel ordre, que la justice — car remarque! que moi, commissaire de police, j'agis en dehors de U jusi.ce mette le nez d;^ns cette affaire. C'est votre inlérfii c «si aussi le mien, "^oici donc ce que j'ai résolu : Le% «ccé» de folie vous venaient surtout après l'absorption de ceue poudre de stramonium. Si vous n'en absorbez plu^. le- accè^ deviendront plus rares... Tenez-vous donc bien tranquille, et évuez de sortir. Je vais faire en sorte que les habitants du château retournent à Paris. Si donc vous avez un accès de monomanie, vous ne trouvères plus personne à qui vous adresser... Enfin, quand notre tâche sera terminée, je reviendrai, et je verrai alors, selon que ^^ms aurez i^ié plus ou moins calme, s'il y a lieu ou non de vous faire enfermer, sous un prête: quelconque.
Jean More ne répondit point.
Il était sombre et gardait les yeux baissa.».
Les deux hommes n'y firent point attention et après être restés encore quelque temps auprès du fermier il» •*en allèrent, le laissant 8eul.
Jean More ne se releva point.
A genoux, affaissé sur lui-mftme, il rêvait.
De longues heures se passèrent et il ne changea pas de position.
Les yeux fixes, les lèvres pendantes, il semblait snivr^^^ au tond de lui-m^me. je ne sais (quelle ima^e luf^nbr^• ï saisi-séante — sans doute le spectacle de ses çrutjps
L'émoiion qu'il avait éprouvée tout à l'heure au r ri| fait par le <'ommi>SHire de police avait été trop inteii-e.
S"'oL ^'expre-sion du vieux Caradec, au sortir delà fef m^^, aa tète chavirait.
144 POÎJR SON IViM-ANT
U le ooiflpnt sans donte, et il ent peor, car il appela •
— Caradec! monsieur Flanqiiari!
Mais les deus hommes étaient déji^ loin.
— Mon Dieu! mon Dieu I ajurmura le misérable, est-Cft que je vais encore devenir fou?... El personne, personne auprès de moi, pour veiller sur moi... pour me retenir, si je venx faire du mal... Ah ! mais il vaut mieux que je meure... Ça ne sera pas un péché de me détruire et comme ça je ne ferai plus de mal à personne...
Au fond delà cuisine, il y avait une pompe, sur l'évier.
Jean More alla pomper de toutes ses forces, et mit sa tète en feu sous la douche qui tomba...
Mais son crâne n'en fut pas rafraîchi..
Au contraire, il souCiVait maintenant davantage.
Ses deux mains pressaient son front et il fermait les yeux avec tous les signes d'une torture cruelle.
— C'est atroce, murmura-t-il, on dirait que j'ai des flammes dans le cerveau.
Il sortit, et en chancelant se dirigea vers le bois des Maréchaux, du côté où coulait la jolie et pittoresque rivière de l'Yvette.
— Autant en finir tout de suite... disait-il tout en marcbant... je veux me noyer...
Mais il avait trop présumé de ses forces^.
Au milieu de la cour il fut obligé de s'arrêter.
Il s'assit sur le brancard d'une charrette, croyant qu*îl s'agissait d'un simple ébiouisseroent.
C'était une faiblesse, en effet, qui le prenait.
Mais à cette faiblesse, sa raison ne devait pas survivre...
Quand il revint à lui, au lieu de poursuivre son chemin vers l'Yvette, il retourna 7ers la ferme et s'assit, restant de nouveau sans bouger pendant des heures.
Les ouvriers de la ferme qui le virent et lui adressèrent la parole, n'en obtenant pas de réponse, irent :
— Le patron est dans ses humeurs noires. Ça lui iirrÎTe bien souvenu, maintenant. Il finira mal.
hk nuit trouvft Jean More ainsi, mais le fî^r rcior n'y prit pMini gardfi «t rcst^ »joa lumière.
Pûim SON ENFANT 145
Le leu s'était éteint, les cendres depuis lon^tfHDps s'é- Uient retroidies, naais le fermier ne quilUil point le coin \n foyer.
A quoi songeail-il?
Son idée (ixe — l'idée du suicide dont il avait été saisi au nnoQient où suivant l'énergique expression populaire, sa raison avait déménagé — cette idée lui travaillait l'esprit,
Jean More était fou et quand môme songeait à se détruire.
Tout à rheure, quand il raisonnait encore, il s'était dit:
— Je me tuerai paur m'épargner de nouveaux meurtres.
Maintenant il ne pouvait plus faire un pareil raisonnement, puisqu'il était fou, mais Tidée du suicide n'avait pas disparu.
%i il songeait à l'exécuter*
VU
Dans la seconde partie de la nuit, il se leva de sa chaise.
Malgré sa folie avait-il réfléchi ? avait-il conçu quelque singulier projet ? on va le voir (1).
Il alluma une lampeà huile — le quinquet — suspendu par une chaînette dans la cheminée.
Puis il descendit doucement à la cave.
Il planta un clou dans le mur et y accrocha le quinquet.
Il remonta, passa dans la cour de la ferme, s'en alla ians le bûcher où il prit sa hacbe, une pioche, une bêche, &n pic, et transporta le tout dans la cave.
Et tout de suite il se mit au travail.
Xi& cave était pavée de larges dalles.
(i) Totu ce q^ suit «st.&baolumeiu qjagl Riea n*A été i&veii^épai(
I) «D d'^scella deux avec peine, et crensa deu:^ a ont ^S8Pz prolorulsà la place qu'elles avaipDl occupée.
Ce travail Itti avait pris beaucoup de temps.
OnaDd il eut (ini, le jour commeDçail à poiodre parle» soupiraux de la cave.
Jean More éteignit la lampe, kissa là ses outils et remonta.
De toute la jonroée il ne remit pas les pieds à la caTo; cepeodant il ne se coucha pas.
Le fermier était adroit et ini^énieux.
]i avait adjoint à sa ferme un atelie? de meoniserie, et lorsqu'il y avait à faire à ses outils quoique réparation, môme de charronnage, il n'allait jamais trouver ni le charron ni le menuisier de Foacherolles, et c'était luimô.'ne qui 'aisait la réparation.
Celte première lournée se passa, pour Jean More, à préparer deux longues piècesde bois, del'épaisseiir d'une poutrelle, dans un de^ carrés desquelles il ménagea deux rainures allant du haut jusqu'en bas.
Ce» deux poutrelles étaient fixées l'une à l'autre par une troisième laissant entre elles un espace d'environ un mètre.
CeU faisait à peu près l'effet d'un trapèze renversé.
La nuit, il alla planter ces poutrelles dans les trous SOénagés là où il avait enlevé les dalles.
Et il les y fixa solidement en entassant des pierres et ds U terre autour de chaque pied.
Ensuite — cette nuit-là ~ sans doute content de ce qu'il avait fait, il alla prendre du repos.
L*accès de folie ne le quittait pas.
Seulement ce D'éta,it plus la rage de détruire qui le hantait.
1! avait bien toujours i'idée fixe delà persécution, mais il n'avait plus qu'un but, à présent, celui d'échapper k lei per^écuieurà.
Sv. fo^ie 'ut calme, en ces jours-là — nous dirions prf<sqt)e que sa folie fut raisonnée — s'il était possible de l'eiprimer ainsi.
à §itïsk% kâ g&ïii d« la ferme a*en aDercoraui>iia
UT
J«aa {^ore ne sortit pas et vît pa? conséqaent peu de
yudol à ceui qui se doutèrent de son état d'esprit, nous avons dit quelles réflexions ib tirent.
El ces réûexioiis tdiies, ils ne s'occupèrent plus de JeaD More.
l\> étaient trop habitués à ses singularités pour en garder lor>giemps du souci.
Cela explique comnaent le fermier put vaquer librement à la bizarre occupation dont nous avons parlé.
11 continua les nuits suivantes.
Pendant la journée, il confectionnait certaines pièces de menuiserie, qu'il ajustait une lois la nuit venue, conservant assez de présence d'esprit, même en sa foiie lugubre, pour éviter d'être vu.
Tout d'abord et pendant plusieurs jours, ce qu'il fit con serva une apparence informe.
Personne n'eût pu dire ce que cela représentait.
Puis, quand certaines pièces furent apposées dans le bas, il fut facile, au contraire, de deviner.
Jean More construisait une guillotine !
A qui donc était deitioé l'horrible instrument de sup« plice?
Ëtait'Ce un Douvetn crime que le monomane méditait?
Dans sa fureur destructive avait-il ciioiti uoe nouvelle victime?
C'était lui-même 1
Ed la folie, il l'était i«i2U le rsiionnemeni que voici:
« Je luis persécutée i ai eu beau étrangler, noyer mes » persécuteurs, je n'ai pu m'en débarrasser. Pour » échapper à leurs persécutions incessantes, il ne me reste » plus qu'à me tuer moi-même. »
Et, sou> l'empire de l'horreur que ses propres craintes lui avaient inspirée alors que Flanquart lui en avail fait le récit, lequel récit lui avait faii euirevoir la guillotine comm«. '.hâiimeni suprême, il conslrui>.ait un échafaud.
L'idée du suicide et l'idée du châtiment ne faisaient plus maintenant, en sa pauvre l6le, qu'une seiiia etmèmft idée.
148 POUR son ENFANTt
tériuux travaux.
Riquelot el Magloire avaient bien surpris, à différente* reprises, Jean More, au moment otï il était à. la cave.
Non qu'ils fiiBsent descendus là alors qu'il s'y trouvait.
Cela leur eût été impos^ible car ie paysan fcmait avec loin toutes les portes, celle de la ferme et celle de la îave.
Mais ils avaient, en passant une nuit dans la cour, aperçu de la lumière par les soupiraux de la cave.
— Tiens, fit Magloire, le maître ne dort pas...
— Il met probablement quelques tonneaux de cidre en chantier.
— Oui, sans doute, on l'entend frapper des coups de marteau.
En somme, il n*y avait rien d'extraordinaire à ce que Jean More lût occupé là... les ouvriers n'eurent aucnns soupçons et il ne leur vint même pas à l'esprit de regarder ce que faisait Jean More, en se coulant par le soupirail, ce qui leur eût été facile.
Ils passèrent, et le lendemain ils n'y songeaient plus.
Cependant, Jean Mo^a n'abandonnait pas son sinistre projet.
Mais il était arrivé ft la partie la plus difficile & exécuter.
Le couperet!...
Les deux bras de \h guillotine étaient plantés ; en ba&, i un demi-riièire du sol, étaient accrochées aux pou îrelles deux pianebetles se rabattant l'une sur l'autre; et somme Jean More y avait ménagé deux demi-lunes — lorsqu'elles se rejoignaient, cela formait un trou rond à peu près de la grosseur du cou...
Jean More l'avait essayé, ce trou îî...
Relevant la première planche qui glissa dans la rainure des poutrelles, il appuya ie cou sur la demi-lune de ia plancb*» du bar^ — immobile, celle-là — la première te rabattit et (fn.pn&onna sou cou,^.
iWft louait à mer?eilig U^,
* POCm SON BNFANT '^^
Le mftlbeuFeux te comprit et eut une grimaGe de satisfaction.
Cette partie d« sa besogne terminée, il songea au couperet.
Le lendemain, dans ]a journée, il alla visiter le saloir âe la ferme.
Il trouva là ce quMl lui fallait : un large couperet de boucher servant à déooîiper les porcs.
îl le repassa soigneusement sur une meule jusqu'à ce qu il fûi aiguisé comme un rasoir, faisant gusser de temps en temps son pouce sur ie tranchant, ainsi qn^ î'il se fût agi d'une simple besogne de boucherie.
Le couperet était neuf, large et long.
Mais Jean More jugea qu'il n'éuit pas assejL lourd.
Il ramassa tout ce qu'il put trouver de plomb dans la ferme, le fondit, le coula autour du manche, afin d'égaliser la pesanteur sur toute la longueur de l'instrumeut.
Il n'y réussit pas du premier coup.
Il lui fallut plusieurs jours pour arriver à ce qu'il voulait, à l'idée qu'il se faisait d'un couteau de guillotine.
Enfin cela fut prêt.
Il ne lui restait plus qu'à ajuster le couperet en baut de Técbafaud ei à le faire glisser, sans arrôl, avec la rapidité de la foudre, du baut en bas.
Cela lui demanda plusieurs jours encore : c'était la partie la plus délicate de son travail -— celle qui lui demandait le plus de soin, le plus d'habileté et d'adresse.
Il dut, pour y arriver, tixer le couperet dans un appareil en bois qu'il passa deux jours à inventer à cet effet.
Ce fut cet appareil qui glissa dans les rainures, soi* .gneusement raboltées, frottées et graissées.
L'instrument était reteuu en haut par une tige de fer, servant de ressort, reliée â une corde pasï^ant dans des anneaux jus(^u'à portée de la main du suppiicié.
Une fois la léUi dans la lunette, la piauche rabattue sur soc ;ou, étroiiement tixëe là et l'empêchant de remuer la iftle, le misérable, pour se guillotiner, u'avail piubqu'a étendre ia main droite, k fMi^sir la corde ôt à tirer d'un coup a<9C«..
Alors, sous la st^cousse, la liga de fer qnï wt^naît le coupure» *.o«irnait sur elle-même — le coiipere- /lissait Je lon^ <iB> poutrelles, eolratné par la ttia>se énuinie de plomb avec la viteâse d'uo éclair et s'abatlait sïur ie cou de Jean More...
Linstrumeot était grossièrement établi — mais tout cela n'eo était i^ue plus monstrueux — et les moindres détails avaient été si bien prévus par le monomane et avec une si singtilière lucidité, qu'après avoir manœuvré le couperet à plusieurs reprises, Jeao More oe tiouva aucun défaut; tout marchait sans accroc, tout était prêt l...
Quel jour allait choisir Jean More pour son supplice?...
La Quit où il mit la dernière mais à la guillotine, il était brisé de fatigue et, remontant péniblement l'escaiier de la cave, Il alla tomber sur son lit, où il resta de longues heures, immobile, sans soulÛe, comme s'il tût mort.
Le soir, quand la nuit fut tout I fait venue, Jean More alluma sa lampe et alla la suspendre à la cave.
Puis, il remonta, prit deui paquets de chandelles et, lllucnant celles-c) l'une après l'autre, les piqua sur des poutte> du chantier et sur des tonneaux.
De telle sorte que la cave fut illuminée d'une lumière très vive.
A cet instant, Magloire et son ami Riquelot, qui aimaient à errer un peu partout quand il taisait nuit, pas'^aien( devant les soupiraux.
Tous les ouvriers de !a ferme étaient couchés.
Rii^uelot et Magloire s«»uis étaient ûeboui, à cette heure- là.
il était impossible de traverser la cour de la ferme sans Hre (rafipé par la luaiière intense «^ui venait de la cave.
— On dirait un incendie, murrntir:* Riquelol... Qu'estce que it' patron fabrique donc là?
— De vrai, ça commence à devenir drôie ; il est làiedhDS tous les soirs et tous les soifs ii y travaille.
— Voilà plus de quinze jours que çâ dure 1
— £t dep^uis plus de quinze jours le patron n'a oas dit
POUB SON ENFANT 1^
quatre pai^oles... Il va faire quelque foli», pour sûr.,t
— Si nous regardions ?
— Rieo (je plus ^impîe,.. il sufBt d'entrer dans le sou> pirail... mais si Jean More nous aperçoit, il nous réglera notre compte... Tu sai*^ qu'il nous en vent... depuis la dernière «tlaire. el qu'il a dit que si nous avions l'air de l'espionner, nous oe remettrions plus les pieds à la ferme î...
-- Basi î en prenant des précautions...
— Essayons toujours.., après tout, il n'est pas enragé, le maître.
Ils ^'approchèrent doucement de la maison, là où les soupirauik de la cave apparaissaient violemment illuminés.
Il y avait deux soupiraux.
Ils se couclièrt-ni à plat ventre, et se retenant à des pierres, descendirent dans l'étroit boyau qui donnait de l'air el de la lumière à la cave.
El tous deux, en-enibie, laissèrent échapper un cri que la terreur étfarjgla dans leur gorge.
Jean More étail assis sur une tuîaille.
Immolnle, un sourire ^atisrait errant sur ses lèvres, i' Conternpl«it son œuvre lugnbre.
Il en visita sC!"upuleusemeDl, une à une, toutes les pièc^'S, fil jouer le couperet, s'assura avec une attention mioniieu-e, que tout ét^ii bien à sa place.
El Mi^gloire .et Ri»|Uf lut avaienl avancé la tftle parles soupiraux au momeut où le couperet descendait et remontait...
Or, les deux paysans savaient très bien ce que c'était qu'une guilloiine.
Tous les deni en avaient vu maintes fois, repré'^enléefi dans le- gravure> de> louniaiii pnpnlaires illusirés.
Tous deux en outre, ils avaien' a,--^islé, un matin, à Pans, à «3ue exècuiiou capiule, sur la place de la •totiueile.
D* !elle façon que lorsqM*il8 se relevèrent, pâles, !a îueu' au front, ils murmurèrent, en môme temps, d'uue "Voix étouffée par i'épouva&te :
152 POtIR SON ENTANT
— C'est «lie guillotine ! c'est une j?uiliotlne \
Et ils tremhlaieûl ^i fort que leurs dents claquaient.
— Le maître est devenu fou,., dit Riqnelot qui, le premier, reprit possession de sa présence d'esprit... Qu'est-ce qu'il ftd propose de faire avec cet instrumentlà?
— Je ne sais pas, dit Magloire qui continuait de trembler, mais à coup sûr pas grand'chose de boa.
— II manigance une sottise...
<— Peut-ôlre mieux» ou plutôt pis que celât
— Un crime?
— Dam ! qui sait?
--- Qu'est-ce qne nous allons faire?... Je n*aime guère me mêler de tous ces mystères-là...
— Il faut pourtant l'empêcher... pour cela, faut le guetter ; nous verrons comme cela s'il en veut à quelqu'un. Reste là, Riquelot, remets la têle dans le soupirail et ne bouge pas d'ici... moi, je vais courir au château avertir quelqu'un... Je ne sais p^s pourquoi, mais quelque cbo>e me dit que ça les intéresse, k Foucherolles. M. Caradec est au courant des affaires du château ou M. Pierre Morgand. Si je pouvais metlrC' la main sur eux, ils aviseraient...
— Cours vite, Magloire, et reviens plus vite encore, parce que je ne suis pas en sécurité, moi... Si Jean More me découvre, s'il sort, s'il saute sur moi et qu'il lui prenne la fantaisie d'essayer son couper^'t sur mon cou, ;a me guérirait pour toujours du mal de dents, vois-tu bien...
— Ne crasns rien. Je vole. Dans un quart d'heure, je >erai de retour, et j'amènerai du monde... Mais moins, pas un mot. Tâche que Jean More ne se doute de rien. Il ne faut pas lui donner l'éveil.
Magloire partit et fil diligence, comme il l'avait promis.
M bis il mil, à prévenir du monde, plus de temps qu'il a'a^dj* cru.
Au ch&Loau, on était couché ; les lumières étaient éteintes.
fiÈl^giairç réveilla le eonderee.
POHR SON ENFANT
lâS
— Oa'csVo© que von» désirez, à cette benre-d? Ût fbomme tout endormi et peu satisfait d'ôtre réveillé pendant son premier socnmeil.
*- Il faut que je parle, à Tinstant môme, à CaradeCt ou s'il est possible à M, Pierre Morgaad I
— C est donc sérieux ?
— Très sérieux, et si vous ne m'ouvrez pas la grille tout de suite, si vous tardez quelque peu, il pourra vous en cuire.
Depuis un an le concierge était habitué à tant de mystères qu'il ne fit pas d'autres objections... La grille s'ouvrit.
Magloire se précipita dans le jardin.
— Tout doux, mon brave, dit le concierge. Laissezmoi faire. Je sais où couche Garadec. Je vais le réveiller, et s'il vous faui M. Mor^aiid, Caradec se chargera d'aller le prévenir. Par exemple, il me semble bien ne pas avoir aperçu M. Morgaud de toute la journée ; je ne l'ai pas TU, non plus, rentrer ce soir, i) pourrait donc se faire q»'il tût absent.
Tout en causant, le concierge avait traversé le jardin, et pendant que Magloire attendait en bas, péuélrait au château.
Quelques minutes après, il revenait avec Caradeo.
Magloire le prit à part, l'éloignant du concierge, — lequel faisait tous ses efforts pour entendre, el en deux mots le mit au courant de ce que lui et son camarade Eiquelot avaient surpris.
— Ah ! mon Dieu, le pauvre diable I... Mais il ne fallait pas l'abandonner... Il fallait enfoncer la porte de la cave, vous emparer de lui... le lier... Vous n'avez donc pas compris qu'il est fou et que c'est pour lui qu'il a construit cetle guillotine... Jo cours chercher M. Mo^gand... Vous, Magloire, retournez à la ferme... et empêcher ce gra'jd malheur, s'il est encore temps.
Le concierge s'était trompé.
Morgand était au châit au.
Ce qui avait causé son erreur, c'est que le jeune homme Avait créé une multitude de prétext^^s pour ne pas quitter
Blanche, même une mloate, craignant contre elle quelqiif> «utreprise de RoscoQ» à la poursuite duquel Pldil<= i^tirtii éUii parti depuis quelquei jours. Mul^ilucl fut habillé en cioq mniutt;s.
— Il laul sauver Ce malheureux I dil-il.
Et Caradec et lui s'élancèrent dans» la direction de la fedue, couranl de toutes leurs forces.
Ils re)o»f<Direiil Magloire co chemin, tellement ils s'étaient hâiés — ei ils arrivèrent ensemble â la terme...
Comme la lune s'était levée, sur aes entrelailes, ils aperçurent, en pénétrant dans la cour, Ritjuelot qui, siirjiissHnt tout à coup, au pied de la maison d'habitation, accourait vers eux avec de grands gestes en c.'iaut :
— Il sera trop tard I il sera trop tai d 1
Il n'en dit pas plus et ceui qui arrivaient ne lui demandèrent pas d'autres explications.
Magloire s'ét.iil pré'^ipité vers un hano:ar, y avait pris une lourde pièce de cois et se donnant un vigoureux élan, avait poussé la pièce de bois contre la porte d'entrée.
Celle-ci, enfoncée, s'effondra, laissant le passage libre.
lU entrèrent dam la maison ; restait à enfoncer la porte ouvrant sur l'escalier de la cave. -Mais, celle-ci oûrait encore moin^ de résistance que la première.
Eu une seconde e'.le fut jetée à bas.
L'escalier était éclairé par la lumière des chandelles allumées dans la cave.
Les quatre boiumes ne firent qu'un bond et se trouvèrent dans celle-ci.
Maiï, \k, tous les quatre, ils reculèrent en jetant un grand cri d'horreur.
C'étan un spectacle épouvantable, en effet, que celui
qui >'ut!rait à eui...
De tous les côtés, des chandelles allumées par le fou, étaient plantées, comme nou& l'avons dit, sur les poutres du chnotier et sur les futailles...
Dd lelXd ftorio qu'aucun coin ne restait dans Tombre.
POtJR SOi^ ENFANT
lâ5
An millen de la cave se dressaient les deax brai hideux delà guiliutioe...
El, en haut des bras, sur le couperet ai{;ui>^ par Jean More, chaqu» lumière meliail nue pointe élmcelaule de feul...
Sur la guillotine, Jean More venait fie monter, — en môme temps que les quatre h(»n)ftje8 enfonçaient la urt} tnière porte, celle qui donnait -ur la cour.
Il avait jeté sur l'instrument de supplice Un dernier coup d'œil, afin, «ans doute, de ^'assurer si tout était bien eu état, si rien n'avait éié oublié.
Au moment où Vlorgaurl, CararJec et les delii paysans enfonçaient la porte de la cave, Jean More s'agenouillait et assujetti^san! soc cou dans la lunette, rabattait audessus la planche qui, jouant sur un ressort, l'enserra fortement.
Le fermier avait entendu le fracas des portes enfoncées mais n'y avait poirjl pris garde.
L'in>tinclii raisonnement qui l'avait fait cacher dan» une Cave le sinistre travail qu'il avait rêvé, n'allait pas jusqu'à lui faire réflé< br que ceiii qui venaient pouvaient s'interposer, l'arracher à la mort qu'il s'était préparée.
Il ne s'interrompit donc pas dans ses apprêts lugubres.
Et lorsque, dép;ringolant Tescalier et arrivant comme une trombe dans la cave, Morgand et les autres laissèrent échapper un cri d'horreur, ce cri fut causé par le spectacle qu'ils eurent sous les yeux.
Devant eux apparut la tête de Jean More, sortant de la lunette, les yeux grands ouvert> et fixes, le« livres distendue*, une rougeur b'ûlante — la rougeur des accès les plus violents de sa folie — sur le vidage...
Ils reculèrent d'un pas, tant ce spectacle étaii épou- Tan table ,...
Upe seconde, ils hésitèrent, ~ une second*, pa^ olus f
Et <'.ette seconde causa la mort du fermier...
Au Tiomeut où Morgand s'élançait pour renverser /éehafaud» Jean More étendait la main droite le long
Ï5fl POUR SON ENFANT
d'une poutrelle, et tirait, d'un coup sec, la corde qui aboutissait à la lige de fer retenant le couperet.
Le couperet glissa dans la rainure si rapidement que îela ne parut qu'une étincelle faite du rayonnement d€ ioutes les buugieb qui scintillaient sur la laine...
Un coup sec, auquel répondit uD autre bruit plat «outd, puis comme le jet d'une pompe !...
Le coup sec, celui du couperet s'abattant, de son inorme masse, sur le cou de Jean More...
Le bruit sourd, celui de la tôle du misérable roulant sur le sol humide de la cave...
Le jet d'une pompe, une large et soudaine coulée d« lan^, lâchée par la plaie horrible...
Jean More s'était t'ait justice !
Et dans sa démence, il s'était appliqué h lui-môme la peine de ses crimes — que lui eussent refusée les hommes, le sachant inconscient de ses actes, plutôt victime qu'assassin !..,
Riquelot et Magloire se sauvèrent, terrifiés, remontant Tescalier en tremblant sur leurs jambes...
En haut, ils lurent si faibles qu'ils se laisseront choir sur le sol ..
De grosses gouttes de sueur tombaient de leur troni et ils murmuraient:
— Ah I mon Dieu, c'est horrible !... c'est horrible I... Quact à Caradec et à Morgand, ils étaient res-tés.
Mais leur émotion, à eux comme aux paysans, était si grande, qu'ils furent obligés de s'asseoir.
Un éblouissement passait devant leurs yeux.
C'était comme un rêve atroce qu'il leur semblait faire H à la réalité duquel ils ne pouvaient croire...
— Quel aflreux drame I murmura Morgand. Caradec frissonnait et se voilait les veux.
Lp corps du fermier avait roulé sur le côté, et après quelques convulsions ne bougeait pins...
U lêle avait tait quelques grimaces, les paupières s*étaient abaissées et s'étaient teievôôs,*. les muscies du visage s'étaient contracté*-,,
Geiii en une &eaoud«.
FOtfH SON ENFANT 15?
t*uîs tout était redevenu immobile, — immoMle étern»9l!pinBitll...
Caradr-c et Mopgand remontèrent, après avoir éteint les hou^ios allumées par le iDouumaue...
En haut, de l'escalier Riquelot el Magloire revenaient à eux. ^
Morgand leur ât promettre de ne pas ouvrir la bouche sur tout ce qu'ils avaient vu*
IJ.8 jurèrent.
Et telle était leur épouvanta, toujours, que le jeune homme pouvait être certain que ju.^-qu'au jour oîi ils seraient relevés de leur serruent, ils ne l'oublieraient pas
Ils fermèrent, en la rajustant solidement, la porte de la cave, atin que personne ne pût se douter du drame qui s'y était passé.
Ensuite, ils sortirent de la ferme.
Riqueiot et Magloire eurent pour mission de dire, le lendemain, aui ouvriers qui s'informeraient de Jean More, q\is le fermier était absent pour plusieurs jour»*
De cette façon tous les soupçons étaient écartés,
Caradec retourna au château.
Quant à Morgand, i! fit atteler une voiture et sans perdre une minute, alla à Kambouillet troiiver M. Poulvere! auquel i^ raconta le drame de cette mort.
Mais, afin que l'ingéreuce inopportune de la justice n'entravât point l'enquête mystérieuse à laquelle ils s'étaient livrés, Flanquart et lui ; afin que le mystère des crimes de Foucberulles restât inexplicable, au moins pour un temps encore, jusqu'à ce que justice fût faite, et cela afin d'éviter le scandale, il sut raconter au juge d'instruction comment il avait été averti, par hasard, des projets de Jean More, comment il n'avait pu arriver à temps pour les empêcher — sans laisser deviner à M. Pouiverel qu'il connaissait les accès de folie du monomane — sans lui laisser deviner surtout quels rapports existaient entre Jean More et Roscolf et comment le docteur rus»# avait exploité la mouomanie du maUUeureux.
Le genre de mort en fermier fat done ooq&il
il vj i?£t pouvait être autrement,
Miii ce tut lout ce qui transpira du mystère de s» folie.
En l'esprit dp ppr^onne au village et dî^ns les alentour» Qf vint ridé*' (^u'ii iû' l'aut^^ur rtef trois crimes dont les p^'jsans cooiiiNiaieai de s'euireteuir, le soir, &vec un Iria^ou db lârieur.
Tin
Revenons à Flaoquart, que nous avons abandonné nn moment pour retracer Thorrible fin du complice de Roscnff.
Aussitôt après l'entretien qu'il avait eu avec le comte de Miremond et Pierre Morgnod, le commissaire de police était parti à la recherche du docteur russe.
La première chose qu'il avait à faire, était de s'assurer que le docteur u'habitait plus Foucherolles.
Rien n'était plus facile.
Deui paysans allèrent, coup sur coup, chercher Rd»« cofl chez lui, le premier sous prétexte que sa femme était malade, Le second, alléguant qu'un de se.'' enfants avait le croup.
Marpha dut répondre à tous deux que Roscoff était ab>ent de Foucherolles et ne rentrerait probablement pas avant plusieurs jours.
Flanquart, auquel les deux paysans, payés par lui, rapportèrent cette réponse, murmura :
— Il ne rentrera pas ; il est en fuite, c'est certain.
Le bonhomme eut un moment d'indécision.
Où RoscoO ponvait~il se cacher ? Etait-il à Paris ? Ftait-iî encore en France? Etait-il pa&sé en Riissisî
Antar.t de qtiestions auxquelles il était dilûciij de réor.dre. au moins pour le moment.
A /orce de réfléchir, toutefois, Flanquart en vint à oeM^er qu'il était probable que ie misérable n'avait p«»£ dû quitter PaitIii.
POUR SC^ ENFANT luB
-^ Il a commis tous ce» crime», se disiit>il, pnnr conquérir une grande fortune, pour épouser la coful-^'»-*' el pour enrichir madernuiselle Blanche de MireiuoDa ^n il cruiv ^ dlle. il aiuie peui-ôire enci>re la ci»ni»e»^c — HalA, Ce qui est certaiQ, c'est qu'il adore sa tille. Eh bieo, je De pens<j pas» que le danger qu'il court — si giand qu'il soil — lui tasse abaudonuér 3» SUe. 11 cherchera à fa revoir, évidemmenl. il cherchera peut-être aussi à revoir la comtesse. Qui sait s'il ue fera pas quelque tentative contre ces deux femmes, contre sa Ûlle surtout? Ed surveillant étroitemeot fiiauche et &k môre, j'ai dooc chance de le rencontrer...
El c'est pourquoi Pierre Morgand, sur la prière de Flanquart, n'avait plus quitté l'a châtt^au,
(Mais les jours s'écoulèrent sans apporter aucun changeaient dan> la situation.
Apiès la mort du feruiier, Flanquart prit conseil du comte, U;quel se tenait toujours ^oixneU'^emenl caché, De laissant soupçonner son existence à personne, et vint ensuite trouver Mor^and au château.
Je n'a> plus qu'un seul espoir de m'emparer de Ro^coft. dit-il.
— Lequel ?
— En ayant Tair de lui abandonner sa fille et sa DQaitrniise K^•lûclu)^s un peq notre surveillance — en apparence, bien entendu — et laissons â ko-coU un peu plus de liberté. M'est avis qu'il ne doit pas èue loin et que nous verrons bientôt poindre le bout de son oreille. Mai^ pour cela, il nous faut quitter Foucherolles. îci, jamais Ko>coU ne se montrera. C'est À Paris qu'il faut que nous dllions toiis. Vous chargez-vous de décider la comtesse et mademoiselle de Miremoud ^
— Je m\u charge, dil \lorgaud.
El en etî, i, deui jourï^ après, il ne restait plus que deu:i du irois dume&tiques au château de FoucheroP»*.».
blanche ei Marguerite étaient parties pour Paris. Caradec, Morgand, Flanquart les avaient suivie», ^eul, le comte restait à FouphoroUes. touiour» caché
îftO POLV aON ENFANT
dsDB la mais^oQ dn «ommissiî^re de poRcsi po^ a ^,)fM^ raltre au premier signal.
Une quinzaine de jours se pas^^ftpent sans qu'aucun iudice éveillât les soupçons de FUnqoapl.
Aîurgrtnd avait prévenu sa sœur, — laq uelle, confiante en lui, se prêtait docilement à ce qu'il demandait — quf Roscod essaierait sans doute de se rapprocber d'elle, et il Tavail priée de ne jamais quitter l'hôtel sans avertir, «oit Caradec, soit lui-même«
Blanche, qui n'avait pas le mot de rénigme, s'étooDait toujours de tous ces mystères.
Elle interrogea le jeune homma.
— 0"'es^ devenu Hoscoffl... Pourquoi semblez-voas maintenant vous défier de lui?... Que me veul-il et que
îounaii-il tenter contre moi?...
rf A cela, le sculpteur avait répondu gravement :
— Le docteur Floscoff est un grand criminel... ne m'en demandez pas davantage aujourd'hui... Je ne pourrais vous satislaire... Je souhaite que vous ignoriez toujours ce dont j8 veux parler... Plus tard, cependant, s'il le fallait, vous sauriez tout...
— Vous m'avez dit un jour, Pierre, qu'un grand bon» heur — une joie immense, inespérée — m'était réservé,.. Or, je passe mes journées et mes nuits dans tes larmes au souvenir de la triste 8n de mon père... Pour quand donc ce bofjheur.,. Pieire... et ne vous seriez-vous point trompé?... El si elle arrive, cette joie, serai-je seule à être heureuse ?... Quelqu'un, auprès de moi, n'en aura-t-il point sa part ?
— Paiit^nce, Blanche.,, encore quelques jours seulement.
Et il sortit, — envoyant un sourire à celle qujl était sa lœur, et qu'il aimait de toutes le* forces de son âme.
Trop de drames, depuis un an, avaient rempli la vie de celte famille pour qu'elle reprit aussitôt son existence mouUaine.
Après quelques visildd — très rares — aux parents les plus rapprochés, aux amis qui leur avaient témoigné, en ces derniers temi>«, la plo» fif« sollicitude. Blanche n%
POUR SON RNrANT 1^1
8« mère «Smfwoaèirettt du»» lear hC4«!, ne r^iceT^Qt que le marquii de Thévanne et la mère*
\h comtesse sorlil peu.
Sa santé avait été fortement ébranlée ^p Cfè catastrophes et, en dernier lieu, elle avait été prise d'une grande inquiétude lori de la soudaine disparition de Roscofl.
Marpha, elle-môrae, ignorant la retraite de son frère, n'avait rien pn dire à la comtesse, et celle-ci se rattachait à Rosco0 et le demandait avec une instance que faisaient seuls comprendre ses remords, le besoin instinctif qu'elle avait d'être protégée contre ses hailu cinations et la fai» blesse croissante de son espri«.
Quant à Blanche, elle puisa ses distractions dans son inépuisable charité.
Elle avait ses pauvres et souvent s'égarait dans de misérables logements où elle aimait à soulager ces tntortunes honteuses et inconnues, si -nombreuses à Phpis.
Jadis, son père ra?ait maintes fois accompagnée dans ces visito> bieufaisantes.
Et cela reuouveia sa douleur que de les reprendre, ces visites, après ce lo*ng intervalle pendant lequel elle avait souffert, en soc cœur, plus peut-être que ne devaient jamais souffrir ceui-là qu'elle allait consoler.
Sa mère aussi raccompagnait, mais mioins souvent qne le comte de Miremoad.
A leur retour à Paris, Marguerite chercha, dans des œuvres de charité, comme un apaisement aux remords qu'elle sentait dans son âme.
Elle et Blanche ârent donc de fréquentes sorties, et Marguerite en revenait, chaque fois, un peu calmée, lui semblait- il.
Or, un jour, dans le paquet des correspondances qui leur arrivaient tous les matins et qui, tontes, leur par laient d'œn^res pies, madame de Miremond trouva une lettre pressante, une sollicitation hnmble et témoignant de tant de misère qu'elle en fut tonrhée.
— Tiens, dit-elle, voie! un nouveau pauvre qui nous arrive. Liti
1^ POÏJR SON ENFANT
Flancbe prit ït papitr qn^on lui UMa^ii,
C'était une lettre écrite d'iUfte écniure groseiew;^ a?t« nue Ancre presque blanche.
Elle disait:
« Madame, on m'a parlé de Totre bon ooiur et en des termes tels que je n'hésite pas à m'adresâer i tous. i*a! cinq enfaots, madame, dont Talné a six ana à peiné. Je suis malade, paralysée dans oioo lit, à la suite d'ans frayeur que j'ai eue dans la rue. Impossible de travailler pour nourrir mes enfanta, dont le dernier a encore besoin de lait. Impossible aussi de travailler pour acheter les remèdes que nécessite l'état de mon mari. Depuis six mois mon mari est alité. Qu Ini est venu après des privations de toute sorte qui ont engendré des fièvres dont il ne s'est jamais remis. Bier, il a voulu se lever, malgré le médecin, et il est retombé comme mort et il est resté quatre heures sans mouvement. Les locataires de la malson, ajss! pauvres que nous, nous ont bien fait, pendant quelque temps, la charité, mais à la fin, voyez-vous, madame, on se lasse de tout — et sans une bonne voisine— celle qui vous écrit, car moi ]e ne peuz remuer ni braf ni jambes — nous serions morts de faim tous les sept — père, mère et enfants, à l'heure qu'il est. C'est cette bonne voisine qui m'a parlé de vous, et quelque chose m'a dit, dans mon cœur, que vous ne me repousseries pas. Je ne vous demande rien avant que vons ne noos ayez vus, madame, parce que je ne veu2 pat que vous ayez la pensée que je peux vous tromper. Tout le monde vous renseignera sur nous, sur notre travail, quand nont étions bien portants, hélas l — sur notre probité et sur Hiotre bonne conduite... Et croyes bien, surtout, madame, que ce n'est pas sans avoir hésité longtemps, qne j'ai prié notre voisine de vous écrire cette longue lettre, en mon nom, pour mendier votre charité. iVton mari l'ignore -* et c'est pour lui que j'implore, plus que pour moi I »
Suivait l'adresse : « Madam» Legaint, iÈif me dtk Poteau, à Montmartre, »
— Nous irons, dit simplement BlaaâlM^ ém%ê ^r la
PûtJR SON ENFANT 163
- t^âs aojourd'lin!» dit Marguerite, je me leat ftti- Kii^e, un peu soufirante. J© voudrais ne point iortir... ! .-p»'!jdaol, cette lettre est pressante... Ce« pauvres gens sont au dernier d« gré de la m'sère... Si on les fait attendre quelques jours de plu», ce regard peut être fatal à l'un ou à l'autre... Il faut les secourir tout de suite... Nous leur enverrons de l'argeni...
— Mais moi, dit Bîanche, je ne suis pas malade; je puis sortir, avee ma femme de diambre... Ce n'est pas la première fois que cela m' arrive, et je a'ai rien à craindre. . .
— Soit, ^it ia emstesse.
Et il fut cofivoou que, dans l'apr^-midi. Blanche irait rendre visite a ces malheureux.
îl était dix heureê du matin, à ce moment-là.
En sortant de cil es sa mère et eu traversant le salon, Blanctje reit^ontra Pierre Morgand.
C'était ainsi tous le» jours.
Pierre eonnaiissait les habitudes de sa sœur et, craignant quelque piège pour elle, venait s'enquérir tous les matins des endroits où elb irait dans la journée.
— Je ne ferai qu'une course aujoard'hui, dit-eli«. Tenez, monsieur mon protecteur, lises.
Pierre prit connaissance d» la lettre.
Il eut, en U parcourant, on pressentiment biitm^ Inexplicable...
Il iu4 semblait que derrière cette lettre ae cachait In piège qu'il redoutait.
-A quelle heure ires-vonsruelîn Poteau fdemaadft-i-iL
— "Vers quatre heures.
— Bon. ¥oole«-vous me laisser cette lettre?
— Volontiers. Attendes aeuiement que ]• preast l'adresse.
Et elle écnvii f adresse de m&daiije Legaint anr «n petit carnet mignon, à couverture d'ivoire.
A la même heiire, c'est-à-dire vers dix heures en ma-» tin. tous les Jours, Morgand avait rendes-vous avec 1# eommi^saire de police Ifian^nâit, ^m un miiroha&d de Ti»sd«f «s:.7ic%>^>
164 POtJft SON iNP/lNT
Ce fnt là qu'snseitôt il âlU retrouver le bonhomme.
rian(]uart était assis devant UDf table Je einc ft himait Œièiahcoii(|uemHDi SB pipe, eobuvaotuii verre d absinthe
Il éiaii soir'Menx L'a?euir lui Apparaissait iiid^ci».
Mo'kir^ud !ui serra la maiD «t, sans dire uo oiut, lui prévenu la lettre.
Fianquart eo prit coDDaistacce.
Après quoi, étei^rnaoi ta pipe:
— Vous croyez, n'est-ce pas, qu'il j a du Roscoff là' dessous?.. .
— Je le craint.
-> Eb bieo, moi, je dirtl pins, j'en suis sûr. Et si nous ne nous trompons point, Thooime est à nous.
— Quel est votre pian?
— Je vous le dirai quand il aura réussi. Soyez ici à midi -> pas plus tard J'aurai peut-^tre besoin de vous. Prévenex égaleaieni Cartdec. Tout le monde sur le pont . comme il dirait, le marin.
Flauquarl quitta Pierre Morgand.
OÙ allait-il ? Rue du Poteau. Dans qQerDnt?On Ta U ?oir.
Une demi-benre après il était rue du Poteau et entrait dans une mai^oD délabrée, haute de deux étages seulement, où il n'y avait point de coDcierge pour le renseigner.
Mais Fianquart était trop habitué & des expéditions pareilles pour être arrêté par une aussi mince ditficulté.
A côté de la maison portant ie o* 1Î5 — celle qui était dé>iguée dans la lettre écrite à la comtesse de Mire- ZDood — 6& trouvait un marchand de vins.
Fianquart se 61 servir un litre de vin et invita le bonhomme du comptoir à trinquer avec lai.
L'autre ne se fit pas prier.
Il arriva, tenant son verre et clignant l'œil,
U traîna en tabouret jusqu'à ta table du commissaire de police, et, le regardant entre les deux yeux* avec un iourir© :
— Je pgjrie que Tooa ea ôte§ — lui dil41 sans pré«m* bold -- ^ aa6 Totîf avei besoin de renaeignemenii T..
POCÏI SON WfFANT ÎW
— y^n soif! et f aî besoin de peusftigtîemoûti, dît tîm j^ldmeut FtaLiquart, mais je dois ajoutar -^ puisque vou; êtes siî tîv jj«e ce n'est pas pour \& compte de la Préfecture de police que je travaille, mah bien pourmoH com'^U persoiiDdl.
— Çs De me regarde pas et ça m'est égal. Sotnetnent^ comme je a'ai pas envie d'6tre « blousé », mojoitrez-mo; votre carte.
PiâDquart avait dant sod portefeoille une carte d*agen1 de Paris; iJ la montra au marchand de vini^
Alors, ceiui-ci, se penchant et très bas:
>-» Je 8U1S • indicateur », dit-il, ta <roii« gènti pas..« qu'est-ce que vous voulei savoir?
— Est-ce qu'il d'j a pas une famille l^g&iut fjtyÀ ktbit« la maison voisine! Coniiai8!»es-vous cela?
- Oui, de pauvres gent pat heureux du tout, et qui BUértieriiieDt de l'être davantage.
— HoQuêies, alors?
«^ Tout ce qu'il y a de plua honnêtes... tntant que mi<sérables... On leur fait du bien, dans le quartier... mail BOUS sommes pauvret, nous aussi, et ce qu'on leur donne ie sulât pas... Penses donc ! cinq enfanta I et le père et la mère malades, dans Tini possibilité de faire oiuvre dt leurs dii doigts, et depuis longtemps...
— Qui esi-cc qui les soigne ?
-' Ma foi, ils sont restés jusqu'ici sani rece?oijr d'au* tre» soins que ceux d'une voisine... En ces derniers temps, toutefois, wn médecin est venu les voir, presque tous les jours, disant aux Legaint qu'ils n'avaient pas à s'effrayer de ses visites attendu qu'il ne les ferait pat payer... Vous comprenex que .Uf Legaint ont été acH chantés.
«» C'est un médecin du quartier, sans doute? demanda )fianquart dont la curiosité fut mise en év<àii par ce détû^^
■^ Non, personne ne le connaissait,
^ Tiens, tiens I St d'où vieni-il ?
°» On ne sait. C'est probabiement un médecin du qitar^ sier voisin... Attendes donc... je crois qu'il a dit aoÉ L^i^iat ^*i{ #*aï* xi^MRveiiemeiit iastallé à Vmh,
16fî POUR SON ENFANT
— Il «stjeaae, alors?
•^ Noi). Dans les quaraato on cfoar&nte-clnq ans.
— Vous l'rivei ?u ?
— Oh I plnsieurs fois.
— Vous pournei m« donner son signalement?
— FitjrileiiieDi II est grand, mince, élégant, très bieik mis. Il h les yeui très noirs, très brillants... ce qui est d'autant plus frappant et d'autant plus facile à remarquer que iou vi.^age est si pâle qu'on dirait qu'il n'a pas une goutte de sang sous la peau.
— C'est lui!! murmura Flanquart atec un frémissement de joi«).
L'indicateur ne fut pas sans le remarquer. —^ Ah ! ah I dit-il, il paraît que ça vous fait plaisir, ce que )e vous apprends là?
Flanquart ue répondit rien. FI dit :
— A quelle heure vient ce médecin?
— Oh' il n'a pas de jour ni d heure fixes. Les Legaint, quoique très malades., ne sont pas en danger de mort.
— El il y a lotijftemps que vous l'avez vu?
— Paf plut t^rd qu'hier, dans i'apj^s-midi. Je me le rappelle très bien, car il a envoyé un des enfants de Legaint chercher ici un encrier et une plume, saus doute pour une ordonnance.
— C'est lui qui a dicté la lettre, pensa Flanqu&rt. Evidemment il -sera là cette après-midi et il a» selon toute probabilité, manigancé quelque chose contre la comtesse et sa âlie. Hiite-ià. mon bonhomme. Nous y metlrciis bon ordre.
Et frappant sur TépAule du marchand de vins.
— On peut compter sur vous?..,
— Parbleu ! Je suis indicateur, vous êtes agent. Noni travaillon!" ton? deui dans la même partie. Qu'est-ce qu'il faut que je fasï<e?ne vous gênez pas. Je suis là poor qu'on m utilise.
— J'aurai besoin de vont ! Je vais m'absenter, Ja re- ^^ndrai dans le courant de l'après-midi. D ici ià, ouvres; r<Bil 6t regardez bien ee qui se pas:ie âuz eAVÎTOllis
POUR SON ENFANT l(i7
«> J'en suit sûr et il faut que rida ûe ton» échappe^ Bd atiendaot, ?oioi des arrhes.,.
Et Fldoqudrtlu) glissa ciuq iouis dan» U ûiaio.
— Je n'avais p&s besoiD de cela pour vous servir, du le marrbaDd de vins, iequ»! toytdiois gii»i»a preAtecueuri les touiâ dans sa poche.
Déjà Flanquarl était !o»û.
Sur le buulevard Kochechouart, il a^isa ud ôoîumiàaiotinaire auquel i) retint deui mot» pour yior^âijd, il iDstruisait le jeuue honame de c^ qu'il venait de «iacouvrif , maiï» le priait de garder le décret Tis-à-vig de Blancbe et de la comtesse,
Pui^ il rentra dans le petit logeraeDt meub)é qu'il avait loué rue Cardinel, aCu de procéder, en se dégjjiSHOt de façon & ne pas être reconnu par Roscotf, aux «terai^^rii préparatifs de cette eipédiUon,
A awatre heures, Blanche sortit. Bile atait fait âttele? le coupé ; con(Jnite p»r un rocher habile, biei* qr»'il n'appartînt pas depuis locglemps à la maisoo da Miremond, elle arriva bientôt rue du Plateau.
Elle monta un étage, et rencontrant une porte entr'ou- ?erie donnant sur l'escalier, elle entra ; on vint en l'entendant marcher.
Elle s'informa des Legaint.
Un ouvrier, auquel elle s'adressait^ sortit et l'accompagnit dans un dédale de couloirs dont les planches craquaient sous le pied.
Au fuud d'un corridor sombre où jamais n'arrivait la imière du {our, l'ouvrier s'arrêta^ montra une ports bas^e, à peine vi^iible et dit.
— C'est là I
Puis saluant, il laissa Blanche seule»
Blanche? frapiMu Une Toix Mkk réf^j^ûH 4» VmUlt'
168 rock «UN E^fFANT
— Bntrec I
£11« poussa 11 porto et te troura d&Bs niie pièce étroite et loDgue, éclairée par ane lucarne prenant jour sur une 3oar en boyau.
C'est à peine s'il faisait là moins sombre que dans le *,ouloir.
Blanche fut quelques minutes avant de s'habituer à l'obscurité; aprèà quoi elle finit par apercevoir, ^ur deux grabats, un homme et une femme, hâves, décharné> à force de maigreur, et qui, en la voyant entrer^ avaient essayé de se dresser sur leur séant, mais étaient reiombés, fatigués par c«t effort.
Au pied de ces grabats, sur de la paille où l'on avait jeté une mauvaise couverture rapiécée, cinq petits grouillaient, demi-Dus, regardant, ébahis, les yeui grauds outerts, sans plus remuer, la jeune tille qui venait d'entrer.
Blanche alla vers le lit où reposait la femme.
— Vous êtes madame Legaint?
•"-> Oui, dit la malade d'une voix faible.
•— C'est vous qui aves écrit à la comtesse de Miremond, ma mère, en lui dépeignant Taflreuse siluatioQ où vous vous trouviei ?..,
•»• C'est moi qui ai fait écrire, en eftet...
— Consolez-vous... Je viens vous porter secours. Vooî avez bien fa4 de vous adre8^^e^à nous...
Ce fut l'homme — derrière elle, qui, cette fois, prit la parole pour la remercier.
— Je savais bien — dit-ii d*une voix essoufflée et eaverneuse — qu'il y avait encore des braves cœurs au inonde et qu'en vous écrivant vous ne nous laisseriez pas mourir de faim... Ma femme m'avait caché d'abord qu'elle /était adressée à vous... On a sa fierté, n'est-ce pas?... Mais, la fierté, elle s'en va vite, allez, quand il ne s'aj^it plus seulement de soi, mais de cinq mioches qui pleureiU le froid et la faim toute la journée...
— Oui, dit Blanche émue par le spectacle de cette mi- O^e, vous ne m'avez pas menti... vous souffrez I...
-*- La vie est dure pour nous... et pourtant, ce n'e^i Hen aujourd'hui,., il fallut voir, il y a «jîuïixe jours, ^f ani
POO» «ON «fPANT lOf
que ce orave homme de médccîn qui iio»« soigne mainteoant ae \P^ venu I.,. Depuis, nous avoiîs, grâcti \ lui pas mal de ^etiles choses 1... Et c'est à lui que nous devons de vous connaître, car c'est lui qui nous a appris combien vous étiez bonne et généreuse et charilabie... -^ Le nom de ce médecin?
— Son nom ? Attendez donct..« Le docteur Michel... ô?iî, c'est cela... C'est par hasard — par des voisins — qu'il a appris le malheur où qous sommes et il est venu, die lui-même, disant qu'il ne ferait pas payer ses soin» et qu'il était surtout le médecin des malheureux.
Le nom de Michel ne rappelait rien à Blanche. Elle ne songea pas à Roscoff.
La malade continuait :
— Du reste, le docteur Michel a promis de venir au- Jourd'buie II se dis ait sûr que nous aurions votre visite, 6t, comme il connaît votre bonté... il veut s'entendre avec TOUS pour les médicam ents que nécessitent ta santé ch raon mari et la mienne...
— Il a bien fait de ne pat douter de moi, fit 'Blanche Et elle s'assit sur une mauvaise chaise de paille «—le
seul siège qui fût là.
Blanche n'attendit pas longtemps.
Elle n'était pas assise depuis cinq minutes que l'on entendait un pas léger dans le corridor qui précédait la chambre où se trouvait la famille Legaint.
Les deux malades relevèrent la tôte péniblement, écoutant.
— C'est lui, dit la femme, je reconnais «on pas... c'est le docteur Michel, je le jurerais...
Quelqu'un frappa et entra ^i^^iWL
C'était Roscoffl
Tl faisait si sombre, dans lachambre^ que tout d*abord, Blanche ne le reconnut pas.
Puis, Roscoff ayant traversé le rayon de lumière jaisae qui venait de la lucarne, elle l'aperçut, £>e leva brasque<« Datent et ne retint pas un cri.
— Yau*, dit-^dîô, vo«i»1,,.
I7t foUR SON ENFANT
St ellf) r«««la, 1*herreiir peinte «ur ta âgure, penéMU qu'une pensée germait en son esprit :
— C'était un piègel...
Ro'-coff. «n passant devant elle» la saloA profondément et mnranira,à voix basse :
— Vous n'avez rien à craindre de moi... Voos pouvez compter, aujourd'hui comme par le passé, sur mon amitié et sur mou dévouement...
Mais Blanche se dirigea veri la porte, pour sd retirer, et De répondit même pas.
Ce que voyant, Ho^coff ajouta :
— J'ai absolument besoin de vong parler, ma chère enfant ~ et comme j'ai prévu que peut-être vous ne voudriez pas m'euterjdre, j'ai pris la clé de la porte... celle-ci est fermée... Sans moi vous ne pourriez point sortir. Et n'essaye* pas da crier, je vous en prie, car ce serait inutile... ou ne vous entendf ail pas... ie logement e>t situé au bout de la maison et il taut traverser le corridor avant de trouver un autre locataire, lequel, je m'ensuis assuré est ab»ent... N'eu veuillez pas à ces pauvres diables qui sont ici... Je ne les ai pas mis dans la confidence... Ils sont réellement malades et digo3s de pitié. En leur venant en aide vous ferez une bonne action.
Résister, te révolter était inutile. Blanche le comprit.
Elle était courageuse. Déjà elle avait repris son sangfroid.
C'est qu'elle se souvenait, tout b coup, de ce que Pierre Morgatid lui avait dit un jour.
Ouelleh que dussent être les paroles de Roscoff, elle ne devait rien croire de ce qu'il lui disait.
Cepenriant, elle devait se méfier de lui et de ses tentatives.
Elle attendit fièrement — le cœur battant avec force — Irejî i^mue en réalité el pourtant le visage calme.
R.'scol! s'approcha du lit de la femme, lui demanda ^\ielqiies reiiSeigisements sur son état, prescrivit des renjèOe> à pren-«ire, fit une ordonnance avec laquelle 11 eoveloppa deu£ loaii qu'il laissa sur k chemiaée-
POUR SON ÏNFANT 171
PuU. ee fut an tonr dn mari.
— Vous oe manquerez plus de Heu, dit-tî «n psnvre homme, maintenant que mademoiselle de Miremood t'a s'occuper de vous.
I) y avait, à côté de la chambre où j?i«îHit toute cette misérable tamille, uu cabinet également éclairé par une étroite fenêtre en Vab^tière.
C'étaii, avec la première chambre, ce qui constituait Tappartement des Legaiut.
RoscufT dit tout haut :
— Je voudrais me concerter avec vous, mademoiselle, sur les moyeosà prendre pour venir en aide au piu^ tôt à ces pauvre gens. Veuillez me suivre.
Et plus bas ;
— Il le faut. J'ai à vous parler. Soivei-moil
Elle obéit. Chaque instaui qui s'écoulait lui enlevait un peu de son épouvante.
A préï«ent, elle était prête à braver cet homme.
Et puis, elle avait confiance en Mor^andeten ses amis.
Elle savait qu'elle était protégée par eui, qu'elle ne sortait jamais seule ou avec sa mère, san^ être «uivie, surveillée à distance, et comme Mo gand avait été prévenu de sa visite rue du Poteau, elle se dii>4it que sans doute il était dans les environs tt se doutait du danger qu'elle courait.
Elle était rassurée.
Quand ils furent seuls, Roscoff resta debout devant elle, pendant qu'elle s'asseyait sur un etcaheaa.
Eoscoff pen<^ail :
— Elle ne sait rien encore. Tout est donc possible. Bt aprèi une dernière hésitation :
— Ma chère enfanl, dit-il, je vous ai attirée ici parce qi3« je craigoais que vous oe viassiez pas volontiers,,»
— Qu% voulei-vous de moi?
-— Je vais vou»» le dire.
— Parlez vile. J'ai hâte d'être loin d*ici ; avei-vo05 fHfibhé combien votre présence m'est odieuse 7
— Je TOUS en prie, dit-U, soyez plus indulgeutR... Si fO^wi !*▼!«? c^ quA je y-oniTre à ?o»» ©«tendre m® Iï»U«?
172 PC)DR fiOn EWANT
minnu tùoi qui tous aime tant et qui âo!3»i«rft}« ftvee tftB<
ôo joie ma ?i« pour fons M
*— Je nVi que faire de votre affection et j'aimerais ^ieus mourir que d'accepter votre dévouement.
►^- Vous me ba!ss&i doDC bien ?
•— Ah I oui, dit-elle avec un sourirô orael, avec une luprême satisfaction...
Lui bai83a la tôte» très pâle, les mains tremblantes.
— J'avais cru pourtant, dit-il à voix basse, que, sans rien dire du secret que je vais vous révélefi mon affection forcerait votre sympathie...
— Quel secret ?
— N'y â-t-il donc rien pour moi au fond de vousmême?... Quelque chose, en votre âme, ne parie-t-il pas en ma faveur?
— Risn !
Il resta silencieuir, puis, soudain, avec volubilité :
— Blaoche, dit-il, faut-il vous rappeler que c'est à mol que votre mère doit la vie... faut-il vous rappeler toutes les preuves d'affection que j*ai données à votre mère, comme à vous-même... et croyei-vous que si vous étiez, votre mère et ?ouâ, des étrangères pour moi, j*aurais pu tant vous aimer?.,.
£lle se dressa, les veux étince1ants« "— Achevez, dit-elle, achevés votre pensée, je vous l'ordonne.
— C'est pour tout vous dire que je vous ai fait venir
Alors, brièvement, il raconta ses amours avec la comtesse, les faisant remonter avant le mariage de Marguerite avec Gilles, inventant toute une histoire d*amoun contrariées à cause de sa pauvreté, à lui, Roscoff ; puis, ils s'étaient retrouvés, alors que Marguerite était liée au comte et leur passion était si grande qu'ils n'y avaient pas résisté. La comteitse était devenue sa maîtresse...
Puis il en vint ^ purler de la naissance de Blanche.
Celle-ci écoutait, mortellement p&le, se semant dé-' isilUr.
»^ hofmnii I® ^m m. ^Iiâtsam^ pjm^ i»%r !@ éoMenv
(Ût7a SON ENPANT 173
S»Yâfol «îtrî soignait votre môre, j'a^coarn» aon »ïen!emeol vec Tinquiétude d'un amant qin pi»t!t-êfr6 allait voir mourir celle qu'il aimait., maie anssi,. âv«c anù anzit^té bien autrement j?rande... une anfîoisse bien autrement terrib'e... je savais que Tonfant qiri venait de Daître — vous. Blanche - était non pas la fille de comte, mais ma fille, ma fille, Blanche,.. Comprenezvous maint*»nanl, Blanche, pourquoi je vous aime... Elle eut un cri effrayant d'horreur et de désespoir.
— Vous 1 dit-elle, von»! mon père !! Non, ce n'est paï vrai... vous me trompes... vous êtes un meoteur infâme!...
— Pourquoi votre mère n'est-elle p^% ici ?... Je comptais sur sa présence ,. Vous l'eussiez interrogée et elle vous eût répondu...
~ Non, je vous hais trop, vous n'êtes pas mon père î... Won , je D€ vem pas que vous soyex mon père... je ne le veux pas... cela n'est pas possible I... Tene», à cette pensée, tout mon cœur se révolte... Je vous hais davantage, après ce que vous m'avez dit... Vous voyei bien que vous n'êtes pas mon père...
U s'approcha d'elle et de force lui prit les mains.
*>=- Si, Blanche, to es ma fille... ta rnèr^, un jour, te le dira... et je ne veoi pas que tu me baisses, je veux que tn m'aimes comme je t'aime... et je ne veux pas non plus que tu me quittes et que tu vives loin de moi... Tu viendras en Russie, où j*ai tout préparé pour vous r»>cevoir, toi et ta mère... Je préviendrai ta mère... elle nous rejoindra... et tn verras comme là-bas qous vîTrons heu* reujL...
— Jamais î Jamais...
Et, affolée, elle se précipita yevn la porte pour s'enfuir, mais son émotion ét^it si grande qu'elle fut trahie par ses forces.
Elle chancela, et fût tombée si Roscoff ne l'avait r»ten ne.
KWe avait ^erdu connaissance.
rtoscofl la garda un moment dans se^ bras, appuya les Uvnss sus mm ttmi m^utâ^ mp^^if^ âôrtii »i« sua»
174 P»Da »ON BiNfANT
mètae regarder les Legaint^ que commençadeni à ioqniéter lei paroles précipitées quMls eiQirtndaieQt dan» U cabinet, il s'enfuit, emportant, par l'obucarité du coaloir, son précieux fardeau...
On était à la fin de rhiver... les journées étaient courtes encore... la nuit était plongée dans les ténèbres et, dans la rue du Poteau, les becs de gaz n'étaient pas encore ailumés...
Hoscoff descendit l'escalier et se treoTa dabs la rueé
Devant la maison, la voiture de Blanche attendait toa« jours, le cocher immobile sur son siège...
Dans la ^ue, personne...
Du reste, si quelq^ie passant apercerait Blanche évaoouie, il pouvait croire à un malade, k un accident...
Roscoff se pencha vers le cocher.
— C*est toi? dit-iU
— C'est moi, fit le cocher à voix basse....
— Ta où tu sais et crève le cheval, s'il ïe faut t...
Bt ouvrant la portière, il monta dans U voiture, ayant toujours dans set brat la jeune ftUe qui t»e reprenait pas connaissaDce.
11 o'eut pas ridée de se retourner afin de s'assurer s'il n'était point gu'TÏ.
Si cette idée lai était venoe, il e^ pu apercevoir, non loin àê la oiaison portant le n* 125, une voiture de place, arrêtée, qui s'ébranlaii au moment où Roacoff donnait 80B o?dre au cocher.
Li« eo«|^ gai emj^rtail Blanch» fiia avec la rapidité de rèelair.
Malt le tacre. lui antai, iTiit on bon cheTil et ne te Uittalt pat distancer.
Blasée resta longtempi évanouie.
Qsand elle est repris connaittanee^ elle c» r»pp<^!a tout de soite, en voyant Roscoff auprès d'elle, Todieose teène qoi venait de se patter et la révélation qu'elle avait •Dteadae.
Elle veulat te précipiter vers la portière.
Hait Roscoff, qui prévoj^t ee mouvement^ la reti!>t,
Siie vd«int cri^.
Mais HûSûolf, doacameiii, lui appaya U main %nt leji lèvres.
— Ne crieï pas... D^essayex pas de fuir, dlt-il... ici, <!toinme chez les Legaint, ce serait inutile... le cocher qui nous conduit m'appartient... le vôtre a été grisé et dort maintenant au cabaret...
— C'est infâme, ce que vout faites... Je saurai bien vous échapper et vous punir...
— Non, quand vous verrez combien je vous aime et que j'ai vraiment pour vous un cœur de père...
— Je vous défends de faire une pareille allusion devant moi, et je vous le dis une fois pour toutes, docteur Rosco£f, je ne vous crois pas, je ne vous croirai jamais.
Roscoif baissa la tète et il 7 eut an silence qui dura quelques minute*.
La voiture filait toujours avec la même rapidité. -^ Où me conûuisex-vous? demauda-t-elle.
— Chez moi, d'abord, où vous sere« entourée de soins, mais en même temps gardée de près... et d'uù nous par' tirons pour la Rasiie aussitôt que votre mère pourra nous rejoindre.
Elle se tut et chercha dans sa tète le mojra d'échapper à cet homme.
Ils étaient ainsi, depuis une demi-heure Tun anprès de l'autre, dans ce coupé, lorsque tout à coup Roscoff, qui n'avait pas fait attention à la route suivie jusqu'à présent, se pencha vivement à la portière et donna des signes d'inquiétude.
— Le cocher s'est trompé de chemin, murmura-t-lL La nuit, sur ces entrefaites, était tout à fait venue; la
voiture traversait un quartier de Paris où les becs de gax étaient rares et n'apparaissaient que de loin en loin, éclairant de lueurs blafardes qu'un vent assez fort agitait, toute une enfilade de terrains vagues.
— Où sommes-nous donc? dit encore Roscoff.
11 abaissa la glace du ooapé et interrogea le cochep.
— Où aUons-noos? fiU>as noes «ommes trompés iê
^^^^ POUB SON BNRANT
Le cocher arrêta. Eo rijftme tu.'Bps, l© fi&cmqxf. m d\<û pas ces-^é dp suivr<î, n'arrAtH éf^aiement.
La portière 8'o;jvrit, deux hommes desceojîireDl prêt temeol. un revolver à la main et vinrent se placer auprr du conpé de Ro«iC"(r devant chaque portière.
Ces oeux homme?; étaient \jorgand et Caradec.
Cependant le cocher répondait à Roscoff.
— Où nous sommes? mais, route de la Révolte... Oîli nous ailous? mais, ue le savez^vous pas? au château de FoucberoUes... Est-ce que ce n'est pas là que yons m'aviez dit?
Et le cocher se pencha, le visage touchant presque une des laoterues du coupé.
Roscuff étouffa une exclamation de surprise et de rage.
C'était le commissaire d«* police Flanquart.
Celui-ci, goguenard, cootinuait :
^ Je 8S.is bien que prnndre la rout© de la Révolte pour se diriger sur la vallée de Cbevreuse, c'est le chemin le plus long... mais tous les chemin» mènent à Rome, mon^ sieur Roscoff; en outre, celui-ci a l'avaDta^re d être à peu près désert et vous vojex qu'on peut s'y expliquer en tiberté...
— Je suis perdu! pensa Roscoff.
Et brusquement, tirant un poignard, il voulut s'élancer.
Blanche s'était de nouveau évanouie ; mais c'était la joie, cette fois, qui avait causé son évanouissement.
Elle avait reconnu Ftanquart.
Elle avait compris qu'il était là pour la sauver.
Au moment où Roscoff allait sortir du coupé, Morgand et Caradec apparurent, le revolver à la main.
Et Morgand dit avec caîme :
— Docteur Roscoff, si vous faites un mouvement pour vous servir de votre poignard, si vous faites un pas pour vous sauver... je vous casse la tête...
Roscoff, h'^m©, s'était rejeté dans le fond du coupê«*« laissant to& er son poignard..,
Caradec tenait toujours le canon <la revolver à harutocr de la tête du misérable...
POUR SON bnfaut 177
Pendant ce temps- ik. îAor^iitui, ùanf: ses robustes bras, enlevait Blaoche et la transportait dans îe Gacre»
Puis il revenail au coupé où il entrait avec Garadec.
La portière ge referma,
PiHoqiiart cingla son cheval d'un coup de fouet et la voitii' e repartit, du mêine train, suivie par le ûacre.
Ho:»coii' éiait pri^;ouuier.
11 nous faut expliquer maintenant ce qui s'éUit passé.
Après avoir prévenu Garadec et Pierre ^iorgand, Planquart était revenu ctiez le DQarchaod de vins de la rue du Polean.
Il était alors environ trois beures de raprès-naidi,
— Quoi de nouveau? demanda t il au patron. Celui-<;i l'entraîna nQybténeusemeni dan» ï% fond de la
boutique.
— li y a du nouveau, dit-iL
— Bacontez-moi cela.
— Voilà, ce sera court.
Ils étaient dans un arrière-cabinet séparé de la salle cotnnQune par une cloison dont la partie supérieure était découpée à jour, ainsi que dans presque tous les débits de vins.
Par une des découpures le marchand de vins montra du doigt un homme qui lisait le journal près de la fenôlre et semblait absorbé par sa lecture.
— Voyez cet homme...
— C'est un cocher de bonne maison.
— Justement. Et voici ce qu'il m'a dit tout à rheQre« lil*oreille... en me glissant un louis dans la main... Je l'ai pris, W louis... Tout fait nombre...
— J'écoute... Ou'a-t-i) dit?
«- « Un coupé s'arrôtera tout S l'heure dev&nt la lûaiaon... Une femme, deux femmes, peut-être, en descen^* dront... demanderont la. famille Legaint et monteront... «
178 Ptim iON INFANT
B6n t que f al fait... « La roiturd i«;stera là... L* eoolM^ 8st un de mns anciens camaros... Nous ue uoqs sommet pas vus depuiB longtemps... Je l'inviterai à boire un coup... » Bon ! qufeij'ai fait.. « Il acceptera, descendra du siè^e, entrera et vous nous servirez du vin... Un litre à chacun...
« Je ferai les choses grandement... » Bon 1 qne j'ai dit... « C'est ici qu'il faudra ga^er votre louis. J'ai def raisons particulières pour griser mon copain et prendre sa place sur le siège... Il fera nuit... nous sommes de la môme taille... Je passerai sa fourrure... on ne me reconnaîtra pas... » Je comprends, quej'ai dit... « Mais le camaro ne se laissera pas faire... il est fidèle comme un caniche... il faut qu'il soit ivre-mort... un litre ne le grisera pas... il faudra jeter dans son vin deux ou trois pincées de cendre de tabac... « C'est facile, que j'ai fait!... « Et si vou>> fermez bien les yeux, quand aura lieu la substitution, c'est un autre louis qu'il y aura pour vous... et je paye d'avance... Le voici ! » Bon, que j'ai fait, merci, ce n'est pas de refus... £t j'accepterai le deuxième louis comme le premier.
— El c'est tout? dit Flanquart
— C'est tout. Il attend, en lisant son journal, et comme fOUs le voyez, la voiture n'est pas encore arrivée.
— Eh bien, je vais I imiter. J'attendrai.
— Vous feriez mieux de sortir, pour l'empêcher d'avoir des soupçons... En guettant de loin, vous verrez arriver la voiture et vous reviendrez -«'lors. Il sera toujours temps. Qu'est-ce que vous comptez faire?
Flanquart ne rèpondii pas, mais comprenant que le conseil était bon, i! le suivit, s'éloigna du mastroquct et alla s'insuHier à quelque distance, là où il pût à son aise surveiller la rue du Poteau.
Et bientôt il vit arriver le flacre où se trouvaient Gara* dec et Pierre Mor^aod.
La voiture s'arrêta à quelques numéros en avant de là iQaison des LegainL
Une deuji-heure après le coupé de Blanche, aez arm^M ée Mii&mond-GrèvecQBur, arrivait à 6c>îs teur.
Blaoesie en descendait et entrait dans la moi^i^Q
Flnnquart attendit eocore.
I! saTaii, par le marchand de vins, que le docteur qui soignait les Legaint n'était pas venu de la journée.
~ Si je ne me suis pas trompé, se dis ait-il, et si c'est bien & Roscofl que nous afons affaire, je vais le voir avant quelques minutes...
Et, en effet, Roscoff survint, lui aussi, et entra.
Flanquart eut un treisaillement de plaisir.
— Enfla 1 dit-il, le jiiiérable, celte lois^ ne m'écbappera pas.
Il remonta la rue du Poteau, et, passant devant le fiacre où 6tationnaient Caradec et Morgand, il leur jeta deux mots pour les avertir d'être prêts à tout événement.
Puis il rentra cbef le HQarcband de vins.
A ce moment, le eocber de Roscoff sortait sur le trottoir et se dirigeait, les mains tendues, vers le siège où restait, grave et sans bouger, le cocher des Miremond,
— Eh! mais c'est Vincent, disait-il.
L'autre abaissa dédaiguBusemeot le regard, mais à la me de celui qui Tinterpeliait, sa figure s'éclaira :
— Tiens, c'est Qrég oire... Et comment vas-tu, mon ▼ienxT...
— Mais, eemme t« voU, pis trop mal... En voilà, une rencontre 1 J'espère que tn vas descendre...
— Ça n'est guère possible!
— Noos ne pouvons pas nons retrouver comme cela lans boire un coup à la santé l'un de l'autre...
— Ce serait volontieri», mais tu sais, on ne badine pas à la maison... ai l'en me surprend... v'ian, mon compte t...
— C'est l'affaire 4e cinq minutes...
— Et qui est-ce qui veillera sur mon cheval?
— Le patron de l'établissement, parbleu I N'est-ce pas, patron?
— Ohl je ne Aenande pas mieux, fit le marchand de ^ns, avec un ai^ae de tète à ©elm qui s'appelait Gré« foire.
180 POUR &0N KNFANt
— Allont, paisqne tu le veiul dit Yliiceot, BSt il desceDdit.
Les deux cochers se serrèi^nt la maio vigourea^mf^nt.
— Vieil ami, va, y a-l-il longtemps que nous ne nous sommes pas tus! Patron, je ?ais tenir le cheval Mcndant que vous mettrez deux litres sur la table... chacun le nôtre 1... Gomme dans le bon temps... Et en avant la musique!
C*était an gai compère qne ce Grégoire, vif, goguenard, ay&nt toujours le mot pour rire, ardent auprès des filles, et buvant sec, avec cela.
Avec lui, rarement on s'ennuyait.
C'était le metteur en train de toutes les parties.
Bon vivant, le cœur sur la main, prêt à rendre serriee à ceux qui se trouvaient dans la peine, qui se serait jamais douté qu*il machinait une intrigue, en cet instant, et que cette intrigue était dirigée contre Thon note Vincent?
Vincent et Grégoire passèrent dans le cabinet séparé de la salle commune par la cloison.
Bt bientôt on les entendit trinquer fréquemment.
Ce fut alors qu'arriva Planquart.
L'indicateur, en l'apercevant, mit un doigt sor sd bouche.
Aussitôt le commissaire de police, faisant grimacer sa bouche, fronçant le front, écarquillant les yeux, titubant et grommelant en se retenant au mur, en tout pareil à an ivrogne, entra dans la boutique et s'appuya le dos contre le comptoir, promenant un regard terne autour de loi.
— Qu'est-ce qu'il vous faut, mon brave? cria Tiodicalear, du trottoir où il se tenait pour veiller sur le chîval.
— Un verre de verte!.., dit Fianquart, de sa voix la plus pâteuse.
— M'est avis que vous ne feriez pas roaî de rentrer diez vous et que vous avei ass^z bu pour la joi^rEiési,
— De la verte, que Je dis.,, et v'Ià de l'argent!
Et il mit bruyamment wne |>iêc# de cent mm sor le fla« du eoœpM^
POOB SON INFANT 181
-- jÉh bien y v» potir nue Absinthe) raedB p^ davanta^, ?<ras savez !
— Puisque je paye, quéqae ça yoqs fait?
«^ Ça me fait que je tous eounais... Voua ares une Mauvaise tôte quand vous êtes ud peu bu^ et je ne yeux pas m'attirer des désagréments avec la police.
Le patron versa le verre d'absinthe, le mit sur la table devant laquelle venait de s'asseoir Flanquart et dit très bas:
— Vous jonei rudement votre rôle. On dirait que vous avei une pistache pour de vrai... Attention I ils sont daai le cabinet... On se défiera de vous, bien sûr.
Le marchand de vins ne se trompait paa , n connaissait son monde.
Presque au m6me instant, Grégoire passait la tôte à la porte.
•— Qu'est-ce que c'est qne cet olibrius? demanda-t-il.
— Ud poivrot, dit-it Je le connais... C'est sa rente de tous les jours... InofTensif... pas méchant pour deux sous...
Flanquart avait entamé une conversation avec luimême, se posant des questions et y répondant.
De telle sorte que Grégoire, après un instant d'examen, n'eut plus aucuns soupçons et se mit k rire.
— Il est rien paf, dit-il.
Et il rentra la tète et de nouveaa disparut dans le o«. binet.
Le commissaire avait en le temps de l'examiner.
— Toly quand tn ressortiras avec la fourrure de l'autre, se dit-il, ta auras beau te cacher, je te recon*naîtrai.
Les deux cochers continuaient de boire.
Vincent absorba coosci.encieusement le litre oti le aaarchand de vins avait verwé de fortes pincées de eendre de tabac.
iprès cela, ne voulant pas être en reste, comme il disait, Vincent offrit lui-même deux litres.
IW ^ roDR SON ENFANT
pas été meUngé, Tivresse commençait à loi moDtor au
eerveau.
Il ne voyait plus aussi clair. Devant ses yeux qui ne s'ouvraient plus qu'avec un eflort, flottait un brouillard épais.
Sou front Atait devenu lourd.
— Hél hél dit-il, faut s'arrêter, copain, je n*ai plus la tête aussi solide qu'autrefois... et je suis capable, tout I Pbeure, d\ccrocher toutes les voitures que je rencontrerai .
— Allons donc, un dernier Terre !
— Soit, mais le dernier.
Et ils trinquèrent. Grégoire ne perdait pas de vue ton camarade Vincent, dont le viscge se décomposait rapidement.
Sa tête balançait sur les épaules.
— Je ne veux point dormir, dit-il dans vn dernier éclair d'intelligence, je ne veux point dorm-ir... La voiture... le cbeval... mademoiselle... ma place...
Il perdit l'équilibre et, comme il essayait de se retenir, il tomba, entraînant sur iâ table, les bouteilles, les verres.
— Toi, tu as ton compte 1 dit Grégoire. Il secoua rudement l'ivrogne...
— Eh ! i^inceul! Eh ! le vieux, réveillons-nooill Hais le pauvre diable n*eut garda de bouger.
11 était ivre- mort.
Grégoire pouvait, sans le réveiller, faire de lui ce que bon iui semblerait.
Il ne perdit pas de temps.
En une seconde il l'eut dépouillé de ses vMements et il allait les revêtir, quand tout ^ coup il sentit qu'cpu lui frappait ruiJement sur l'épaule.
Il se retourna et se trouva en face de TiTrogne q«*i avait vu tout à l'bôure dans la boutique.
De rivroiîne, c'est à dire de Plaoquart.
Mnis l'ivrogne semblait dégrisé ; ses yeux étaient iro- «îiques et sur ses lèvres errait un ai»«rire gof uesajrd,
— Je te dér>.vfffi, V^mif
Gr^sroire ne se Uîssa pas décontf»nano«r.
C éidit un gaillard siolide, aux épauies larges, an cou muscnleux.
]1 comprit PtpidpmPTît que l'ivrogne s'était joué de lui, qu'il était pincé, <^n argot de police, et qu'il fallait jouer des coudes, s'il ne voulait pas s'attirer une mauvaise affaire.
Ses deux poings réunis, durs comme un marteau, se levèrent au-df^ssus de la tôte de Plaiiquart et certes, s'ils se fussent atjattns, ils l'eussent agsommé...
Mais ils ne s'abattirent point.
Flanqua ri avait tiré de sa poche un rc^voïver et Gré» goire Nfiotait sur son front le froid de Facier du canon.
Il resta bouche béante, stupéfait.
Puis ne perdâot pas sou sang<froid, le gredin se mit à rire, en se reculant :
— Allons, dit-il, y a peut-être moyen de s*entendre?
— Je le ciois, dit Flanq«iart qui ne put s'empÔcher de sourire de ce ch;nigement d'attitude.
Et il abaissa son arme.
— Asseyez-vous donc, monsiear Grégoire, et causons un peu, s'il vous plaît.
— A vos ordres, monsieur, à vos ordres, dit le cocher avec empr«ssemeut.
— Je cou nais votre projet, monsieur Grégoire. Vous alliez p?endre la livrée ds cet homme, qui ronfle là, grisé par vous, monter sur le siège à &a place et erome« ner chez le docteur Roscofl la jeune fille qui est en ce moment dans cette maison.
Gréjfoire, turi^^ux, serra le poing et étendit le bras dans la direcunn du marchand de vins :
- Tnnnerrw! dit-il, c'est lui qui m*a trahi !..,
— Uoncement, doucement, monsieur Grégoire, ne BOUS fâchons pas, s'il vous plaît... A quoi cela servirait-il ? Je reprends. Voir» projet m'est connu. Voici donc ce que jv vous propose et je vous engage à ne pas faire de résistarce, car je vous loge une balle dans la lôte...
^ C'est bon, dé^olsez ce que vous avez à dire.
<- Nous a^iioas, le marcnand de vius et moi, vous ficelar
184 K)UR SON BnfAirr
promptem^oi et toUdeme^nt et noua vou» paDgerùiû« danxi an coÎD peoddDt quelques heures. Oo voui^ bâilloDoera, pour plus de sécurité, aflu qu'il ue vous preoue pas lu i^ntaii^ie de crior quaud vous eoteudrei partir la voilurt...
— Soit, dit Grégoire, baissant la lôte. Je oe suis pas U plus fort. ..Mais il est inutile de me b&iiiouaer, je ne crierai pas,
— Soit,
Cinq minâtes après, Qrégoire était fortement ligottéet dans rimpossibilité de faire un mouvement pour l'enfuir.
Alors, prestement, Flanquart se dépouilla de ses vêtements, revêtit la livrée de Viuceot et sauta sur le siège, eniouissant sod visage dans la fourrure.
Il était temps.
A peine étast-il là que Roscoff apparaissait portaoi Blanche do Miremond (kns ses bras«
On sait h reste.
Flanquart s'était juré sans doute qu'fl ferait crever le cheval, car il continuait d'aller d'uo tram d'enfer, fouettant à tour de bras le pauvre anima! qui emportait dans une course vertigineuse la voiture où Bo^cod était prisonnier, eutre Mot gaod et CaradeCo Ces deux derniers, le revolver à la main, oe perdaient pu de vue le misérable, s'attendant de sa part à quelque tentative désespérée.
Mais RoscoJI, la tête penchée sur la poitnne, semblait abattu.
11 garda, pendant des heures, les sourcils froncés, les yeux axes, et oe prononça pas une parole.
On arriva à Foucherolie» au milieu r>e la nuit.
RoscolOr n'avait pas rompu, une seule fois, ce silence û^tiné.
Derpsère le coupé, daas le fiacre où, îc soir, se trou-
^aiesùt Mofgaad et Carad^, Bkisctte avait r<spm i^&ti h ^o possession d'elle-même.
Elle s'était rappelé les incidente de la soirée juts<|U*an moment où, ayant reconoa qu'on allait la sauver, elle l'était évanouie.
A préseot, elle n'avait plus auprès d'elle l'odieux visage du docteur Roscoff.
pourquoi était-elle seule?
Que s'étaii-ii donc passé?
Sa première inteiition, dans la crainte de retomber ^tre les mains de Roscoff, fut d'ouvrir la portière, de se précipiter sur la route et de s'eufuir au hasard dans la plaine.
Elle rencontrerait bien quelque maison où l'hospitalité lui serait donnée jusqu'au leodemain.
Et elle voulut, tout de suite, exécuter ee projet.
Mais alors le Ûacre s'arrêta.
Le cocher descendit et s'adressant poliment à la jeune fllle:
— Mademoiselle, je m'attendais à ce qui arrive, c'està-dire à ce que vous essayeriet de vous sauver. Je vous prie, au nom de ceui qui vous protèM^ent, de n'en rien faire. Vous ne courez plus aucun danger. Vous avez, dans le coupé qui nous précède, trois amis qui m'ont chargé de voui dire que vous n'avies plus qu'à vous laisser oon> duire par moi.
Le cocher avait une honnête et bonne figure sur laquelle un mensonge eût été facile à devioer.
En outre, Blanche, qui avait reconnu Pianquart sur le siège du coupé, était de plus en plus rassurée.
Elle devinait que Morgaod aussi devait être là.
— Savez-vous les noms de ceui que vous conduisiet ^utà {'heure et qui suivaient le coupé? demanda~t-elle.
— Us m'ont dit leur nom, pensant bien que vctus me ■gestion neriei.
Et tirant un calepin:
•— Ce sont MM. Caradec eî Morgand...
Blanche frissonna de plaisir. Elle éprouT^ii nn soç-
1^ POUR SON ■KVANT
— Unintmtaui, dit k> €*<;bor, }'«tpèfd que ^^^ ii'atti plut aucuns soupçoDs ?...
— Aiit UU8... une question, seulement ?.««
— PdfUx... mademoiseiid... ù je peux Toot rei>»efk* gpaer...
— Où allons-nous t
— Oh I uous avons encofe une bonne trotte avanl d'arriver... nous allons à Puucherotles.,. d&ns ia vallée de l'Yvette... jeconna'« te cbemm... et on ne pouvait pai mieux tomber, c'est mon pays... Remontes en voiture, madomoiselie, voilà le coupé qui uoui distance^..
Blanche obéit. Le âacre s'ébranla. Par hasard, le cheval était vigoureux, bien en baleine. Il luttait avec celui du coupé, sans trop de désavantageas. Et puis de temp* en temps Flanquarl, du haut de sou siège^ s'assurait qu'il ue le laissait pas en arrière.
Le ciel, obscur jusaue-là, s'était ôclairci. les étoiles bnllaient... la lune venait de se lever, répandanl sa douce clarté sur le paysage d'alentour...
Au château de Foiicberolles^ il ne restait que deux domestiques, le concierge et les jardiniers.
Lorsque le coupé s'arrêta devant la grille» Flanquart descendit et sonna vigoureusement.
Le concierge oe s'attendait sans doute point à cette visite nocturne, car il fut assez longtemps '^ans répondre.
Enfin, il arriva en grommelant, demi-endormi ;
— Qu'est-ce qu'il y at... qu'est-ce que vous voulex ?
— Ce que nous voulons, mon brave?... Eb bien, allez Interroger là-dessus mademoiselle de Miremond, à qui il a plu de venir passer quelques jours à Foucberolies, et elle vous reperdra, assurément, en vous flanquant à la porte...
Au nom de mademoiselle de Miremond, le concierge ]ai>sa écttapper une exclamation d'inqui^Mî^e et «e hâta d'ouvrir ia grille.
Puis ii alla réveiller lô5 domestiqaeSp
Flanquart s'avança vers ceux-ci, quand Us eurent ouvert les portes, et sans doute qo'il leur ordonna de reaker eàôs eas at d$ s'y t^aif ^â&qtiiilitf, pfél«ilimt q«'M
n'^dvûit p«5 besoin (*e l«urt servioes, car ils g^éloignèrent aussitôt.
ËD!»uite ce fut au tour du concierge qui rentra dans sa loge.
— La voie est libre, murmura Flanquant, que n'abandonnait pas une pointe de gaieté dan» les occasions même ie« plus sérieuses.
Les voitures passèrent la grille, traversèrent le jardin et allèrent s'arrêter devant le perron.
Du coupé trois hommes descendirent; un de ces troii hommes marchait, ayant aux bras les deux autres.
lis pénétrèrent au château, précédés par Flanquart.
Du 6acre, descendit Blanche, singulièrement impressionnée par cette mystérieuse scène.
Cinq minutes après, la porte se rouvrait, Flanquart sortait, mt- oait le coupé à la remise, dételait le cheval, pui> glissait un billet de banque dans 1& main du cocher de ûacre en disant :
— A présent, motus, et jusqu'à Paris sans retourner la tête.
— Convenu, dit le cocher en mettant le billet dans sa bourse de cuir, avec les sous et T argent.
Et bientôt il eut disparu.
Morgand et Caradec étaient entrés dan^ le hall du château où ils s'étaient assis.
Roscoff, ayant toujours la tête baissée, restait debout devant eux, conime un accusé devant ses juges.
Blanche, derrière eux, était tombée dans un fauteuil.
Ou'attendaient-ils?
Le retour du commissaire de police.
Celui-ci était allé, après avoir payé le cocher, jusqu'à Foucherolles.
Là, il était entré dans sa maison de campagne dont il avait toujours une clé sur lui et avai» frappé à la porte de la chambre où se tenait le comte de Miremond.
Comment av»H vécu le comte pendant que Flanquart était à la poursuite du docteur Roscoff?
Flanquart, Caradec et Morgand, tour à tour, alors que durait cetl« p«ursmil@, étskni r^festos à FoucheroUes où
188 PontL S(» IN9M4T
lis aTalcnt passé qoeiqu»^ beuri^s a!]tprès du comte de Miremond
Cei>ii-ci, du reste, avait été ahcDdairmaent pourvu df nécessaire et n«n o'svail trabi sa reiraito.
L'existHDce dn Flanquart ii?ait été. du premier au dernier Jour, un mystère pour «es voisin», lesquels, aprèè avoir commencé par en ftire vivement intrigués, avaient pourtant Soi par ne s'en occuper plus.
Flanquart avait une façon de frapper que Gilles Oon- Qaisssait bien.
Il n'attendit donc pas.
Le comte nnt ouvrir anssitôt.
— Eb bieof 6rent les yeux de IVfiremond* >-> Ob ! du nouveau ! répondit Flanquart qui oomprH
eette (Puette interrogation.
~ Roscoff?
— Est en notri» pouvoir et ne s'échappera pat, Je voue en réponds...
-> Où est-il? à Paris?
— Non, à deux pas d'ici. Nous l'avons ramené au château. N'est-ce pas ce que vous désiriez? C'est ici qu'il a commis ses crimes, c'est ici que nous l'obligerons à les expier...
— Tous avcx bien fait, monsieur Flanquart. Mon amitié vous est acquise désormais, et je n'oublierai jamais la reconnaissance que je vous dois...
Il serra fortement la main du commissaire de police.
Celoi-ci rougissait de plaisir.
Le comte de Miremond s'enveloppa dans un ample manteau qui dissimulait sa taille et son allure et dont il rabattit le capuchon sur sa tête de manière à ee que son visage fût entièrement caché.
Ils sortirent ensuite.
C'était la première fois, depuis bien longtemps, depuif que Boscot? avait tenté de i'^^ssassinery que le comtt s^mettait le pied en pleine campagne.
Il eut 1» «eu^âition du pdsonuï^ qui lecQtiwe sa U^ k
POtm SC^ fNFANT 188
D reftpKfa largement, avec une voluptâ infinie. Puis luut à Ci>up :
-> Et Biancbt) '/ dM-il... et ma fiiie? Alors Fuiiquart le mit au courant des circonstances daDB Ie»qui9lle^ 8'6tait faite la capture de RoscoiI« Gilles murmurait, en écoutant :
— L'iufâmel Âb I rinfAmel!
Puis, passant à des idées pins donces et ne la sonTeliant plus, pour un instant, que de sa fille :
— - Je vais la re?oir 1... mon Dieu, après tant de peines, merci de m'afoir conserTé une aussi grande joie.
Us entrèrent au cbftteau de Foucuerolles.
Le comte passa devant la loge du concierge sans être reconnu, mais devant le perron Flanquart t'arrêta.
— Le moment n'est pas venu de vous montrer, dit-i!; Roscoff est en ce moment avec M. Morgand et Caradeo dans le bail. Veuillei vous tenir daoè le petit salon jusqu'à ce que je vous avertisse .. Et puis o'oubliez pas que mademoiselle Biaucbe est convaincue que vous êtes mort... qu'en son esprit jamais le moindre doute ne s'est élevé à ce sujet... et que si vous lui apparaissiez aussi brusquement, sans préparation, elle pourrait en être gra» ▼ement malade... li faut que nous agissions avec nne extrême prudence...
— Vous avei raison, et j'y avais songé, ât Gilles.
Et il alla s'iLstailer dans le petit &aion, gardant le manteau jeté sur ses épaules et ne soulevant même pas le capucbon rabattu sur ses yeux, dans la crainte qne quelque domestique indiscret n'entr&t et ne le reconnût.
Flanquart le quitta et revint au bail.
Il alla prendre place à côté de Caradec et de Pierre Morgand.
Et tout d'abord nn profond silence régna.
Puis Pierre Morgand se leva et dit :
< > Roscoff, vQus êtes ici devant das juges et tous ne sortirez d'ici qii^ condamné!...
Eoâcofif, peu à peu, avait repris son sang-froid.
Une senlè ehosd Fempêchait pourtant d'avoir nné 9oa^
î^ POUR SON ENFANT
p!ète près<>nce d'esprit : c'était la présence de Blirncbi*... Ji celle qu'il croyait sa fille... De celle qa'il aimait et p<jor la(^nelle il avait commis ses crimes.
H s'attendait bien à ce que ceux qui s'étaieni emparés de lui dllaieni formuler une accusatioo en règle, peu lui importait... mais il u'aurait pas voalu que, cette accu- BatioD, Blanche l'entendit.
Il répliqua donc à Morgand d'an ton froîû :
— Je ne ?ous reconnais pas pour Juges... je ne sai» quelle condamnation j'ai encourue... et je voudrais qu0 l'on m'expliquât cette étrange mystification dont je suis lictime... S'il y a une erreur, elle a trop duré et je voui ferai remarquer que vous vous conduisez avec moi ni mieux ni plus ui mal qu'avec un criminel vulgaire... J'ai été si stupéfait de votre agression que je n'ai pas encore pu me tâcber... A présent, mi patience est à bout... Je voui. écuute...
— Roscofl, dit Morgand, dont la voix avait en cet instant une gravité singulière, ne cherchez pâs à nier, c'est inutile... Nous vous accusons de trois crimes.
— Lesqueiày ff^^ment? dit Tinfâime du môme ton ironique.
— Vous ayei fait étrangler le baron de Crèvecœur par Jean IMore, an monomane atteint du délire des persécutions et dont TOUS exploities à Totre profit la folie lugubre.
— La preuTeT
— Patience, nous vous la donneront. ..
— Le motif du meurtre?...
— Patience encore, q3us le diront.
Blanche, affreusement pile, s'était levée et tes yeux ardents, brillants de lièvre, ne quittaient plus le visage de Roscoff.
— Ah I munnura-t-elle, est-ce que je commence à comprendre ou bien est-ce que je deviens folle?
Et elle resta ainsi debout auprès de Morgand. Roscoff, en la voyant, devinaat ses pecsées, se troublt. Il fit sur lui-même un immeuse effort dt p&»sa la maiû ^ur ton fromt eouY^ri éft s«^^.
/ODR SON ENFANT 1*1
^. Vo«? jvex fait assassiner MiÉiirîce de IHremond, et t'est encore l© monooiane» inconscient de son crime, et votre complice malgré lui, qui a commis ce meurtre...
Un cri étouffé répondit à cette révélation...
Blanche s'affaissait à ^;enoux, les mains jointes.
— Maurice! Mon frère! C'est lui... Ahl le mi*érabie.., le misérable. «.
Roscoff tremblait.
Toute son énernie Tabandoniiait.
Est-oe qu'il allait a?oir peur, maintenant? Est-ce qu'il allait -courber la tète devant ces hommes qai l'accusaient?
Et Pierre Morgand :
— Enfin, après avoir fait étrangler nu vieillard, noyer ttB enfant, après vous être acharné ainsi sur la famille de Miremond, vous vous êtes attaqué au chef de cette famille; c'est à Gilles de Miremond que vous avez tendu UD piège, cVst Gilles de Miremond que ?ous avei voulo faire disparattre...
— Etrange romac, en vérité, que celui que vous racontez là, dit Roscoff d'une voix sourde.
El Blanche, affolée de terreur, d'horreur :
— C*est lui qui a assassiné mon frère et mon pèrel... Mon Dieu 1 quel supplice infligerez-vons à cet homme?
Roscoff l'entendit et le iupplice que Blanche demandait commença par lui.
Il dit, presque iointelligiblement :
— Sur quelles folles apparences voui appuyei-vous, monsieur, pour m'accuser de pareilles atrocités... Ne rae connaissez TOUS point de longue date? Ne m'avez-vous pas vu à Tœuvre? N'ai-je pas montré combien j'étais dévoué à la famille de Miremond?... Et pour commettre ce dont vous me croyez capable, n'eût-il pas fallu que je fusse atteint de la folie du crime, ainsi que vous prétendez qu'il en est de ce Jean More? ..
— Jean More n'existe plus... Il s'est fait jnstioe, bie| qu'il ne fût pas coupable, n'étant pas cofi^cieut de ses
Hoieoff, comment il 86 tsitàit que votis proTnquJe» «âiei Iw je« accès de fièvre fnriease »n lui eouseîUant \e botre, en guise de calmant, une solution de poudre d»* stramonium. Eî personne n'ignore, vous, qui êtes un sa* vant, l'ignorez moins que les autres, que la poudre d£ «tramonium est un escitant très violent... Jean More pourrait vous dire qu'après avoir bu cette solution dd •tramonium, il tombait dans une sorte de seconde vie de laquelle il ne se rappelait rien.... et qui fût restée un mystère pour tout le monde, si nous n'avions deviné, nous...
~ Il est trop facile, monsieur, de se (aire des preuves avec les arguments que l'on prête à un mort, lequel n'est plus là pour les confirmer ou les démentir...
— Vous n'ignorei pas de quoi nous voulons parler, à quelle scètie nous faisons allusion... J'étais auprès de vous lorsque Jean More, dans le bois des Maréchaux, sous nos yeui, se précipitait sur Blanche, ou plutôt sur ce qui semblait être Blanche... J'ai surpris votre secret Il ce moment-là... et vou^^ avez dû comprendre que vous vous étiez trahi, car c'est de ce moment même que date votre disparition.
— Ma disparition s'ezpliquî^ autrement, dit Roscofif; des affaires importantes m'appelaient à Paris; j'ai dû D'absenter quelques jours... D'autre part, monintentioOi depuis longtemps, était de retourner dans mou pays, et je me disposais à me rendre auprès de la comtesse, pour lui faire mes adieux, lorsque vous êtes intervenu d'une •i étrange façon.
— Et c'est, sans doute, pour faire vos adieux à la comtesse et à Blanche que vous avez essayé de les attirer toutes deux chez les Legaint ? C'est, sans doute, dans le môme but, que vous avez essayé d'enlever Blanche?
— Oui vous prouve que je n'en avais pas le droit?
— Jeté* to masque. Roscoti, ce rôle vous convient mieux. ^
Blanche étendit la mais et toucha l'épaule de Morgand<
— Pierftt, fii-elle, saves-vous ce qu'il prétend, cet homme?
iaves-vout ce anil me disait, quand, snrprife par 'mi
if«ra'«di prochain paraît dans la oollecUon im