CHAPITRE XXXI
Le patriotisme
La réforme des mœurs privées et publiques, l'assainissement du pays est, pour les femmes, l'œuvre patriotique par excellence, et celle-là groupe toutes les opinions, ne soulève aucune discussion de personnes : discussions assez vaines puisque dans l'état où nous sommes d'abaissement ou de vénalité des consciences, un régime décidé à faire tout son devoir ne peut pas arriver au pouvoir et, s'il y était porté par une circonstance imprévue, ne pourrait pas s'y maintenir.
C'est une triste chose que de voir royalistes etimpérialistes s'attaquer réciproquement
et, par les coups qu'ils se portent, donner un regain d'existence à la république dégénérée. Gomme si ce n'était pas assez des hommes, il y a des femmes qui concourent à la manœuvre, quand les Françaises devraient toutes, absolument toutes, être royalistes avec âme et bonapartistes avec passion ! Cela n'empêche pas de se dire républicaine par raison, et même par goût, si l'on prend pour symbole de la République la figure parfaitement belle, sereine et honnête, dressée devant le Palais Mazarin.
On ne doit rien répudier de l'histoire de son pays. Si, présentement, l'emblème de la France est une maritorne grossière et repue, c'est que beaucoup de Françaises, indépendamment des hommes, ont manqué d'intelligence politique et de courage civil. Au lieu de prêcher le désintéressement et d'entretenir soigneusement le mépris des iniquités légales, elles ont approuvé les lâchetés et cultivé l'oubli. La faute inexpiable serait d'en rester là-dessus, et comme il n'y a peut-être pas une seule femme qui, dans le fond de sa
conscience, puisse se rendre le témoignage qu'elle a fait, en toute occasion, tout ce qu'elle pouvait faire, la réconciliation est aisée entre Françaises de toutes nuances politiques. Il leur suffît, pour marcher unies, d'avoir en commun le sentiment du déclin de la France et l'ardent désir de son relèvement. Ce qu'une royauté restaurée nous donnerait, nous ne le savons pas ; mais nous savons que la royauté a fait la France. Nous savons qu'en dépit de Valmy, de Jemmapes et de Fleurus, la France aurait cessé d'être si Napoléon ne l'avait prise en charge et gratifiée d'un prestige impérissable. Les services sont égaux: ils commandent une égale reconnaissance. Que les Françaises ne craignent pas de le dire, de se conduire en conséquence, et bientôt l'on verra s'assagir les polémiques acerbes et les fantaisies littéraires qui manquent au passé en cherchant à discréditer tout ce qui le continue. Les préférences sont légitimes; mais le combat destiné à assurer le triomphe des unes ou des autres est une œuvre de second plan, pour laquelle il ne
faudrait pas délaisser et surtout compromettre l'œuvre urgente. Bien conditionner le présent, c'est le seul moyen de préparer l'avenir; ainsi, rien de moins justifié entre Françaises que les animosités politiques, puisque leur commun devoir s'accorde avec la diversité des espérances.