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Geoi^es se hâta de se remettre à son travail, qui avait quelque peu souffert de son absence. Le soir, les dames étaient au salon, devisant sur les événements de la journée.
— Et notre gageure? dit la dame anglaise.
— J*ai perdu, dit madame Wolff en rougissant ; je m'étais trop avancée. Voici vos vingt louis, ma chère lady, les pauvres n'y perdront rien ; et je in'avoue vaincue.
Madame Wolff se tenait à l'écart, assez rêveuse, et se disant4Bouffrante. H. Wolff paraissait anûné et inquiet, et chacun de ses regards semblait, à sa femme, un reproche.
La dame anglaise causait de son côté avec ses amies.
— Avez- VOUS deviné toutes les émotions de notre chère baronne? Je la crois trop modeste, je vais lui rendre son argent, car elle Ta bien gagné. Seulement, j'ai peur que sa victoire ne lui ait coûté plus cher qu'elle ne pensait.
— Que voulez-vous dire? reprit en chœur le curieux auditoire féminin.
— Eh! ne voyez-vous pas l'air radieux de M. Georges? Maintenant regardez sur sa manche, vous n'y trouverez pas la moindre épingle, et vous ne lui en verrez plus jamais: mais elle n'est pas perdue pour tout le monde, peut-être.
— Est-il vrai, dit une jeune personne en s'avançantvers Georges, que vous ayez renoncé à porter cette épingle qui ne devait jamais vous quitter ?
— Je l'ai perdue, mademoiselle, dit Georges en souriant; le charme est rompu, je suis maintenant sans défense contre le malheur.
— Georges, dit à haute voix M. Wolff, qui, étranger à ces conversations frivotes, semblait lire avec attention des papiers, il faut partir à l'instant; vous avez un passe-port, vous le ferez viser au Havre, le paquebot américain part demain ; l'affaire est grave ; suivez-moi.
Ces paroles, prononcées du ton bref qui était habituel à M. Wolff, et ce brusque départ, firent quelque sensation dans le salon. Quanta madame Wolff, elle ne put contenir plus longtemps son émotion, et, sa conscience lui laissant attribuer aux événements du jour ce qui n'était peut-être que Teffet du hasard et Turgence des affaires, elle tomba évanouie sur le divan où elle reposait.
— Je vous l'avais dit, murmura FAnglaise.
On s'empressa autour de la malade, et Borghése,
toujours bonne et empressée, la conduisit dans sa chambre.
— Mon cher enfant, dit M. Wolff quand il fut avec Georges dans son cabinet , vous seul pouvez nous sauver. Vous parlez anglais comme un citoyen de Londres; vous êtes jeune, actif, intelligent, partez au plus vite. La maison Jackson, de Québec, qui nous donnait de vives inquiétudes va se mettre en faillite. J'en ai l'avis certain et confidentiel. Cependant tout n'est pas perdu ; si nous arrivons à temps, nous les tenons. J'ai peu de chose à vous expliquer ; vous connaissez l'affaire, parcourez le dossier; voici nos titres. Ce portefeuille contient les fonds pour vos frais de voyage, je vous donne
carie blanche. Si tous r^ssissez, c'est le commencement de votre fortune, car il faut aussi songer à vous. Vous aurez dix pour cent sur cette liquidation, qui ne laisse pas que d'être considérable ; et ne faiblissez pas, ils peuvent payer. Voici une lettre pour le consul, qui vous appuiera an besoin; vous avez ma procuration, et voici mon blanc-seing pour toute quittance. Partez.
Il lui donna encore quelques explications, puis r embrassa en lui souhaitant bonne diance et lui recommandant de lui écrire aussitôt qu'il serait arrivé à New-York, et avant de partir pour Québec.
LE TOYàGE. ?»